Le livre qui rétablit les manques, tout en explorant des thèmes actuels et en redonnant vie à des légendes disparues, s’appelle Entends la nuit.

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Catherine Dufour : « La quête du livre manquant »

Écrivaine depuis l’enfance et devenue plus tard ingénieure informaticienne, Catherine Dufour possède un don pour dénicher, puis écrire Le Livre Manquant. C’est vrai quels que soient les sujets pour lesquels elle se passionne, tour à tour, ou tout en même temps…

D’abord soucieuse de mettre à jour les liens étroits qui connectent les contes de fées populaires d’Europe, au monde de l’informatique, à la geste de Merlin, à Dieu et au Diable, elle publie, au début des années 2000, la trilogie, Quand les dieux buvaient.
Cette fantasy fantaisiste et humoristique, à la fois documentée et personnelle, lui vaut quelques prix littéraires et l’intérêt d’un public désireux de lire autre chose que l’imaginaire ordinaire.

Lorsqu’elle y ajoute une préquelle, L’immortalité moins six minutes, en 2007, elle révèle sa quête, désormais visible dans ses productions : trouver ce qui manque, l’angle non abordé, et l’écrire. Son livre, c’est, de son propre aveu, « Le Seigneur des anneaux d’un point de vue gastronomique ».

Elle a en effet remarqué, au terme d’une lecture scrupuleuse du récit de Tolkien, que tout groupe qui suivrait d’assez près la Compagnie de l’anneau pourrait bénéficier des repas régulièrement abandonnés dans la précipitation de la fuite. C’est le prétexte à un récit hilarant, mais bien moins léger qu’il n’y paraît.
Entretemps, en 2005, l’autrice récolte pas moins de cinq prix pour Le Goût de l’immortalité, un roman de science-fiction « à la façon de Yourcenar ». 
Ce récit d’anticipation réussit l’exploit d’être plausible et précis d’un point de vue scientifique, très littéraire dans sa forme et terriblement humain, à la fois.

Outrage et Rébellion en 2009, situé dans le même univers, assume un côté punk radical, entre dégueulis et drogues de synthèse. 
Ce roman, unique en son genre, a suscité moins d’engouement que le précédent, mais mérite tout autant le détour.

Catherine Dufour s’adresse ensuite à un public plus large à qui elle offre des livres dont on s’étonne, après coup, qu’ils n’aient pas existé plus tôt.
L’histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça (2012) et Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses (2014) s’imposent comme des ouvrages incontournables.

Après une étude consacrée au Lorenzacio de Musset, qu’elle affirme « écrit avec du sperme », des dizaines de chroniques dans Le Monde Diplomatique, dont une consacrée à Fifty Shades of Grey et Twilight, c’est très naturellement qu’on retrouve notre écrivaine réfléchissant sur ce qui cloche dans ces deux derniers textes, grands succès de librairie.

Le livre qui rétablit les manques, tout en explorant des thèmes actuels et en redonnant vie à des légendes disparues, s’appelle Entends la nuit. Entre fantastique interstitiel et satire sociale, ce roman, paru fin 2018 chez L’Atalante, raconte une histoire d’amour dévorante entre une femme ordinaire et un puissant de ce monde aux caractéristiques inquiétantes

Si on connaît déjà le titre de son prochain roman, Danse avec les lutins, on ignore encore à quel carrefour des préoccupations de Catherine Dufour il se situera et quel vide de notre imaginaire il viendra combler.
On sait seulement que, comme à chaque fois, outre le plaisir de suivre l’autrice dans ses recherches et ses intuitions aussi étonnantes que délirantes, cette nouvelle œuvre nous semblera, après coup, nécessaire. 
Forcément.

par Ketty Steward

Publié le 12 juin 2019

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