Connaissances en territoire (huma)inconnu
Après une publication anglaise en 2021, sa traduction française en 2022, ainsi qu’une réédition intégrale du diptyque en 2025 aux éditions L’Atalante, les Histoires de moine et de robot reviennent en France dans un nouveau format, au sein de la collection de poche de l’éditeur français. Après un premier volume empreint de douceur et d’amitié naissante dans un folklore faisant régner la nature en maîtresse, le second se focalise sur les sociétés humaines.
Après l’ère végétale vient l’ère anthropique. Dex et O.T.S. (ou Omphale Tachetée Splendide) quittent leurs sombres terres interdites afin que ce dernier, premier robot à sortir du territoire millénaire et légendaire découvre la civilisation humaine. Mais alors qu’Omphale est toujours obsédé par sa sempiternelle question « de quoi les humains ont-ils donc besoin », lui et Dex se trouvent confrontés à un peuple qui est, malgré lui, toujours en proie au besoin de quelque chose.
Le premier tome du court diptyque de Becky Chambers, Un psaume pour les recyclés sauvages, tournait intégralement autour de la thématique de la découverte de l’autre, de l’être inconnu en tant que personnalité et non plus seulement comme idée possible. Dans ce second volume, les attentes changent drastiquement : l’inconnu a effectué sa première rencontre, un rapport humain a été créé, bien que restreint, cependant, il manque le fait de le présenter à autrui, à la société. L’humanité n’équivalant pas au simple individu qu’est Dex (d’autant plus que sa bienveillance et son ouverture d’esprit sont façonnées par son travail de moine de thé, afin de recueillir les histoires, passifs et autres problèmes des personnes qu’iel a pu rencontrer), ses éventuelles réactions sont bien moins prévisibles. Alors que l’histoire de la rencontre entre Omphale et Dex abordait des thématiques cruciales dans les rapports sociologiques intimes, ce second volume, lui, narre l’importance de la compréhension de ce qui nous est inconnu pour mieux l’intégrer, ainsi que l’indispensabilité des limites individuelles pour ne pas sombrer socialement.
Si le Psaume de Becky Chambers fonctionnait, c’était pour sa nouveauté et son vent de fraîcheur. Le livre est un pari au scénario simple, mais qui reste tout de même assez rare : une science-fiction positive de bout en bout. Une prière pour les cimes timides utilise la même recette, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui fait beaucoup de bien : une société accueillante, en proie à l’entente entre individus, quelles que soient leur appartenance ethnique, sexuelle ou de genre, et ce, sans se poser la moindre question. Beaucoup de rires lorsqu’il est possible de lire les aventures sexuelles compliquées de Dex, mais également de tendresse lorsqu’Omphale explique la fin naturelle et logique de son peuple. Les apports philosophiques soulevés dans ce tome sont bien plus profonds que dans le précédent, Becky Chambers trouve véritablement la texture qu’elle a voulu donner à son diptyque au sein de cette finalité.
Une prière pour les cimes timides est la fin parfaite pour ce superbe petit bijou en deux tomes qu’est la série des Histoires de moine et de robot de Becky Chambers. Une société acceptante, bienveillante, une finalité des limitations sexuelles et de genre, un bien-être qui prime sur tout le reste, la suppression de l’économie suprémaciste et pourtant un moyen pour la société de prospérer, et surtout de la gentillesse. N’est-ce pas là la meilleure utopie possible ?
L’intégrale des Histoires de moine et de robot sera disponible en librairie courant août en format poche !
Clément Logeais