@font-face { font-family: "Times New Roman"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman"; }table.MsoNormalTable { font-size: 10pt; font-family: "Times New Roman"; }div.Section1 { page: Section1; } Période faste pour l’Atalante. Les parutions d’auteurs francophones se multiplient et Ursula K. Le Guin nous réjouit le cœur et l’intellect. Pendant que l’excellent cycle pour la jeunesse Chroniques des rivages de l’Ouest poursuit son bonhomme de chemin (la conclusion est prévue pour mars), l’éditeur nantais nous gratifie d’un roman adulte, auréolé du Prix Locus, excusez du peu. Même si une récompense n’est pas toujours un gage de qualité, elle apparaît ici amplement méritée, distinguant en outre un roman admirable. Abandonnant les préoccupations très contemporaines, Ursula Le Guin nous invite à un voyage dans le passé, quelque part entre mythe et réalité, en cette terre du Latium où naîtra la Rome républicaine puis impériale. Une pause enchanteresse et bucolique où s’exerce l’acuité redoutable du regard de l’ethnologue. Une parenthèse empreinte de poésie et de lyrisme. Une invitation à relire L’Enéide de Virgile, texte épique s’il en est, retraçant le périple d’Enée et les origines mythiques de la cité de Rome. La place de Lavinia tient à peu de choses dans L’Enéide, son rôle constituant à devenir la femme du héros Enée, et par la même à sceller l’alliance entre les Troyens et les Latins. Ursula Le Guin choisit de faire de la jeune femme la narratrice et le personnage titre de son roman. Lavinia apparaît ainsi comme la réécriture, du point de vue féminin, d’une partie de l’épopée de Virgile. L’auteur mourant apparaît lui-même dans le récit, comme une apparition spectrale en provenance du futur, lorsque Lavinia se recueille dans le secret du sanctuaire de sa famille. Le dialogue noué entre les deux personnages – le réel et le fictif – se révèle très touchant, un des moments forts du roman. Le poète lui dévoile le passé – la guerre de Troie, le séjour en Afrique chez Didon – et le futur – l’arrivée d’Enée et la période augustéenne -, se faisant ainsi oracle. On le constate rapidement, ce dispositif narratif sert de prétexte à une réflexion sur la liberté et le destin, sur le réel et la fiction. Personnage anecdotique et pourtant capital de l’épopée – en elle, la lignée d’Enée fait souche -, Lavinia ne vit qu’au travers des écrits de Virgile. Ici, elle incarne la légende, restant consciente de son caractère fictif, en grande partie imaginaire, et interpellant avec régularité le lecteur à ce propos. Ce faux monologue impulse un sentiment de trouble. Il rend la jeune femme d’autant plus réelle. Lavinia  sa liberté. Un destin pour ainsi dire gravé dans le marbre. Forcer la main de son père, s’opposer à sa mère, à sa famille et à son peuple. Épouser la cause de l’étranger, de l’exilé. Exister en tant que tel et non uniquement sous la plume d’un autre. incarne aussi un destin livresque et tente de s’accorder Lorsque le roman débute, Enée débarque avec armes et bagages. Lavinia assiste à l’événement annoncé par le spectre de Virgile. Puis, sans transition, l’histoire se décale dans le passé. Ursula Le Guin nous plonge au cœur du Latium archaïque. Immersion immédiate aux côtés de gens simples, petits paysans, esclaves, maisonnée du roi Latinus. La limpidité de la narration et l’authenticité de la reconstitution frappent aussitôt l’esprit. Une vie près de la nature, le sacré imprégnant par ses rites chaque geste du quotidien. Les couleurs, les odeurs, les sons, rien ne manque. Le cadre du drame à venir est dressé. Il ne reste plus aux évènements qu’à se dérouler, fatidiques puisque déjà écrits. Alors en attendant, on fait connaissance avec Latinus, vieux roi fatigué désirant la paix. Avec son épouse Arnata, rendue folle par le chagrin, avec Turnus, impétueux et jeune souverain de Rutulie, avec Drances, conseiller roublard de Latinus. Avec Enée enfin… On s’émerveille du traitement des personnages, de l’atmosphère envoûtante tissée par Ursula Le Guin. Un tropisme dépourvu d’artifices et de fioritures. Tout l’art du conteur au service de la littérature. A près de 80 ans, Ursula Le Guin démontre avec Lavinia que le meilleur de son œuvre n’est pas derrière elle. Loin de s’endormir sur son passé, elle écrit un roman tout bonnement époustouflant. Lavinia rappelle ainsi les litres les plus importants de bibliographie, Les Dépossédés ou La Main gauche de la nuit pour n’en citer que deux. Et il s’impose comme une des parutions incontournables du début de l’année 2011.   Laurent Leleu- Bifrost  

Le Guin - Lavinia - Bifrost

Période faste pour l’Atalante. Les parutions d’auteurs francophones se multiplient et Ursula K. Le Guin nous réjouit le cœur et l’intellect. Pendant que l’excellent cycle pour la jeunesse Chroniques des rivages de l’Ouest poursuit son bonhomme de chemin (la conclusion est prévue pour mars), l’éditeur nantais nous gratifie d’un roman adulte, auréolé du Prix Locus, excusez du peu. Même si une récompense n’est pas toujours un gage de qualité, elle apparaît ici amplement méritée, distinguant en outre un roman admirable.

