Les chroniques de l'imaginaire
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Comme convenu, Poivre repart du Voyageur en emmenant le kit corporel d'IA contenant la personnalité de Lovelace. Cette dernière a énormément de mal à s'habituer à sa nouvelle vie, et le fait que sa programmation lui interdise de mentir n'aide pas du tout à la faire passer pour humaine. Par ailleurs, le créateur du kit lui a ménagé quelques suprises finalement plaisantes, mais dont elle aurait pu se passer, surtout dans les remous d'une vie à s'inventer. Une partie du roman va permettre au lecteur de suivre celle qui a décidé de s'appeler Sidra dans son adaptation à une vie à peu près humaine.

De façon alternée, on suit l'histoire, qui s'est déroulée une vingtaine d'années plus tôt, de celle qui a commencé par s'appeler Jane 23, puis Jane, avant de devenir Poivre : c'était une enfant esclave, créée pour servir comme ouvrière dans une immense usine automatisée de tri et récupération de métal et d'électronique, avant qu'elle ne s'en enfuie pour trouver refuge dans une navette abandonnée de son équipage humain, mais toujours occupée par l'IA du bord, Chouette.

Dans la mesure où ces deux histoires se reflètent et se contrebalancent, le titre français est parfaitement choisi, puisque la libration est "l'oscillation, réelle ou apparente, du satellite tel que vu à partir du corps céleste autour duquel il orbite" (Wikipedia).

Ce roman intimiste est très différent du précédent. Il ne s'agit pas d'un space opera, mais d'une histoire de croissance, de développement d'une personnalité, accompagnée dans ce passage difficile par des intells, surtout Humains et Aéluon.ne, dans le cas de l'IA, et par une IA dans le cas d'une petite Humaine qui est une véritable enfant sauvage. Le nombre de personnages est également restreint, même si l'autrice s'est habilement débrouillée pour que les chapitres consacrés à Jane ne tournent pas au huis clos, par exemple en y donnant un rôle aux personnages de sims que "rencontre" Jane.

Par ailleurs, Becky Chambers nous en apprend davantage sur l'univers mis en place dans le premier tome, avec la peinture d'une Terre future possible, où grandit Jane, mais aussi avec le rôle central donné à un.e Aéluon.ne, qui approfondit ce que nous avions déjà découvert sur cette espèce précédemment, dans la partie consacrée à Sidra. Cela lui permet d'y explorer et donner à voir aux lecteurs/lectrices les conséquences d'une communication à base de couleurs, par exemple.

C'est fin, émouvant, traité et raconté de façon intelligente, et pour ma part j'ai davantage encore aimé cet opus que le précédent, même si certains personnages, auxquels je m'étais attachée, m'ont manqué.

 
 
Publié le 3 décembre 2019

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