Je n'avais jamais lu Becky Chambers, mais j'ai vite compris ce que ses fans voient dans son écriture : humanisme, positivité, inclusion et curiosité.

Un papillon dans la lune
Article Original

"Je suis une observatrice, pas une conquérante. Je n'ai aucune envie de forcer une planète à s'adapter à moi. Je préfère marcher d'un pas léger : m'adapter à elle."

C'est la première fois que je lis cette autrice qui se caractérise par sa conception positive et inclusive de la science-fiction !

Un coup de cœur inattendu pour moi, par bonheur !

Au début de l'histoire, la narratrice s'adresse au lecteur. Elle lui envoie ce message pour lui expliquer quelque chose... Mais quoi ? Elle fait partie de la mission Lawke 6 avec trois autres astronautes. Ils ont été envoyés dans l'espace pour étudier d'autres planètes, pour la science, par un organisme financé par des citoyens. Nous allons suivre le chemin et les découvertes de ce groupe fort sympathique à travers les mots d'Ariadne.

Je n'avais jamais lu Becky Chambers, mais j'ai vite compris ce que ses fans voient dans son écriture : humanisme, positivité, inclusion et curiosité. Cela commence par sa vision de l'exploration spatiale. Elle propose des idées qui peuvent paraître évidentes, alors que hey ben non, c'est loin d'être ce qu'on a l'habitude de croiser en SF. 

D'abord, la "Torpeur" (aussi connu sous le nom d'hyper-sommeil, de stase, de suspension bref tous les noms de cette fameuse solution pour abolir les contraintes temporelles du voyage intersidéral) la Torpeur donc se fait dans des pièces individuelles, intimes, avec un réveil pensé pour diminuer son impact psychologique. Ça nous change des milliers de colons en rang d'oignons et totalement interchangeables. Je dis bien vu.

Ensuite, la "somaformation", tout l'inverse de la célèbre terraformation. En 2018, Becky Chambers assiste à une conférence de Lisa Nip, doctorante au MIT, qui propose de "recourir à la biologie synthétique pour résoudre les difficultés du voyage spatial humain." Le cerveau de notre autrice entre en ébullition et voici Apprendre, si par bonheur, dans lequel les astronautes sont adaptés à leur futur environnement grâce à des patchs portés pendant la Torpeur. Mon adaptation préférée est le scintillement de la peau pour un environnement en manque de luminosité : une astronaute à paillettes, il fallait oser, je valide.

 Finalement, le but d'Ariadne, Chikondi, Jack et Elena est d'impacter le moins possible les lieux qu'ils étudient. Cela m'a un peu fait penser au pacte initial de Semiosis, même si l'autrice cherchait plus une symbiose entre ses personnages et l'écosystème puisqu'ils tentaient de coloniser la planète plutôt que de se contenter de l'observer.

Je vous parlais d'inclusivité et de positivité. Becky Chambers est douée dans ces domaines. Au départ, je me suis dit "ouhalala, ça ne va pas être ennuyeux ?" (a priori total), et à la lecture, quel gros plaisir de trouver cette douceur, cette compréhension mutuelle, de rencontrer ces personnages si divers, avec leurs qualités et leurs défauts, mais sur lesquels la narratrice a toujours un regard bienveillant. Tous les quatre sont différents, via leurs origines, leurs métiers, leurs caractères et même leurs orientations sexuelles (bi, lesbienne, ace...) ou leur identité (Jack est trans par exemple). 

Et ils s'entendent bien !!! La plupart du temps. J'ai pensé que leur entente pouvait justement paraître irréaliste MAIS, mais déjà on n'envoie pas n'importe qui dans l'espace au hasard, j'imagine que les groupes constitués sont censés se supporter un minimum. De plus, ils sont dans une démarche positive d'étude de la vie, et de découverte. Et puis, ça ne devrait même pas me faire l'effet d'être irréaliste, et ça en dit beaucoup sur l'état des relations humaines actuelles...

J'ajoute, surtout, surtout, que l'intrigue est prenante, bien construite. On accroche tout de suite. On prend plaisir à explorer les planètes avec les personnages, à les connaître, à leurs découvertes scientifiques qui les rendent tellement euphoriques que ça en devient communicatif. Et on frémit quand les communications avec la Terre s'interrompent... J'ai aussi beaucoup apprécié l'origine du titre. Bref c'est une vraie réussite !

A mon grand étonnement, j'ai beaucoup apprécié le voyage. Apprendre, si par bonheur de Becky Chambers est un roman d'exploration spatiale réussi, aussi captivant que positif. On ne s'ennuie pas une seconde au côté de nos quatre astronautes, à la découverte de planètes inconnues. Voilà qui me fait reconsidérer ma décision de ne pas lire L'Espace d'un an !

Publié le 13 janvier 2021

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