J'ai envie de dire que cette chronique est très loin d'être à la hauteur de tout ce que j'ai ressenti lors de cette lecture qui m'a réellement émue. Alors un seul conseil : lisez-le !

Chambers - L'espace d'un an - Les îles de My
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J'ai acheté ce livre un peu sur un coup de tête aux Utopiales 2017 alors qu'il venait de recevoir le prix Julia Verlanger. Je pensais le lire rapidement mais en 2018 la science-fiction ne m'a que peu inspirée et je l'ai laissé de côté jusqu'au mois dernier où le challenge Un genre par mois m'a donné envie de m'y plonger. C'était sans aucun doute le bon livre au bon moment car c'est un véritable coup de cœur pour ce roman un peu atypique dans lequel j'ai tout aimé.

Ce roman est un space-opera dans lequel le lecteur suit Rosemary jeune humaine récemment embauchée comme archiviste sur un vaisseau tunnelier, le Voyageur, en route pour une mission à hauts risques et éloignée de leur lieu de départ.
Au cours du voyage, elle va découvrir l'équipage hétéroclite du vaisseau formé de membres de différentes espèces humains et aliens mélangées, avec même une IA très intrigante, ainsi que les différentes planètes visitées chacune apportant son lot de surprises et de révélations sur les membres de l'équipe et sur les coutumes de chacun.
L'intrigue elle-même n'est donc pas très fournie mais donne suffisamment de paramètres pour comprendre le cadre géopolitique de cet espace et appréhender les enjeux de la mission du Voyageur. Cependant l'action prend son temps et ne s'installe réellement qu'une fois le périple quasi achevé. Entre-temps, nous sommes dans une sorte de huis-clos qui permet d'observer tant les personnages que le fonctionnement du vaisseau (avec suffisamment de données techniques pour être crédible même si je suis incapable de vous dire si elles sont réalistes scientifiquement parlant).
Et c'est sans aucun doute pour moi dans ce huis-clos que réside la force du roman. Car l'essentiel de l'histoire est constitué par les relations entre les personnages et leur évolution. Tous sont marquants voire attachants et suscitent la curiosité car on a sans cesse envie d'en apprendre davantage sur eux, sur leur passé ou sur leur "espèce". Et là-dessus, je n'ai pas été déçue car Becky Chambers brosse à petites touches un portrait complet de chacun d'eux, depuis le capitaine humain - amoureux d'une alien - qui doit coordonner tout son petit monde malgré ses doutes jusqu'au médecin cuistot à 6 pattes (joliment surnommé le Docteur Miam) quasi survivant de son espèce, en passant par les "mécas", Corbin le presque méchant de la bande et Sissix étrange créature à plumes aux mœurs non moins étranges (mais j'ai adoré ce personnage), sans oublier Lovey (je vous laisse découvrir qui elle est). Ils sont décrits avec justesse mais aussi tendresse et leur interaction en font une véritable famille dans laquelle on entre avec délices et qu'on peine à laisser une fois le livre refermé.
Cette chronique serait incomplète si je laissais de côté le style de Becky Chambers (en tout cas à travers la traduction) qui m'a vraiment transporté dans son univers grâce à des descriptions toutes en finesse, une analyse des sentiments et des émotions qui sonne vraie et une construction très bien menée dans laquelle on ne s'ennuie jamais malgré un espace temps relativement étiré. Elle a de plus ce petit quelque chose qui donne à l'ensemble à la fois une grande cohérence et beaucoup d'humanité, ce qui m'a touchée.

Au final, ce roman nous offre un très beau voyage dans l'espace. Certes il suit les contours du genre space-opera avec un certain classicisme car on en retrouve  tous les ingrédients, mais l'intrigue elle-même par sa construction qui fait la part belle aux relations entre les personnages quasi en huis-clos, l'écriture joliment travaillée et pleine de chaleur porte un véritable message pour l'acceptation de l'autre dans toute sa différence qui ne peut laisser de marbre.
J'ai envie de dire que cette chronique est très loin d'être à la hauteur de tout ce que j'ai ressenti lors de cette lecture qui m'a réellement émue. Alors un seul conseil : lisez-le !

Publié le 9 mai 2019

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