Une histoire qui tient globalement debout, un univers facile à assimiler (si vous avez déjà vu des films de guerre avec des « marines », vous ne serez pas dépaysés), une alternance des scènes d’action et de calme, des personnages attachants, des dialogues qui paraissent très naturels…

Scalzi - Le vieil homme et la guerre - Le Cercle nantais
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(...) Le titre fait un clin d’oeil au Vieil homme et la mer d’Hemingway. Il donne tout de suite le ton du roman, parsemé de traits d’humour et d’autodérision, y compris dans les combats. Les fans de science-fiction militariste y retrouveront le second degré du film Starship Troopers (inspiré du roman Etoiles Garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein).

L’ironie est aussi présente. Par exemple, les colonies humaines sont composées des peuples les plus pauvres de la planète Terre (les Indiens et les Pakistanais), les seuls à vouloir partir, tandis que l’armée qui les défend est constituée de vieillards américains, qui espèrent ainsi pouvoir se refaire une nouvelle jeunesse grâce à la médecine de haut niveau dont disposent les FDC.

Ses atouts : une histoire qui tient globalement debout, un univers facile à assimiler (si vous avez déjà vu des films de guerre avec des « marines », vous ne serez pas dépaysé), une alternance des scènes d’action et de calme, des personnages attachands, des dialogues qui paraissent très naturels… L’histoire assure quelques surprises avec des technologies modernes (physique quantique, nanotechnologie) mélangée à un armement très conventionnel (des soldats, des fusils et des obus…), certains aliens plus subtiles que d’autres et une réflexion sur l’état d’esprit des combattants, après plusieurs mois/années de guerre. Les trois parties du roman sont équilibrées. On a le droit à une vraie fin mais s’il existe quatre suites (Les Brigades fantômes, La Dernière colonie, Zoé et Humanité divisée).

Quelques défauts cependant : l’américanisme omniprésent (les soldats sont tous américains, ils mangent des hamburgers dans l’espace, qui doivent nécessairement être super bons, la réussite sociale ou les connaissances scientifiques sont de grandes qualités humaines, se sont toujours les personnages secondaires qui meurent en premier, l’humanité et les espèces extra-terrestres n’ont qu’un seul but : se multiplier et se répandre dans l’Univers, le plus souvent au dépend des autres), le héros est plus malin que tout le monde, il réussit même à sauver un coéquipier sous le feu ennemi comme dans tout classique du genre. L’auteur a tenté d’effacer la référence aux « marines » en faisant critiquer les dits « marines » de la Terre par le méchant adjudant, du genre : « Nous ne sommes pas des marines, nous sommes pires ». Autrement dit : « la même chose, mais dans l’espace ». L’auteur prend du temps pour nous présenter le premier groupe d’amis de John Perry, le personnage principal, puis il envoie ceux-ci dans des compagnies différentes et recommence la manège avec une autre équipe. C’est probablement ce qu’il se passerait « en vrai », mais c’est un peu dommage pour le lecteur. Enfin, il n’y a quasiment aucune description des peuples aliens. On peut d’ailleurs se demander s’il n’y avait pas d’illustrations dans la version US.

Malgré le thème du roman, ces vieux messieurs et ces vieilles dames qui se sont engagés se comportent comme n’importe quel soldat de 30 ans. Il est fait quelque fois référence à leur vie passée sur Terre, aux proches qu’ils ont perdus, mais cela ne serait pas très différent d’un soldat qui a quitté son pays natal. Le « vieil homme » de l’histoire n’a de « vieux » que le corps, le vieillissement de l’esprit, ce que cela peut apporter en terme d’usure, de nostalgie ou de recul n’a aucun impact sur la psychologie des personnages, leur façon de parler, etc. Cela correspond finalement assez bien au culte de la jeunesse chez les Américains, quitte à effectue des opérations de chirurgie esthétique. Même remarque concernant les sens surdéveloppés des soldats des FDC, l’auteur présente cela comme une amélioration sans conséquence, alors que de nombreuses stimulations devraient avoir un effet sur le cerveau, la perception du monde, etc. En ce sens, Le vieil homme et la guerre est moins cohérent que les romans de la veine cyberpunk.

Il existe aussi quelques incohérences, pas trop gênantes mais bon (attention spoiler) : si leurs esprits sont téléchargés dans un nouveau corps, pourquoi les soldats meurent-ils ? Pourquoi ne pas dupliquer leur esprit dans un nouveau corps ? Al’inverse, si les médecins de la FDC peuvent fabriquer des corps à partir des soldats morts, pourquoi les membres des Brigades fantômes ne sont-elles pas plus nombreuses ? Pourquoi d’ailleurs s’embêter à recruter et à former des hommes si l’on peut en fabriquer ? L’auteur explique que les non-nés testent de nouvelles améliorations, avant qu’elles ne soient appliquées à l’ensemble des soldats. Si cela est vrai, pourquoi les améliorations sont-elles toutes fonctionnelles ? Si les sauts dans l’espace se font par sauts quantiques dans des univers parallèles, pourquoi n’y a-t-il pas de légères différences d’un univers à l’autre ? L’idée ne semble pas avoir été exploitée jusqu’au bout. Autre problème : la scène de sexe au début du livre n’est jamais réitérée par la suite, ce qui semble dire que les soldats font tous l’amour comme des fous au début puis se passent définitivement de sexe. Étrange, non ?

Malgré ces critiques, je tiens à dire que j’ai aimé ce roman. On s’attache à John Perry et à ses amis, on suit avec plaisir ses aventures, on sourit aux traits d’humour… On lit ce livre rapidement à cause de ça, mais on le referme aussi sans peine, sans intention de le relire. Peut-être lirais-je la suite, cependant, car un « bon bouquin d’aventures facile à lire », c’est parfois tout ce qu’on demande.
 
Publié le 7 décembre 2016

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