C'est brillant.

Prendre forme - Les mots delivrent
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Prendre forme est un récit qui explore la conformité sociale et l'adhérence aux normes de façon littérale. Avec ce personnage aux formes multiples qui nous conte son aventure auprès des humains, on se rend compte que pour être accepté des autres, il faut se conformer à des normes absurdes qui nous dépossèdent de notre véritable nature. Être soi-même dans une société qui n'accepte pas le moindre défaut et qui met les individus dans des cases et les pousse à une compétition permanente, c'est s'exposer au rejet, à l'indifférence, voire à la haine. Être normal, se fondre dans la masse, rentrer dans le moule.

Correspondre à tout un tas de diktats absurdes quand on est une femme. Adopter le comportement opposé lorsqu'on est un homme. Se plier aux normes du groupe au détriment de notre singularité pour être accepté. Au final, qu'est-ce que tout cela dit de nous, en tant que société et en tant qu'individus ?

Dans un style à la fois incarné et sensoriel, Dolki Min parvient à rendre sa créature attachante, de par les nombreux questionnements qui la hantent. La plume est brute, organique, elle pique là où ça fait mal et ne se trompe jamais. On ressent dans le ton une intimité, une profondeur, qui dit quelque chose de viscéral à propos de l'auteurice et de son rapport au corps, mais aussi de sa vision de la société coréenne, ultra normée et codifiée.

Au-delà de ce système, l'horreur corporelle s'insinue sans détours. Certaines scènes de cannibalisme sont très graphiques, idem pour les passages relatant d'ébats sexuels. En décortiquant de la sorte les normes et conventions qui pèsent sur l'individu, Dolki Min pousse à l'extrême son exploration littéraire et la transforme en expérience sociale malaisante. C'est brillant.
 
Publié le 1 octobre 2026

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