Abandonnant les préoccupations très contemporaines, Ursula Le Guin nous invite à un voyage dans le passé, quelque part entre mythe et réalité, en cette terre du Latium où naîtra la Rome républicaine puis impériale. Une pause enchanteresse et bucolique où s’exerce l’acuité redoutable du regard de l’ethnologue. Une parenthèse empreinte de poésie et de lyrisme. Une invitation à relire L’Enéide de Virgile, texte épique s’il en est, retraçant le périple d’Enée et les origines mythiques de la cité de Rome.

La place de Lavinia tient à peu de choses dans L’Enéide, son rôle constituant à devenir la femme du héros Enée, et par la même à sceller l’alliance entre les Troyens et les Latins. Ursula Le Guin choisit de faire de la jeune femme la narratrice et le personnage titre de son roman. Lavinia apparaît ainsi comme la réécriture, du point de vue féminin, d’une partie de l’épopée de Virgile. L’auteur mourant apparaît lui-même dans le récit, comme une apparition spectrale en provenance du futur, lorsque Lavinia se recueille dans le secret du sanctuaire de sa famille. Le dialogue noué entre les deux personnages – le réel et le fictif – se révèle très touchant, un des moments forts du roman. Le poète lui dévoile le passé – la guerre de Troie, le séjour en Afrique chez Didon – et le futur – l’arrivée d’Enée et la période augustéenne -, se faisant ainsi oracle. On le constate rapidement, ce dispositif narratif sert de prétexte à une réflexion sur la liberté et le destin, sur le réel et la fiction. Personnage anecdotique et pourtant capital de l’épopée – en elle, la lignée d’Enée fait souche -, Lavinia ne vit qu’au travers des écrits de Virgile. Ici, elle incarne la légende, restant consciente de son caractère fictif, en grande partie imaginaire, et interpellant avec régularité le lecteur à ce propos. Ce faux monologue impulse un sentiment de trouble. Il rend la jeune femme d’autant plus réelle. Lavinia  sa liberté. Un destin pour ainsi dire gravé dans le marbre. Forcer la main de son père, s’opposer à sa mère, à sa famille et à son peuple. Épouser la cause de l’étranger, de l’exilé. Exister en tant que tel et non uniquement sous la plume d’un autre. incarne aussi un destin livresque et tente de s’accorder

Lorsque le roman débute, Enée débarque avec armes et bagages. Lavinia assiste à l’événement annoncé par le spectre de Virgile. Puis, sans transition, l’histoire se décale dans le passé. Ursula Le Guin nous plonge au cœur du Latium archaïque. Immersion immédiate aux côtés de gens simples, petits paysans, esclaves, maisonnée du roi Latinus. La limpidité de la narration et l’authenticité de la reconstitution frappent aussitôt l’esprit. Une vie près de la nature, le sacré imprégnant par ses rites chaque geste du quotidien. Les couleurs, les odeurs, les sons, rien ne manque. Le cadre du drame à venir est dressé. Il ne reste plus aux évènements qu’à se dérouler, fatidiques puisque déjà écrits. Alors en attendant, on fait connaissance avec Latinus, vieux roi fatigué désirant la paix. Avec son épouse Arnata, rendue folle par le chagrin, avec Turnus, impétueux et jeune souverain de Rutulie, avec Drances, conseiller roublard de Latinus. Avec Enée enfin… On s’émerveille du traitement des personnages, de l’atmosphère envoûtante tissée par Ursula Le Guin. Un tropisme dépourvu d’artifices et de fioritures. Tout l’art du conteur au service de la littérature.

A près de 80 ans, Ursula Le Guin démontre avec Lavinia que le meilleur de son œuvre n’est pas derrière elle. Loin de s’endormir sur son passé, elle écrit un roman tout bonnement époustouflant. Lavinia rappelle ainsi les litres les plus importants de bibliographie, Les Dépossédés ou La Main gauche de la nuit pour n’en citer que deux. Et il s’impose comme une des parutions incontournables du début de l’année 2011.

 

Laurent Leleu- Bifrost

 

Publié le 6 mai 2011

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