« Par quel miracle l’autrice réussit-elle cela ? »

Au pays des Cave Trolls
Article Original

Le roman est un space-opera assez classique au niveau de l’univers mais original par l’approche qu’a choisi son autrice. En effet, il ne faut pas s’attendre à des combats, ni aux ingrédients traditionnels du genre. Cela fait une partie de son charme mais peut décontenancer pas mal de lecteurs. Le récit est en effet une tranche de vie à bord d’un vaisseau spatial, le Voyageur, dont le travail est de creuser des tunnels dans l’espace. Ces tunnels sont destinés aux voyages spatiaux et les rendent plus rapides. Dans d’autres romans de space opera de tels tunnels s’appelleraient « trou de ver »…

Tout commence par l’arrivée de Rosemary, une humaine, à bord du Voyageur. Elle a été embauchée en tant que greffière pour s’occuper de tout ce qui a trait à l’administratif et offrir ainsi plus de possibilités et de meilleurs contrats à l’équipage du vaisseau. Mais Rosemary a caché des éléments de son passé aux membres de l’équipage. L’engagement de la greffière permet au Voyageur d’obtenir un excellent contrat pour le compte de l’union galactique: ils doivent construire un tunnel reliant l’Union à une race extraterrestre qui jusque là n’en faisait pas partie. Le problème est que c’est une race assez agressive. L’équipage accepte le contrat et les voilà parti pour un long voyage.

Voici à peu près l’intrigue du roman et pas plus, il nous raconte le voyage du vaisseau vers sa mission et les relations entre les divers membres d’équipage. On s’attend à des péripéties liées à la mission, à un plus de rebondissements. Mais rien n’arrive vraiment. Pourtant, on ne s’ennuie pas et on prend plaisir à suivre ce voyage, même si quelques rebondissements n’auraient pas été de refus. Par quel miracle l’autrice réussit-elle cela ? Surtout grâce à ses personnages et son inventivité pour créer des races extraterrestres originales et développer leurs manières de vivre et leurs mœurs. En effet, l’autrice a surtout mis l’accent sur les personnages qui composent son récit, sur les liens entre eux malgré leurs énormes différences. Au point qu’au cours de la lecture, on a l’impression de faire partie du Voyageur, de connaitre ses occupants depuis longtemps, d’être familier avec eux.

Les différents membres d’équipage appartiennent à des espèces très variées appartenant toutes à l’union galactique. Au sein de cette union, les différents peuples vivent en paix, en ayant des relations saines, prônant la tolérance. Dans l’équipage du Voyageur, en plus des humains, on trouve une Aandriske, une espèce à plumes qui naît dans des œufs, un docteur et cuisinier Grum, espèce dotée de plusieurs bras, ou une paire de Sianats ayant deux esprits dans un corps. Chaque membre de l’équipage a droit à son histoire indépendante du reste, ce qui fait que le roman ressemble un peu à un assemblage de nouvelles mises bout à bout. Au travers de toutes ces espèces si différentes de la notre, l’autrice montre que les particularités ne doivent pas être sources de conflits entre les races, elle prône la paix entre les différentes espèces et des valeurs humanistes. Les thématiques sont ainsi dans ce roman plus importantes que l’intrigue.

L’espace d’un an est ainsi un roman un peu déconcertant par sa structure proche d’un fix-up de nouvelles, son intrigue très simple et sa tonalité résolument positive. Mais c’est aussi un roman très plaisant à lire, qui prône l’ouverture d’esprit, la tolérance et la paix. La justesse avec laquelle Becky Chambers dépeint ses personnages et des races extraterrestres originales est vraiment appréciable. Je suis curieuse de me pencher sur les autres romans de cet univers.

Publié le 5 mars 2020

à propos de la même œuvre