Ce que j’aime avec nos éditeurs indépendants, c’est qu’ils ne sont jamais frileux à l’idée de partir à la découverte de nouveaux auteurs et de leur donner leur chance. Ce fut le cas ce printemps avec l’Atalante qui nous permet de lire le premier roman de Lucie Mosca, un space opera plein de promesses.
Lucie est une guide conférencière et une médiatrice culturelle passionnée de grands espaces ce qu’elle a su insuffler dans ce premier roman. Elle n’en est cependant pas à son coup d’essai ayant déjà publié des nouvelles dont celle qui lui a permis d’être lauréate du festival Faërix en 2023. Elle a donc déjà une plume assurée des plus agréables à lire. Dans ce premier roman, elle nous invite à une plongée dans un tourbillon d’action quand son héroïne, fraîchement reconvertie en galeriste après avoir péniblement survécu à la guerre, se retrouve prise au milieu de secrets gouvernementaux qu’elle aurait mieux fait d’ignorer pour sa propre sécurité et celle de ses proches.
Dans ce premier roman, nous retrouvons ce qui fait la saveur des space opera d’action. Nous sommes plongés dans une belle course poursuite pleine de tension entre le groupe de Shylot et leurs poursuivants aux mains de l’état et des grandes industries. Nous sommes ainsi sans cesse au coeur de l’action, le danger est à chaque tournant de pages et clairement on ne s’ennuie pas. Essayer d’empêcher Shylot de révéler les vilains complots des élites devient vite un sport national. Le revers de la médaille, c’est qu’il y a parfois beaucoup de rebondissements et que certains furent plus crédibles que d’autres. Autant, j’ai aimé, pardon adoré, la grande course finale. Autant, cela a un peu ronronné avant et heureusement que j’aimais bien l’ambiance à la Star Trek x Star Wars version Rogue One pour faire passer quelques petites longueurs ou bouts d’histoire accessoires.
En revanche, j’ai beaucoup aimé son écriture des personnages. Démarrant, un peu timidement, petit à petit je suis totalement tombée sous le charme de Shylot, sorte d’alter ego moins solitaire d’Andrea Corp que j’ai tant aimé chez Albin Michel. C’est une ancienne soldate très marquée par ce qu’elle a vécu, ce dont on ne se rend pas bien compte d’abord mais que l’autrice nous dévoile de manière assez violente ensuite. Elle a pourtant réussi à tourner la page, en créant quelque chose de nouveau avec sa meilleure amie Kass. Ce fut donc douloureux de la revoir tomber dans ce qu’elle fuyait mais elle s’est sentie obligée de regarder en face les découvertes qu’elle a faites, ne pouvant tourner le dos au peuple pour lequel elle avait tant donné. C’est en cela qu’elle m’a énormément plu. C’est une héroïne forte de ses convictions mais fragilisée par ce qu’on lui a fait et les séquelles qui en reste, une héroïne avec des failles, notamment émotionnelle, avec ce qu’elle cherche à revivre avec Epiotr, un nouveau pilote membre de son équipe de fuyards, puis avec la Pieuvre. Elle est touchante.
Une héroïne ne faisant pas tout, l’autrice a su la doter d’un bel équipage de durs à cuir, que ce soit Kass et son compagnon qui va faire de sacrées découvertes, ou ses camarades d’armes Ove et Ashange qu’elle retrouve à bord de la Nouvelle Chance, le vaisseau si bien intitulé. Ensemble, leur lutte n’en sera que plus belle et d’ailleurs, même si c’est un peu classique, j’ai trouvé celle-ci plus que nécessaire. L’autrice, en effet, reprend le matériau bien connu d’un état avec des élites qui se croient toutes puissantes et qui magouillent pour le rester quitte à maltraiter sciemment son peuple en les asservissant, que ce soit avec des guerres ou avec des crises économiques entièrement fabriquées. Terrible ! Le désir de dénoncer et dévoiler tout cela à la face de la Terre est parfaitement normal et on comprendra très bien la quête de notre équipage, un équipage qui plus est, je ne l’ai pas encore dit, très divers, certains ayant des queues, des poils, des antennes, des collerettes, des tentacules ^^. La diversité est de mise ici des plus naturellement sans qu’aucun besoin ne se fasse sentir de l’expliquer plus. J’aime. Cela semble tellement aller de soi.
Le résultat est une aventure aux effets assez spectaculaires, avec plein d’action, une belle ambiance d’équipage soudé malgré les différences et d’aventures spatiales percutantes, le tout en défendant des idéaux actuels à tout âge. Une fibre classique donc mais une belle maîtrise des codes du space opera de bidasses versus l’ordre établi corrompu. C’était rythmé, entraînant avec une héroïne marquante grâce à ses failles et très bien entourée. Voici des débuts plus que prometteurs pour cette jeune autrice qui a su me donner envie de la suivre. D’ailleurs si elle a des idées de nouvelles avec Shylot comme Adam Troy Castro l’a fait pour Andrea, je suis preneuse !