Plus qu’un simple roman, Subtil Béton est une vraie expérience, un cri de rage et de révolte, un cri d’alarme aussi, et puis presque un manuel du vivre-ensemble, qui fait un bien fou dans notre époque d’exclusion et de rejet. À lire d’urgence !

Subtil béton - La Grande Parade
Article Original
Subtil béton : une œuvre collective, engagée, féministe, en deux mots, unique et remarquable !
 
Zoé est encore lycéenne quand le mouvement social devient insurrection. Le régime écrase la révolte à coup de répression, de disparitions et de morts.

Les militants se dispersent et se cachent, tandis que le pouvoir autoritaire se renforce. Subtil béton parle de l’après, alors que la France est devenue la Franco et s’est isolée du reste du monde, que l’assimilation forcée bat son plein dans un univers orwellien de flicage permanent. Que reste-t-il après une telle défaite ? Comment reconstruire l’espoir, les solidarités ? Dans cette anticipation (quoique…), les questionnements politiques contemporains sont au cœur du récit : précarité, surveillance de masse, mal-logement, patriarcat, racisme, violences policières…

Côté écriture : un parti-pris assumé de démasculinisation de la langue, avec la volonté de montrer qu’elle est un instrument normatif, mais qu’elle est aussi vivante, un espace d’expérimentation et de transformation de l’imaginaire. Chaque voix utilise ses propres règles, ouvrant ainsi le champ des possibles. Des points médians aux apostrophes, des E majuscules aux contractions, des accords de proximité aux inventions, toutes les options coexistent dans un maelstrom joyeux et iconoclaste. Mais que cela ne vous fasse pas peur, la lecture est extrêmement fluide. Le texte du roman est né de l’envie de mettre des mots sur des expériences sociales, politiques, militantes, humaines… De réfléchir, ensemble, sur un point de vue féministe sur les luttes. C’est le décor qui s’est imposé d’abord, un port post-industriel, une ville sinistrée, une mer froide. Et puis des personnages, Onik, Koma, Faz et Zoé, et la nécessité de suivre leurs histoires, leur histoire commune.

Le récit prend forme, s’inspire des années de plomb en Italie, du tournant répressif post 11 septembre, de l’antiterrorisme qui détermine le curseur des répressions. C’est avant les élections de Trump, de Bolsonaro, d’Orban. Avant l’état d’urgence en France. Avant les gilets jaunes, le Brexit et la pandémie. La réalité rattrape la fiction, d’une manière qui glace le lecteur. Mais cette histoire n’est pas celle de la répression, du repli sur soi, de la dictature. Elle pose une autre question, tout aussi (plus ?) fondamentale : comment survivre après l’écrasement et la violence massive ? Comment se (re)mettre à vivre, comment militer, encore ? Comment (re)trouver une force collective ? En résistant. Passivement, activement, clandestinement, à la campagne ou à la ville, individuellement ou en collectifs. Ce roman choral est une véritable ode à la liberté, à la résistance, à la révolte également. Il explore les manières de vivre ensemble, d’accepter l’autre, les autres, pour parvenir à lutter, collectivement. Pour démontrer que les idées, les idéaux sont plus importants que les différences.

Pour se plonger encore plus dans la réalité de cette fiction, les Aggloméré·es ont dessiné une carte de la ville qu’elles ont imaginée, insérée dans un rabat de l’ouvrage.

Plus qu’un simple roman, Subtil Béton est une vraie expérience, un cri de rage et de révolte, un cri d’alarme aussi, et puis presque un manuel du vivre-ensemble, qui fait un bien fou dans notre époque d’exclusion et de rejet. À lire d’urgence !

Sylvie Gagnère

Publié le 25 mars 2022

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