L’histoire est sérieuse, voire grave, mais Scalzi réussit le tour de force de la rendre extrêmement plaisante à lire, c’est amusant, ça file à toute allure, et le lecteur happé, aussitôt refermée la dernière page, ne demande qu’une chose : la suite !

La Grande Parade
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Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Loin dans le futur. Il est toujours impossible de voyager plus vite que la lumière, mais les humains ont découvert le potentiel du Flux, un réseau de courants qui relie les planètes entre elles, et permet de se déplacer sans la fameuse limite. L’humanité s’est donc empressée de coloniser de nombreux systèmes solaires, et a fondé des colonies, toutes dépendantes les unes des autres. D’autant plus dépendantes que, ne pouvant s’installer que sur les mondes « desservis » par le Flux, les colons ont dû y construire qui une station orbitale, qui des habitations souterraines, qui des dômes pour survivre. Une seule planète déroge à cette règle : le Bout, qui, comme son nom l’indique, se trouve à l’extrémité du réseau du Flux, et où les habitants vivent à l’air libre. (Si vous vous posez la question à ce stade, le Flux qui menait à la Terre a disparu, et on est donc sans nouvelles d’elle). Pour garantir l’entraide et prévenir tout conflit, un empire s’est créé, l’Interdépendance, dominé par les guildes commerçantes, supervisé par la religion, et sous l’autorité suprême de l’Emperox. Entre monarchie religieusement légitimée et système mafieux, l’Interdépendance est avant tout une construction férocement capitaliste. Cependant, le Flux menace de s’effondrer ou de se réorganiser profondément, ce qui aura pour effet d’isoler irrémédiablement les planètes les unes des autres, et, à terme, de conduire à l’extinction de l’humanité.

L’apocalypse, loin des cataclysmes habituels, passe ici par l’arrêt de toutes les routes commerciales. Premier tome de la nouvelle série de John Scalzi, il y renoue avec le space opera, dans une fresque aux dimensions impressionnantes. On retrouve dans ce roman la patte de Scalzi : un rythme trépidant, des dialogues ciselés, un humour omniprésent et un univers parfaitement cohérent. Le régime politique et économique de ce système est parfaitement construit et les péripéties s’enchaînent sans temps mort.

L’autre force de L’effondrement de l’Empire, ce sont ses personnages. D’abord, les femmes sont à l’honneur, ce sont elles qui décident, qui réfléchissent, qui agissent. Cependant, c’est l’ensemble des protagonistes qui est particulièrement soigné : de Cardenia, devenue Emperox à son corps défendant, à Marce Claremont, spécialiste du Flux, que nul ne veut entendre, de l’impétueuse famille Lagos (dignement représentée par la fougueuse Kiva) à l’odieuse famille Nohamapetan, tous sont dotés d’une vraie personnalité et d’enjeux forts.

L’histoire est sérieuse, voire grave, mais Scalzi réussit le tour de force de la rendre extrêmement plaisante à lire, c’est amusant, ça file à toute allure, et le lecteur happé, aussitôt refermée la dernière page, ne demande qu’une chose : la suite !

Publié le 20 mai 2019

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