Pourquoi il faut (re)lire Apprendre, si par bonheur de Becky Chambers ?
Parce que, sous la plume de Becky Chambers, l'exploration spatiale n'est plus l'affaire de quelques nations mais des citoyens.
C'est sous la houlette du "Groupement astronautique ouvert" — une organisation apolitique, sans but lucratif et uniquement financée par le don – que s'orchestrent les voyages aux confins de l'univers, affranchis des intérêts privés et des ambitions étatiques. Seule manière, selon l'autrice californienne, de "faire de la science sérieuse avec de l'argent propre et des mains propres".
Parce que ce roman de science-fiction est foncièrement anticolonialiste.
Au fil de ses 144 pages, il n'est jamais question de conquête. "Notre but, c'était de cataloguer, pas de coloniser [...]. Nous n'avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir", écrit le personnage d'Adriadne O'Neill dans son journal.
Un contre-récit on ne peut plus d'actualité au moment où la lune est convoitée par une myriade de start-up pour ton titane, son hélium-3 et son lithium, et où l'espace est peu à peu capté par des logiques marchandes et impérialistes.
Une mission "Lawki 6", décrite par l'autrice de SF, incarne ainsi un idéal de collaboration scientifique et humaine encore plus poussé que celui de la Station spatiale internationale.
Un propos qui résonne d'autant plus fort que la fermeture de l'ISS est prévu pour 2030, laissant le champ libre à la privatisation de l'espace.