Le réchauffement climatique, qui n'en parle pas ? C'est maintenant, ça ne s'arrange pas et ça ne risque pas de le faire avant un bon moment... Mais imaginez que tous nos efforts n'y changent rien ? Imaginez un monde où la planète se meure à petit feu, emportant les humains avec elle dans la tombe ?

C'est ce monde que nous décrit Jean-Marc Ligny dans Exodes. Et le bougre fait ça de façon furieusement réaliste. Me voici de retour de ce terrible voyage apocalyptique. Ma recommandation ? Foncez dans ce livre tête baissée !
Comme je vous le disais dans ma chronique du Déchronologue, j'aime bien les livres qui me mettent rapidement dans l'ambiance. Ça tombe bien, c'est pile ce que fait Jean-Marc Ligny avec Exodes. Mais ce que vous ne savez pas encore, c'est que j'adore aussi les univers apocalyptiques. Et là, on est en plein dedans !
Dès les premiers paragraphes, notre auteur parisien - récompensé pour son roman, soit dit en passant - met immédiatement en place le décor avec un style simple, qui va directement à l'essentiel.
C'est d'ailleurs pour ça que l'immersion est immédiate. On rentre ici dans un univers où il n'y a plus de place pour le superflu. La vie ne tient qu'à un fil. Oubliez toute notion de confort ou de plaisirs bassement matérialistes. Dans Exodes, l'humain n'est qu'une espèce en voie de disparition de plus. Welcome to hell !
Exodes se déroule dans un futur pas si lointain que ça. L'humanité a cependant accompli bien des choses. Les maladies graves que nous connaissons maintenant sont considérées comme bénignes. Le clonage humain est une réalité. L'Homme commence même à conquérir l'espace.
Mais tout ça ne vaut rien au final, car nous sommes condamnés. Le réchauffement climatique s'est emballé : Venise est sous les eaux, la température dans les déserts arabiques atteint les 100°C, les ouragans sont monnaie courante... Bref, un vrai petit paradis !
C'est dans ce monde ravagé que nous suivrons les aventures d'une dizaine de protagonistes, hommes, femmes et enfants. Certains ont la chance de vivre sous un dôme énergétique protecteur, une enclave. Ces quelques veinards profitent d'un grand confort, les plus jeunes vivant d'orgies et de drogues faute de percevoir un quelconque avenir au sein de ce monde.
Les moins chanceux, les outers, savourent quant à eux l'enfer sur terre, luttant chaque jour un peu plus contre les maladies, la famine et la soif. Bien que dispersés aux quatre coins de l'Europe - le livre nous mène en Espagne, Italie, Norvège et Suisse sans oublier la France - tous nos personnages verront leur destin se dérouler à Davos, chef-lieu de l'une des dernières enclaves encore debout en ce bas monde. Mais tous n'y parviendront pas vivants...
Vous qui entrez ici, perdez tout espoir. Voilà une maxime qui correspond parfaitement à ce que j'ai éprouvé durant ma lecture d'Exodes. J'en suis même arrivé à me demander si Jean-Marc Ligny ne détestait pas le genre humain tant son livre est dur !
La mort rôde à chaque page, frappant de sa faux les plus innocents comme les plus horribles malfrats. L'écrivain français réussit le tour de force de nous faire nous attacher à chacun de ses personnages. Je me suis surpris à dire “allez, petit gars, tu vas t'en tirer, accroche-toi"... Mais non, le couperet tombe, immuable.
Que ce soit les conditions climatiques, la maladie, les Boutefeux ou ces dégénérés de Mangemorts, tout est en place pour provoquer une mort brutale de nos héros. Mais si le livre est dur, il n'en est pas gratuitement cru pour autant. Jean-Marc Ligny ne dépasse jamais la limite, ne dépeignant qu'à demi-mot les plus horribles péripéties de nos protagonistes. On tremble, on frissonne, mais jamais on ne ferme le livre, car il va trop loin. Du grand art !
Laissez-moi vous présenter quelques conséquences du réchauffement climatique. Car avec le temps qui s'est détraqué, certains humains ont aussi fondu quelques plombs. Je passe sur les Guerres d'Immigration dont on ne sait pas grand-chose en dehors du fait qu'elles ont causé des millions de morts suite aux premiers signes avant-coureurs d'apocalypse.
Je vais plutôt vous parler des sympathiques Boutefeux. Tout comme les raiders de Mad Max - film culte que je ne peux que vous recommander - ces gangs pillent, v(i)olent et tuent gratuitement leurs semblables. Le feu est leur maître et la rabia negra leur carburant. Ils ont un rôle central dans l'histoire d'Exodes, attirant le lecteur par leur côté “foutu pour foutu, autant tout faire cramer”.
De tous les dangers, ce ne sont pourtant pas les pires. Les Mangemorts vont bien plus loin. Humains dégénérés et consanguins, ils ont cédé au cannibalisme, devenant de vraies bêtes sauvages avides de chair. D'eux, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'ils sont impitoyables et rôdent en permanence à l'affût.
Contrairement aux autres romans de SF plus classique, vous ne croiserez pas d'aliens ou autres créatures étranges dans Exodes. Cet ouvrage mise sur le réalisme. Et franchement, c'est bien suffisant pour nous tenir en haleine. C'est d'ailleurs sa grande force : le futur pourrait bien ressembler à ça d'ici quelques générations...
" Il s'appelle comment, ton havre de paix ? " Au gré de leurs aventures, nos protagonistes en arriveront à mêler leurs destins pour un final épique dans l'enclave de Davos. Mais avant d'en arriver là, on en apprendra plus sur leurs motivations, Jean-Marc Ligny faisant là encore preuve d'un savoir-faire exaltant.
Vous prendrez autant de plaisir à suivre le voyage de Mercedes, pieuse mama italienne persuadée que les anges viendront chercher les élus de Dieu dans leurs ovnis, que celui de Fernando, son fils qui deviendra Boutefeu malgré lui. Paula cherchera quant à elle à sauver ses deux enfants, Romano et Silvio. Et pour ça, elle devra accomplir le pire...
Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres personnages, avec une mention particulière pour Mélanie dont le destin m'a bouleversé... Bon, en fait, le livre entier m'aura bouleversé !
Car Exodes est un ouvrage puissant, de ce genre de livres sur lesquels on revient même après plusieurs années. Il est impossible qu'il vous laisse indifférent. En tout cas, il m'a bien retourné la tête et plus jamais je ne verrai le réchauffement climatique de la même façon. Voici un monument à ajouter sans hésiter à votre bibliothèque personnelle !
 
Publié le 4 décembre 2019

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