Paris est un personnage à lui tout seul : on la découvre tour à tour, dans son habit de Ville Lumière et par ses quartiers obscurs : Palais-Royal, les toits de l’Opéra, la bibliothèque de l’Institut de France, la tour Saint Jacques puis les catacombes et autres entrailles.

Dufour - Entends la nuit - Livrement
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On retrouve Myriame qui soupire d’exaspération d’être dans cette situation. Protagoniste de l’histoire, elle ne se laisse pas malmenée ou du moins, essaie de garder un maximum le contrôle. C’est sans doute poussée par la curiosité – et certainement un peu par l’avidité – qu’elle arrive à se mettre dans de sales draps.

Dans cette histoire, il sera question d’une créature imaginaire dans une forme que je n’avais alors jamais croisée. C’est un parti pris de ne pas vous en dévoiler un bout d’ombre sur mon blog. Sachez qu’elle est plus vieille que le vampire, et qu’elle a certainement « inspirée » cette dernière, tout comme la goule, le zombie ou encore le spectre. Il faudra presque attendre de dépasser le tiers du récit pour avoir les premières bribes de réponses. Il est plaisant de découvrir des informations sur cette créature tout au long du récit.

Il y a une remarque très ouverte sur notre société actuelle : le contrôle permanent des employés par la tête dirigeante, avec dénonciation par les collègues. Il y a également le data mining, ici un logiciel nommé « pretty face » qui est officiellement censé faciliter la synergie entre partners. Finalement, le travail moderne est sans le monstre le plus abominable qu’il soit car il aspire toute la vitalité des humains.

Pour cette fantasy urbaine, Catherine Dufour s’investit sur la thématique de l’histoire d’amour naissante entre des êtres issus de différentes classes sociales : d’un homme aussi beau que riche (ou l’inverse) et du pauvre quidam de sexe féminin complètement fauché(e). Ceci dit, l’axe est mieux traité que dans les œuvres contemporaines (Twilight ou Cinquante nuances de Grey). Rappelons que Myriame n’est pas femme à se laisser (oui, à se laisser tout court : à se laisser avoir, à se laisser entrainer, à se laisser penser comme la masse,…).

Bon, je suis un peu chafouine pour plusieurs raisons : à commencer par la visite de Paris, je voulais un peu m’attarder dans certains lieux, même si j’ai bien conscience que je ne peux pas connaître tous les tours et les détours de la ville. Myriame ne souhaite pas de statut de « femme passive » mais bien trop souvent à mon goût, les initiatives étaient prises par Duncan. Mais j’ai bien conscience que ce sont des bémols mineurs dans cette mélodie et qu’elle ne concerne que mes esgourdes au final (je suis en train de me perdre dans la métaphore, on est en pleine littérature).

Le seul point que je soulèverai – et qui peut concerner d’autres lecteurs que moi – c’est que l’univers de ces créatures me semble à peine effleuré : j’aurais voulu en savoir davantage, sur les différents « niveaux » et « clans » de cette communauté, de la répartition des territoires, des possibles ententes, des rivalités existantes, de leurs vécus et expériences.

Pour ce récit, il y a beaucoup de jeux et en substance peu d’actions décisives si ce n’est le spectacle final. L’histoire est maîtrisée, l’autrice joue parfaitement avec certains clichés, filoutant la parodie, mais pas au point de devenir un parfait pastiche (ce n’est pas ce que je recherchais, ouf !). Il y a une histoire d’amour mais ce que je peux vous confirmer, c’est qu’il n’y a aucune mièvrerie là-dedans (si, c’est possible).

[...]

À noter que malgré les défauts mineurs que je soulève, j’ai passé un agréable moment de lecture. Les pages se sont tournées à une vitesse folle et j’avais bien envie de savoir tout du long ce que nous concoctait l’autrice ; je n’ai été déçue ni du déroulé de l’intrigue ni de sa conclusion. Je n’ai pas suivi l’autrice sur ses publications chez Fayard, c’était donc avec un plaisir authentique pour moi de la retrouver dans le genre fantastique. Titre et couverture – signée par Aurélien Police – prennent tout leur sens à la fin de la lecture.

- Acr0, le 9 novembre 2018.

Publié le 13 janvier 2019

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