Steven Erickson renoue avec l’idée que la SFFF est une littérature de conviction et d’engagement, qui décrypte le monde pour mieux concevoir l’avenir.

La grande parade
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Une intense lueur blanche. Une femme disparaît. Cette femme, c’est Samantha August, autrice de science-fiction canadienne. Enlevée. Par qui ? Des extraterrestres. Pourquoi ? Leur servir de porte-parole auprès des terriens. Parce que l’Intervention commence. Et l’Intervention, c’est ni plus ni moins l’occasion et l’obligation pour les humains de tout changer, de tout recommencer, ou de périr. 

Les E.T. ont tout d’abord créé de grandes zones d’exclusions qui interdisent à l’homme de continuer ses opérations de destruction de la nature. Ils empêchent également toute possibilité de violence, des hommes entre eux ou des humains contre l’environnement.
Voici le point de départ d’une histoire de Premier Contact (sujet récurrent s’il en est dans la littérature SFFF) sans contact. Ou quasi, puisque August est la seule qui leur parle et découvre leur vaisseau.
La construction du roman se déroule ensuite en multipliant les points de vue. On suit bien évidemment Samantha qui dialogue avec Adam, l’entité extraterrestre, Adam souhaite la convaincre d’être leur porte-parole, et mieux comprendre la nature de l’esprit humain. Et puis une galerie de personnages très divers, du mari violent qui se retrouve empêché de frapper sa femme au vendeur d’armes et au chef de guerre qui perdent leur raison de vivre, en passant par l’industriel dépossédé de ses ambitions, puisque les étrangers offrent à l’humanité nourriture et eau à volonté ou moteur non polluant gratuit… Si l’on ne peut plus se battre, plus spéculer, plus posséder, plus contrôler, que devient-on ? Enfin, l’auteur s’attache à suivre quelques gouvernants, réduits à l’impuissance, enfermés dans leurs attitudes dépassées, incapables d’appréhender cette situation où ils ne peuvent plus utiliser leurs armes favorites, le mensonge, la dissimulation et la peur. Chinois, Canadiens, Américains, Russes voient s’effondrer leurs certitudes et le statu quo disparaître.
Et puis il y a, autour du mari de l’autrice kidnappée, un groupe d’écrivains de SFFF, les seuls qui tentent de comprendre ce qui se passe et entrevoient avant tout le monde la vérité.
Sous couvert de cette intervention incroyable, Steven Erickson démolit le système capitaliste, en mettant en lumière sa faillite et ses conséquences dramatiques. Ce premier contact est le déclencheur d’une prise de conscience que beaucoup de terriens aujourd’hui appellent de leurs vœux, avant qu’il ne soit trop tard !
C’est un gros roman que ce Réjouissez-vous, un pavé dense, touffu, parfois éparpillé, mais qui pose des questions essentielles. Le ton est tantôt sérieux, tantôt plein d’humour, le lecteur se perd quelquefois dans les méandres des différents récits, mais retombe sur ses pieds grâce à une construction originale et maîtrisée.
Steven Erickson renoue avec l’idée que la SFFF est une littérature de conviction et d’engagement, qui décrypte le monde pour mieux concevoir l’avenir.

Sylvie Gagnère

Publié le 30 juillet 2019