J’ai hâte de retourner pour une virée à bord du Voyageur.

L'ours inculte
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Marre d’angoisser en scrollant ton fil de rézosocial préféré ? Envie de te rouler en boule devant un petit feu et de t’immerger dans une piscine de feel-good salvateur ? Dégaine ton plaid, prépare ton chocolat chaud, tatie Becky Chambers ramène son bol de guimauve bienfaisante avec L’espace d’un an.

Rosemary embarque à bord du Voyageur pour commencer son nouveau job de greffière. Le vaisseau est spécialisé dans le forage de « tunnels » dans la structure même de l’espace pour ouvrir des voies de navigation, et bien sûr y’a plein de trucs administratifs à gérer, et c’est pas trop le fort du capitaine Ashby. Le lecteur découvrira alors l’équipage en même temps que Rosemary et vivra le presque-quotidien de cette joyeuse bande en route vers une très importante mission dans une zone un peu mouvementée de l’univers. Mais ici, l’important n’est pas forcément la destination, mais plutôt le voyage… Et les gens avec qui on partage la virée : Kizzy la mécano dingo, Jenks le bidouilleur informatique, l’IA Lovey, le médecin-cuistot-alien tout doux Docteur Miam, Sissix l’alien en manque de câlins, etc…

Le roman a été un peu déstabilisant dans le sens où je cherchais constamment quand allait démarrer vraiment l’intrigue, une ligne directrice forte qui allait faire quelque chose de cet équipage assemblé. Et en fait, la réponse est « jamais ». La vie de l’équipage EST l’intrigue, chaque chapitre nous présente une situation qui va mettre en avant un passager du Voyageur, un aspect de l’univers multi-culturel dans lequel on évolue. Pour rigoler, j’ai comparé ça à un « camera-café » SF dans une entreprise de troueurs de l’espace, mais bien évidemment avec moins d’humour beauf, et plus de sensibilité. Parce que si la première moitié m’a diverti et m’a présenté ces personnages, c’est vraiment la seconde partie du bouquin qui, toujours en gardant un aspect un peu épisodique, m’a vraiment renversé en jouant de la harpe avec toutes les cordes sensibles que l’autrice a soigneusement tendues.

Si il y a une thématique principale dans ce bouquin, c’est la bienveillance et l’optimisme. Ça peut sembler parfois un peu trop bisounourso-mièvre par moments, mais la plupart du temps c’est extrêmement juste et crée une atmosphère qui fait vraiment du bien. On est dans un univers où les humains ont intégré une alliance galactique composée de plusieurs races très différentes, et on apprend petit à petit l’empathie nécessaire pour comprendre ces différences et vivre avec, tenir compte des coutumes et sensibilités qui parfois semblent absurdes au premier abord. Ça a évidemment un message positif qui apparaitra salvateur au lecteur qui broie un peu du noir, avec une portée sociale progressiste évidente (parfois délivré avec . Même si ça fait bizarre de voir des pirates raisonnables, des bombes qui attendent que tu prennes un peu de repos avant d’exploser, y’a toute une démarche très feel-good qui s’installe et qui met en place une atmosphère touchante au sein de cette équipe.

La fin du roman joue donc avec la trame de relations qu’il a tissé et amène juste assez de péripéties pour renverser quelques barrières et mettre du piment, sans pour autant plonger dans le danger intergalactique et le drame plombant. Un petit danger par-ci, une petite révélation par-là, et on a peur pour ce navigateur parasité du ciboulot qui accepte son sort, on a de l’empathie pour le jardinier ronchon qui voit sa vie renversée, et on termine le roman en voulant rester avec ces joyeux camarades. On peut regretter le manque de tension épico-dramatique, mais en même temps c’est une caractéristique appréciable de ce premier tome, dans un certain sens. J’ai hâte de retourner pour une virée à bord du Voyageur.

Publié le 11 janvier 2021

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