Galaxies

Le narrateur de ces quatre histoires qui n'en font qu'une, est un troll du genre montagne, aussi costaud que susceptible contremaître dans une mine, grand amateur de pierres précieuses qu'il dévore par poignées mais qui tient mal l'eau ferrugineuse. Il dirige les nains, pour qui creuser est une seconde nature, afin de les empêcher de percer le sous-sol à tort et à travers. Son patron, bureaucrate et pointilleux, pervers comme tous les humains, lui confie parfois des missions lointaines utiles à sa gestion de prospecteur minier. Cette fois, il ne trouve rien de mieux, en l'envoyant calmer les ardeurs belliqueuses d'un nécromant, que de lui mettre entre les pattes un stagiaire qui n'est autre que son neveu.

On l'aura compris, l'univers de la fantasy est ici parasité par les nuisances liées au progrès et à la rentabilité. Ce n'est pas la première fois qu'un domaine de l'imaginaire subit l'intrusion du monde moderne. Dans les années soixante, on ne comptait plus les récits où les enfers se voyaient au bord du dépôt et le diable grugé par les petits caractères d'un contrat plus contraignant qu'un pacte de sang. Le personnage de Jean-Claude Dunyach avait pris corps dans quelques nouvelles exploitant des situations similaires : Nourriture pour dragons, Le client est roi, Une place pour chaque chose, (respectivement dans les recueils 3, 5 et 6) mais il formalise cette fois son univers en y introduisant des personnages récurrents et un décor stable, sans cesser de manier un humour débridé, aussi bien dans la cocasserie des situations (cf. le terrain de camping des trolls) que dans le propos, le tout assaisonné de force jeux de mots (sa passion), pour certains fortement capillitractés, voire douteux, parfois réservés à l'amateur de BD ou d'informatique. Chacun fera le tri. Comme souvent dans ce type d'exercice, l'intrigue a tendance à s'éparpiller même si l'auteur l'a dotée d'une colonne vertébrale satisfaisante. L'ensemble reste assez réjouissant, en attendant de retrouver l'auteur dans des registres plus élevés.

Claude Ecken

Publié le 3 mars 2020

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