En bref, je me suis payé une bonne tranche de rire du début à la fin. C'est un roman/recueil de nouvelles très court et très facile à lire, mais aussi (et surtout !) très bien écrit. Idéal pour se détendre par une après-midi pluvieuse.

Dunyach - L'instinct du Troll - Babelio - Soleney
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Contrairement à ce que je pensais, ceci n'est pas un roman : c'est un recueil de nouvelles. MAIS, ce sont des nouvelles qui se suivent, qui concernent les mêmes personnages et dont les problématiques sont plutôt proches : on peut presque les considérer comme des chapitres. L'avantage, c'est que ça réconcilie tous les types de lecteurs.

Le personnage principal est un troll dont le job consiste à gérer une équipe de nains mineurs – ce qui n'est évidemment pas facile, étant donné que ces derniers font tout leur possible pour se tuer à la tâche. C'est alors qu'une énième gaffe arrive au bout de la patience de ses supérieurs. Voilà notre héros de retour à son poste, l'air tellement atterré qu'un collègue s'enquiert : « Il t'a rédrogradé ? — Pire : il m'a collé un stagiaire ! »
Et voilà le point de départ : Cédric-le-stagiaire versus Troll-le-troll (dont on ne connaît pas le nom). Vous voulez que je vous dise la bonne nouvelle ? C'est encore mieux que ce que je pensais ! Cédric est décidément plein de surprises et les deux forment un cocktail explosif – d'autant que l'histoire est racontée à la première personne. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la vision du protagoniste est délicieusement cynique et lucide… Non seulement sur son rapport aux autres, mais aussi sur l'univers dans lequel il évolue.

Car c'est un monde merveilleux qui respecte trait pour trait les codes de la fantasy : nains, licornes et elfes, légendes épiques, exploits héroïques et magies mystérieuses sont au programme. Mais un mal s'est répandu à travers le monde : l'administration – accompagnée de la recherche du profit et de la technologie. Ce trio infernal (arrivé au pouvoir avec les humains) a fait perdre toute sa beauté et son mystère à l'univers, et quelques fois, Troll se rappelle avec nostalgie d'un temps où on n'avait pas besoin de signer une autorisation en trois exemplaires pour se curer le nez. D'un temps où le monde était plus mystérieux car moins connu. Où la liberté est était un peu plus présente. Où « aventure » et « imprévu » signifiaient vraiment quelque chose.
Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec notre univers à nous – un peu désespérant par certains côtés, mais qui aurait été plutôt chouette si on n'y avait pas autant touché. Il lui est arrivé à peu près la même chose : nous l'avons compris, automatisé et désincarné. Vidé de sa substance.

Mais ce n'est pas tout. Jean-Claude Dunyach s'est employé à jeter les légendes du haut de leurs piédestaux. Car en réalité, l'extraction d'Excalibur ne s'est pas faite de la manière qu'on connaît… Derrière chaque quête épique se cache des notes de frais, des problèmes administratifs et d'autres détails visqueux et salissants que les troubadours ont charitablement préféré passer sous silence, réservant leur voix pour la gloire et les hauts faits.
En vérité, c'est au moment de leur naissance que les légendes sont les plus authentiques. Avec Troll-le-troll (qui est toujours au bon endroit au bon moment) on les voit privées de tout fard. Ce sont ne sont plus que des actes anodins (voire ridicules), démultipliés à l'excès, drapé de magnificence. C'est le même principe que la publicité, quand on y réfléchit.

Forcément, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec Shrek. L'Instinct du troll est un anti-conte au même titre que ce dessin animé est un anti-conte de fées : il reprend tous les codes du genre et les inverse pour susciter le rire. Car non seulement on baigne dans un univers merveilleux rempli de créatures magiques, mais il y a aussi une morale dans chaque nouvelle – sur l'écologie, la relation de l'homme à la nature, l'omnipotence de l'administration…
Je précise que j'ai autant aimé les livre que le dessin animé – même si dans l'oeuvre de Jean-Claude Dunyach l'humour est plus fin, plus travaillé et délicieusement plus cynique (savez-vous quel type d'herbes mangent les licornes ?).

En bref, je me suis payé une bonne tranche de rire du début à la fin. C'est un roman/recueil de nouvelles très court et très facile à lire, mais aussi (et surtout !) très bien écrit. Idéal pour se détendre par une après-midi pluvieuse.
 
Soleney
Publié le 22 novembre 2016

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