« Un space opera intimiste, tout en humanisme et en empathie. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les précédents pour apprécier ce roman, mais on aurait bien tort de s'en priver. »

Bifrost

Après L'Espace d'un an et Libration, Becky Chambers fait son retour sur les tables des libraires, fraîchement auréolée d'un prix ugo de la meilleure série amplement mérité. Le fait est que, au fil des parutions, elle a su imposer un ton et un esprit tout à fait singuliers au sein de la production actuelle. Dans sa critique de Libration (in Bifrost 88), Claude Ecken parlait à juste titre d'histoire feel good, mais il ne faudrait pas pour autant ranger ses romans dans la catégorie bluettes inoffensives. Archives de l'exode, en particulier, touche à des thèmes plus sombres que ses prédécesseurs, et la mort y occupe une place centrale. L'action se déroule intégralement au sein de la flotte d'exode, ces vaisseaux qui ont quitté une Terre agonisante à la recherche d'un avenir meilleur. Mais de quel avenir peut-il s'agir ? C'est l'interrogation  qui habite les différents protagonistes de ce récit. Par bien des aspects la société que décrit Becky Chambers a des allures d'utopies. L'humanité y apparaît unie, chaque individu à un rôle à jouer pour le bien collectif, violence et criminalité y sont très marginales. Pourtant, tous n'envisagent pas de passer leur vie à bord d'une flotte lancée à travers l'espace sans destination précise. 

Becky Chambers suit le parcours d'une demi-douzaine de protagonistes dont les chemins vont parfois se croiser. Rien de spectaculaire, elle préfère s'intéresser à leur quotidien, lequel pourra prendre à l'occasion une tournure dramatique et amener chacun à questionner ses certitudes et ses doutes. Comme toujours, la romancière colle au plus près de ses personnages, tout en donnant à voir un ensemble plus vaste, une société qui a fait de ses contraintes (la place limitée, la nécessité de tout recycler, etc) un mode de vie. C'est parfois amusant, souvent touchant, sans que Chambers ait jamais besoin de tirer sur la corde émotionnelle (reproche que l'on pouvait faire parfois à L'Espace d'un an). Un space opera intimiste, tout en humanisme et en empathie. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les précédents pour apprécier ce roman, mais on aurait bien tort de s'en priver. 

 

Philippe Boulier

Publié le 5 mars 2020

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