On ne peut qu’apprécier la façon d’aborder cette intrigue, et ce style direct, fait de petites phrases, en disant peu mais suffisamment pour créer des personnages plus vrais que nature. Ni bons, ni mauvais, ils ont tous une vraie personnalité et une loyauté que seuls les vrais amis peuvent avoir. On ne peut aussi que se passionner par les valeurs disséminées dans ce roman, par les obsessions de ses personnages et par le sujet de fond, une drogue puissamment mortelle qui va déferler sur l’Europe.

Black Novel
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Ce roman me donne l’occasion de parler de deux retours, celui de L’Atalante dans le monde du polar avec une nouvelle collection nommée Fusion et celui de Chastity Riley sur les étals de nos libraires.

Fusion, voici le nom de cette nouvelle collection estampillée polar aux éditions L’Atalante. À sa tête, on trouve Caroline de Benedetti et Emeric Cloche, connus pour avoir créé l’association Fondu au noir depuis 2007, et éditeurs de l’excellente revue trimestrielle L’indic, une véritable source de savoir du polar.

Chastity Riley a fait une brève apparition en France, aux éditions Piranha en 2015, dans un roman nommé Quartier rouge, qui était le premier de la série. Il nous présentait un personnage féminin complexe, « rentre dedans », extrême, mais aussi attachant et original.

Il est tabassé par trois hommes dans une ruelle et laissé en sale état. Allongé sur son lit d’hôpital, il se fait appeler Joe, car il se terre dans son mutisme et ne veut rien dire. Dans le cadre de la protection des victimes, on lui octroie un policier de garde devant sa chambre.

Chastity Riley est passé tout proche de la correctionnelle. Pour avoir voulu faire tomber son chef pour corruption, on lui offre un placard doré, la création d’un poste de procureure spéciale pour la protection des témoins. Sa première affaire va être celle de Joe et à force de visites à l’hôpital, elle va réussir à lui tirer quelques informations, en forme de pièces de puzzle pour découvrir une affaire qui fait froid dans le dos.

Le titre de ce roman vient directement du nom du bar BlaueNacht, où Chastity passe ses nuits et rencontre ses amis. Je retrouve avec un énorme plaisir ce personnage féminin hors norme dans une enquête qui va petit à petit se mettre en place, au gré de ses errances diurnes (elle s’ennuie dans ce faux poste) et nocturnes dans les quartiers chauds de Hambourg lors de virées alcooliques.

Chastity s’appuie sur son entourage, entre amis, amies et amants, ainsi que sur sa cicatrice principale, celle de n’avoir pas connu son père. C’est bien pour cela qu’elle reste proche de Georg Faller, un de ses anciens chefs à la retraite. D’ailleurs, ce dernier a conservé une obsession en tête, celle de faire tomber le ponte albanais de Hambourg, Malaj Gjergj.

On ne peut qu’apprécier la façon d’aborder cette intrigue, et ce style direct, fait de petites phrases, en disant peu mais suffisamment pour créer des personnages plus vrais que nature. Ni bons, ni mauvais, ils ont tous une vraie personnalité et une loyauté que seuls les vrais amis peuvent avoir. On ne peut aussi que se passionner par les valeurs disséminées dans ce roman, par les obsessions de ses personnages et par le sujet de fond, une drogue puissamment mortelle qui va déferler sur l’Europe.

 

Entre deux chapitres, nous trouvons des témoignages ne dépassant pas quelques paragraphes, passant en revue les pensées de certains des protagonistes. Toute l’originalité tient dans ces passages qui vont nous expliquer certaines choses, puis nous embrouiller pour enfin nous montrer que ce qui est montré n’est pas aussi simple qu’on peut le croire. Même la fin nous pousse à nous demander qui, dans cette histoire, a manipulé qui ?

Jetez-vous sur cette enquête de Chastity Riley car vous allez y rencontrer une femme formidable, inoubliable ; vous allez être plongé dans leurs relations, devenir membre de leur clan, au milieu des Klatsche, Faller, Calabretta, et Carla. Et puis, vous succomberez au style de Simone Buchholz, court, simple, rapide. Et même après la dernière page, vous n’aurez qu’une envie : reprendre tout depuis le début, ne serait-ce que pour aller boire une bière au Blaue Nacht.

Publié le 31 mars 2021

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