« Avec Les Flammes de l’empire, John Scalzi fait quelque chose à laquelle la plupart des cycles de science-fiction ou fantasy ne nous ont pas habitués : il fait avec le second tome mieux que le premier. »

L'épaule d'Orion
Article Original

John Scalzi, c’est le bien. Comme tout le monde en ce début de XXIè siècle, vous vous êtes entendu dire et répéter jusqu’à la nausée qu’il vous fallait sortir de votre zone de confort, injonction qui est devenue le nouveau Graal du développement personnel et professionnel. Ne pas sortir de sa zone de confort serait même l’abomination qui mène à l’oblitération totale.  Ce que j’apprécie chez John Scalzi, c’est justement qu’il nous embarque à travers ses romans dans une zone de confort. Avec Scalzi, on sait où on va et on y va avec plaisir, on est y choyé. Les Flammes de l’empire est le deuxième tome de la série de space opera l’Interdépendance, après L’Effondrement de l’empire publié chez L’Atalante en mars 2019, et avant The Last Emperox dont la VO sortira en avril 2020 et qu’on peut donc raisonnablement attendre en 2021 en français.

Je ne vais pas présenter à nouveau l’univers de l’Interdépendance dans cette chronique puisque je l’ai déjà fait dans celle de L'Effondrement de l'empire et, si vous lisez le présent article, je suppose que vous êtes déjà familier avec les personnages et l’environnement dans lequel se déroulent les romans. Le physicien Marce Claremont nous avait prévenus dans le premier tome : le Flux, qui permet de parcourir en un temps raisonnable les très longues distances qui séparent les habitats spatiaux dispersés autour de planètes inhabitables, est en train de disparaître. Cela va profondément ennuyer l’humanité dont les poches d’existence sont devenues trop interdépendantes pour pouvoir assurer leur survie si elles venaient à être isolées les une des autres. Mourir lentement seul dans le froid est un désagrément. Il va donc falloir très rapidement adapter l’empire, c’est à dire y mettre un terme,  pour sauver le plus de monde possible, et cela l’Emperox Cardenia « Griselda II » Wu l’a bien compris. Mais elle, qui est montée sur le trône contre toute attente et à la faveur des hasards de la vie et de la mort et de l’hérédité, doit faire face à la multitude des ennemis naturels qu’un Emperox possède habituellement et plus encore dans son cas personnel. Il semble que l’Interdépendance entière complote contre elle, et la perspective de la fin du monde excite encore plus les appétits. Vous le savez : face à un mur, invariablement l’humanité accélère. C’est dans sa nature et ses dernières secondes seront occupées à faire du profit. Charon est un commercial qui vous rappellera qu’il faut lui payer l’obole avant de traverser le Styx.

Cardenia va surprendre tout le monde en révélant avoir des visions mystiques comme son ancêtre Rachela à l’origine de la création de l’Interdépendance. Cela va mettre l’empire, les guildes marchandes, l’église, sens dessus-dessous. Mais la jeune Emperox est plus fine que ses ennemis ne la croient et elle pourra compter sur l’aide de Claremont et de la toujours très fraiche Kiva Lagos face à la meute des intrigants menée par la famille Nahomapetan qui, de plus en plus, rappelle cette autre famille de tordus devenue célèbre : les Harkonnen de Dune.  Si l’Interdépendance évoque la Périphérie du Cycle de Fondation d’Isaac Asimov, les intrigues politiques évoquent le Dune de Frank Herbert. Le rôle du baron Harkonnen étant ici joué par la comtesse Nahomapetan, et celui du na-baron Feyd-Rautha par Nadashe, la fille de la comtesse. Cardenia devra frapper court et fort pour sauver, non pas l’empire qu’elle dirige, mais l’humanité.

Pour notre plus grand plaisir, John Scalzi ne confine pas son récit à ces intrigues de cour, mais s’offre le luxe de se déplacer loin de la capitale en envoyant Marce Claremont à la rencontre du passé dans le but d’apprendre ce qui arrive à l’humanité lorsqu’elle se perd et s’isole. Il fera plusieurs découvertes fascinantes. Scalzi nous compte aussi les origines et explore le rôle et le devoir de mémoire. Il y a du bon dans ce roman.

Avec Les Flammes de l’empire, John Scalzi fait quelque chose à laquelle la plupart des cycles de science-fiction ou fantasy ne nous ont pas habitués : il fait avec le second tome mieux que le premier. Souvent, dans le premier tome d’une trilogie, l’univers et les principales créations de l’auteur sont exposés, et ses idées concernant l’intrigue et ses twists sont révélés dans le troisième tome. Le deuxième tome se contente de faire un pont entre les deux en offrant du temps d’exposition aux personnages. L’Effondrement de l’empire était effectivement un volume de préparation. Je l’avais trouvé très sympathique mais ne m’attendais pas à ce que l’action s’envole à ce point dans le second volume. De plus, John Scalzi s’ingénue à nous raconter exactement ce qu’on n’ose rêver. Habituellement, un auteur a cette idée que c’est bien de mettre des bâtons dans les roues de ses personnages pour créer de la tension dramatique et faire souffrir le lecteur, tout ça. John Scalzi, non.  Il livre un récit dans lequel les méchants reçoivent les baffes monstrueuses que les gentils distribuent à tour de bras. C’est totalement jouissif. Et il n’oublie pas d’amener de nouveaux éléments qui provoquent l’impatience de découvrir le troisième tome.

Les Flammes de l’empire est très réussi, un vrai grand plaisir de lecture totalement décomplexé. Si j’avais apprécié le premier, j’ai encore plus aimé la lecture du deuxième et, sans même attendre le prochain, je peux d’ores et déjà vous recommander la lecture de ce cycle. Oui, bien sûr qu’il y a des facilités. Mais c’est le fun, c’est le bien.

Publié le 5 mars 2020

à propos de la même œuvre