Cette trilogie de Becky Chambers n’est pas que la description d’un futur positif, elle résonne en nous comme un appel profondément humain pour ce futur positif. C’est tendre, poétique, tout en étant crédible, le genre de science-fiction dont on a besoin aujourd’hui.

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Il y a des moments où le présent paraît si chaotique qu’il est difficile de croire positivement dans le futur. L’année 2020 a été marquante de cette façon pour un grand nombre de personnes. La pandémie, principalement, associée à d’autres événements difficiles, a un impact sur notre santé mentale. L’année a été parfois comparée à des dystopies, par exemple (pas toujours de façon très juste, d’ailleurs). Mais si la science-fiction sait tirer les sonnettes d’alarme, et constitue donc un outil pour décrypter les problèmes du présent, elle peut aussi apporter des solutions.

La SF de solutions peut prendre différentes formes. L’une d’entre elles étant de dessiner des avenirs positifs, pour nous ouvrir l’horizon des possibles vers le meilleur. Contrairement à certains aprioris, le besoin de narrer une aventure, ou en tout cas des enjeux, n’oblige pas forcément à se placer dans un futur non souhaitable. Très tôt, dès les années 1980, Iain M. Banks avec son cycle de la Culture imaginait une société future « utopique ». Ce n’était pas une utopie parfaite, mais pas non plus une contre-utopie cachée comme souvent.

De nos jours, Becky Chambers est l’une des plus importantes représentantes d’une science-fiction porteuse de futurs possibles positifs. Voici pourquoi il faut vous tourner vers ses œuvres, ou les offrir à vos proches.

La trilogie dite des « Voyageurs » est un space opera démarrant, avec L’Espace d’un An, à bord d’un grand vaisseau spatial destiné à creuser des « tunnels » dans l’espace en direction d’une planète. C’est Rosemary, greffière en charge de tâches administratives, qui est l’héroïne.

Sous la plume de Becky Chambers, oubliez les grandes batailles spatiales ; les guerres aux armes lourdes ; les grands héros qui ont le destin du cosmos entre leurs mains ; les IA qui déboîtent en voulant exterminer des humains. Ce n’est pas un roman d’action, mais un récit sur le vivre-ensemble. « J’aime les bonnes batailles spatiales, comme tout le monde, mais je pense également qu’il est très réducteur de penser que le seul futur qui nous attend dans l’espace soit un futur de guerre. Il y a infiniment plus à vivre que conquérir et s’entre-tuer », avait expliqué Becky Chambers.

La romancière nous offre alors un futur où plusieurs races extraterrestres cohabitent avec des êtres humains — qui sont loin d’être les « maîtres » à bord. Évidemment que cohabiter sur un vaisseau spatial n’est pas sans poser de grands enjeux sociaux : partage des ressources, incompréhensions, politique. Mais Becky Chambers, tout en faisant preuve de réalisme sur ces défis, les aborde avec optimisme. Nous découvrons le profil d’êtres vivants issus d’espèces intelligentes variées, toutes avec leurs particularités culturelles, psychologiques, linguistiques. Au sein de cette diversité des espèces, la romancière aborde aussi les différences entre individus : trajectoires, compétences, histoires personnelles. Et si toute cette diversité, loin de forcément diviser, enrichissait chaque membre de l’équipage ?

Cette trilogie de Becky Chambers n’est pas que la description d’un futur positif, elle résonne en nous comme un appel profondément humain pour ce futur positif. C’est tendre, poétique, tout en étant crédible, le genre de science-fiction dont on a besoin aujourd’hui.

Marcus Dupont-Besnard

Publié le 14 janvier 2021

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