"Je me suis laissé happer en quelques secondes par ce roman pour ne le lâcher qu'une fois la dernière page lue. Un vrai régal ! "

Le danger est l’un des moteurs de la science-fiction : côté obscur, menace xénos, apocalypse climatique... Tous les moyens sont bons pour mettre le genre humain dans l'embarras. Trois hourras pour lady Évangeline ne déroge pas à la règle. Sauf que, histoire de faire bonne mesure, Jean-Claude Dunyach met en scène non pas une menace interstellaire, mais deux ! 

Pour les contrer, nos héros devront faire de lourds sacrifices, allant jusqu’à mettre en jeu la notion même d'humanité. Je vous donne tous les détails dans les paragraphes suivants. Sachez juste que si vous aimez l’action, les aliens insectoïdes et les trucs gores, alors vous devriez apprécier Trois hourras pour lady Évangeline ! 

“Le Temps Incertain était l’un des plus puissants bâtiments militaires de sa catégorie. Il mit quatorze heures à mourir.” 

Tout comme Beauverger dans le Déchronologue, Jean-Claude Dunyach démarre son roman sur les chapeaux de roues. Et si vous avez lu mes autres chroniques SF, vous savez à quel point j’aime ce type d’entrée en matière. 

Ici, on assiste à la lente agonie d’un vaisseau de guerre. Fleuron de la flotte, joyau de la technologie militaire humaine, ce mastodonte n’avait pourtant qu’une bête mission à accomplir : lancer des balises de reconnaissance au large d’Ésmeralda, en lisière de l’espace connu. Un simple contrôle de routine qui mènera pourtant à la mise à mort de ce titan de l’espace et au réveil d’une menace jamais vue encore... 

Tout ça, c’est juste le premier chapitre du bouquin. Et pour être honnête, la suite est tout aussi géniale. Je me suis laissé happer en quelques secondes par ce roman pour ne le lâcher qu'une fois la dernière page lue. Un vrai régal ! 

“Votre nouvelle vie commence. Sachez l’apprécier à sa juste valeur.” 

Pendant ce temps-là, à l’autre bout de l’espace, nous faisons la connaissance de notre valeureuse héroïne. Enfin, valeureuse elle ne l'est pas encore, loin de là... Évangeline est en effet une jeune adolescence plus intéressée par les garçons et les filles qu'autre chose. Son petit plaisir ? Faire enrager son ambassadeur de père avec ses frasques délurées. Quant à sa mère, elle est aux abonnés absents depuis la séparation avec le papounet. 

Son comportement l’amène ainsi à finir exilée sur un planétoïde-école, une sorte de pensionnat militaire futuriste afin d’être remise "dans le droit chemin" et faire enfin honneur à la haute lignée qui est la sienne. Vu le caractère de la jeune femme, c’est loin d’être gagné ! 

Je dois tout de même avouer quelque chose à partir d'ici : le roman de Jean-Claude Dunyach fait un peu trop souvent référence au sexe à mon goût. Certes, Évangeline est très dévergondée. Mais l’auteur en fait parfois trop avec certains détails qui ne servent pas forcément l’intrigue. Cela dit, cette orientation très sexualisée sert à amener le second danger dont je parlais plus haut : des aliens insectoïdes qui débarquent à grand fracas sur le pensionnat de notre héroïne. 

“Rien ne bouge dans le vaste entrepôt, pourtant elle a le sentiment d’une présence qui l’observe.” 

Résumons un peu la situation. On a d’un côté de l'univers un organisme étrange, semi-conscient, réveillé par accident par un vaisseau de guerre. Il dévore tout ce qu’il touche, vivant ou non. D’un autre côté, on a une jeune fille perdue au milieu d'une invasion alien, dont le monde est en train de s’écrouler et qui va devoir survivre dans ce chaos indescriptible. Avouez qu’on fait difficilement plus bancal comme situation ! 

N’écoutant que son courage – ou plutôt son instinct de survie – la belle va donc tenter de s’extraire de ce guêpier. Pas simple quand on est une adolescente dont le taux d’hormones est anormalement élevé et attire les aliens... C’est cependant cela qui va sauver Évangeline d’une mort horrible par mandibules interposées. 

Une grosse partie du roman va d’ailleurs se concentrer sur son histoire. Cette héroïne légèrement badass au caractère bien trempé va retourner la situation comme une vraie équilibriste. Vous vous demandez comment ? Passez donc au paragraphe suivant, ça vaut le coup d’œil ! 

“Quand la navette s’envolera, elle emportera une part de la ruche avec elle. Sa ruche.” 

Vous vous rappelez de Kerrigan dans le jeu Starcraft ? Mais si, cette femme soldat abandonnée par ses semblables et qui devient la reine du Hive. Hé bien c’est un peu la même chose avec Trois hourras pour lady Évangeline

Faute de secours, notre étudiante esseulée découvre le moyen de prendre le contrôle des aliens grâce à ses phéromones. Adoptée par les petites bêtes rampantes qui dévorent le pensionnat pour le remodeler, la belle va cependant subit d’horribles mutations physiques. De la belle jeune femme pulpeuse, il ne restera au final plus grand-chose... 

Ce sacrifice va pourtant assurer la survie de notre héroïne, mais aussi celle de l'humanité. Un donnant-donnant parfaitement déroulé par notre romancier toulousain. Il ne se perd pas en temps morts comme c’est parfois le cas dans les romans de SF. Il sait malgré tout maintenir une certaine forme de suspense dans la transformation graduelle d’Évangeline. L'ensemble fait ainsi écho à la propre mutation de l’organisme inconnu qui a dévoré le Temps Incertain.  

“Certaines rencontres sont inévitables.” 

Deux organismes que tout sépare mais pourtant si semblables vont finalement se rencontrer au terme du roman de Jean-Claude Dunyach. Je vous épargne les péripéties qui font qu’Évangeline retrouve son père. Non pas qu’elles soient inintéressantes, bien au contraire. Mais si je déborde de mes cinq paragraphes, je vais me faire enguirlander par Ludo (ndlr : le relecteur de cette chronique) ! 

Arrive donc le temps des retrouvailles, de la maturité. Reine malgré elle, Évangeline va devoir faire face à un monstre inconscient des ravages qu’il cause. Avec un peu de recul, on pourrait presque trouver l’œuvre de Dunyach poétique. Tout est finalement une question de découverte de soi, ce passage tumultueux de l’adolescence qui cède la place à l’âge adulte. Être humain, organisme semi-conscient : quelle différence au final ? Chacun grandit et apprend à sa façon.  

C'est probablement là le message essentiel de Trois hourras pour lady Évangeline. Chacun peut trouver son chemin malgré ses erreurs, se découvrir et apprendre à vivre avec les autres. Mais assez philosophé, foncez plutôt sur ce petit roman très sympathique, on se revoit d'ici deux semaines pour de nouvelles aventures futuristes ! 

Publié le 29 juin 2020

à propos de la même œuvre