Dans cet entremêlement de récits, nous suivons surtout l’aventure et les traces du dénommé Victor, « frankie », c’est-à-dire soldat non-né du Royaume-Uni créé à l’instigation de Winston Churchill et grâce aux carnets du fameux docteur Frankenstein.

Heliot - Frankenstein 1918 - Le Bibliocosme
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Une uchronie très travaillée

Frankenstein 1918, comme son titre l’indique, compte nous emmener à la fois dans une uchronie et dans un jeu littéraire bourré de références, notamment au roman de Mary Shelley. Johan Héliot a très vite l’habilité de nous placer toute la trame de son intrigue dans un prologue touffu mais bienvenu. Le décor est planté : nous allons sui4 octobrevre une uchronie à l’aide de récits imbriqués où nous croiserons forcément des personnages connus dans des situations inconnues. Ainsi, l’auteur invoque Hemingway, un dénommé Victor du nom du célèbre docteur ès expérimentations nécromanciennes, Churchill, Frédéric Joliot-Curie et Jean Teillac, rien que ça ! Techniquement donc, si on veut être très précis sur les étiquettes, nous sommes ici dans l’histoire secrète d’une uchronie rétrofuturiste fondée sur la technologie de la radioactivité dans les années 1910-1920 : la Première Guerre mondiale s’est éternisée au point d’être appelée Guerre terminale, la Prusse a fini par remporter la partie, occuper la France et on croit savoir que l’Angleterre est en grande partie inhabitable à cause de la radioactivité ambiante. L’auteur se fait donc plaisir à multiplier ainsi les clins d’œil et les pieds de nez à l’Histoire (ils sont légion dans ce roman relativement court, mieux vaut se garder quelques surprises). Dans cet entremêlement de récits, nous suivons surtout l’aventure et les traces du dénommé Victor, « frankie », c’est-à-dire soldat non-né du Royaume-Uni créé à l’instigation de Winston Churchill et grâce aux carnets du fameux docteur Frankenstein.


Un récit très construit

Le récit entrecroise le journal de Frédéric Joliot-Curie datant de 1956, quand il s’est mis en chasse du « mystère Frankenstein » comme il l’appelle, et celui de Winston Leonard Spencer-Churchill (oui, Spencer-Churchill : rappelons au passage qu’il est bien un lointain cousin de lady Diana Spencer) écrit de 1914 à 1916 sur les débuts de la Guerre terminale. Outre le fait que cette imbrication est bien construite, il faut souligner la précision des sources utilisées ou inventées pour l’occasion par l’auteur afin de rendre cette enquête uchronique tout à fait crédible. On navigue dans des journaux personnels bien retranscrits et parmi des lieux tout aussi chargés d’histoire (chargés au sens physique d’ailleurs, puisqu’on parle pas mal de radium dans cette intrigue, même si on aurait pu espérer davantage d’explications scientifiques en rapport). La progressivité des révélations n’est pas le cœur du roman, car on devine un certain nombre de choses assez vite ; par contre, l’auteur semble avoir voulu s’orienter vers une dimension plutôt pédagogique (rappelons-le, 2018 clôt le centenaire la « Grande Guerre » de 1914-1918), car non content de réutiliser, dans les règles de l’art, un personnage de la littérature populaire qu’est le docteur Frankenstein et son avatar, l’auteur appuie régulièrement là où les cours d’Histoire sur la Première Guerre mondiale nous emmènent souvent : absurdité de la course aux armements, industrialisation de la guerre, imbrication des mondes politique et économique, ainsi que quelques aspects de la vie quotidienne de l’époque (Poilus dans les tranchées au front et appauvrissement des couches populaires à l’arrière).

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-  Dionysos, le 24 octobre 2018.

Publié le 24 octobre 2018

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