Un récit surprenant entre body horror et weird fiction queer qui dénonce avec force le rejet de la différence dans nos sociétés et mêle quête d’amour et cannibalisme dans un style très organique.

Prendre forme - Les critiques de Yuyine
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Le 20 août prochain, les éditions L’Atalante font leur rentrée littéraire avec deux titres. Parmi eux, Prendre forme de Dolki Min, une novella coréenne de body horror. Avec son visuel énigmatique et son résumé assez prometteur, c’est un titre qui avait immédiatement retenu mon attention. Et voici ce que j’en ai pensé…

Prendre forme est un ouvrage surprenant, ponctué d’œuvres graphiques de son auteur, au style vraiment interpellant. Des dessins abstraits, denses, organiques, qui se déploient non comme une transcription de l’écrit mais comme une seconde lecture, une vision des émotions du personnage principal, une poussée dans l’intime indicible. Vous savez, en feuilletant l’ouvrage, que vous partez vers un étrange voyage avec, aux commandes, un auteur dont les côtés créatif et singulier sont d’ores et déjà démontrés. Prendre forme est un récit qui dérange, qui secoue, qui se veut cru et organique. Entre le body horror et la weird fiction, cette novella nous parle tant de sexe que de cannibalisme, avec une écriture visuelle, venant glisser entre les corps et les chairs, des appels à l’amour. Car Prendre forme, c’est avant tout le récit d’une créature différente, agenre, avec des handicaps physiques, un corps « monstrueux », qui ne demande qu’à être aimée.

Dans cette novella, l’auteur déploie l’image de la dévoration pour soigner une faim d’amour inextinguible. C’est la recherche perpétuelle de ne faire qu’un, dans tous les sens du terme, avec cet autre qu’on idéalise et qu’on espère. Mais le sentiment, au final, d’être toujours seul avec soi-même et avec ses propres angoisses. Le récit dénonce aussi avec force le rejet de la différence dans nos sociétés, notamment sous le prisme du handicap, mais pas que ! La novella critique également cette quête absurde du corps parfait, l’homophobie ou encore le sexisme sous une écriture aussi franche que visuelle qui file une claque. Les messages sous-jacents sont nombreux, puissants. Ils sont l’âme même de ce texte. Prendre forme appuie là où ça fait mal, tout en proposant un récit malaisant mais puissant qui ne peut aucunement laisser indifférent. Ai-je aimé ? Je vous avoue que je ne sais pas répondre clairement à cette question. Est-ce que j’ai été surprise ? Oui. Perturbée ? Aussi. Choquée ? Non, hormis par la violence de ce monde envers notre personnage principal. J’ai aimé profondément les messages portés par l’histoire, tout en étant terriblement mal à l’aise du côté sexuel-culinaire parfois trop organique de l’écriture. Mais c’est indéniablement un texte que je vais retenir !

En bref, Prendre forme est un récit surprenant entre body horror et weird fiction queer qui dénonce avec force le rejet de la différence dans nos sociétés et mêle quête d’amour et cannibalisme dans un style très organique. Peuplée de dessins très singuliers eux aussi, la novella transporte, dérange, interpelle et reste en mémoire.

Publié le 11 août 2026

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