L’Ensorceleur des choses menues est clairement un roman initiatique. Étonnamment, cela n’est pas forcément (ou en tout cas pas seulement) la jeune femme qui est là pour apprendre : Barnabéüs est le véritable héros de ce récit.

Le Bibliocosme
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Après Le Sang des 7 rois, saga en sept tomes déjà parue chez les éditions L’Atalante, Régis Goddyn poursuit l’aventure de la fantasy avec L’Ensorceleur des choses menues !



À la rencontre des mages et ensorceleurs
Deux personnages improbables se rencontrent dès les premières lignes. D’un côté, Barnabéüs, ensorceleur des choses menues, vient de prendre sa retraite, réfléchit beaucoup à l’approche de la fin et compte débuter la rédaction de ses mémoires. Lui qui n’est jamais parti de Kiomar-Balatok a toujours rêvé, ambitionné de découvrir autre chose que son quotidien assez misérable. Or, Prune, une jeune femme assez mal vue, lui réclame de l’aider à partir pour Agraam-Dilith, la cité blanche, la cité où se rendent les mages pour transmettre leur pouvoir à leur descendance, afin de retrouver celui qui lui était promis en mariage. En effet, s’il y a bien une règle qui tient Kiomar-Balatok et ses alentours, c’est celle qui prévaut à la réglementation des sorts et des aspects magiques. Les mages sont rares, descendants des premiers fondateurs de la ville, et ne peuvent transmettre leurs connaissances (et leur fonds de commerce) qu’à un seul de leurs enfants, l’aîné le plus souvent. Barnabéüs, lui-même, a pâti de cette tradition, car sa mère lui a préféré son frère cadet et lui a dû se résoudre à quitter le domicile familial afin de s’établir à son compte, ne vivant que de l’usage de quelques sorts menus. Ces ensorceleurs menus sont des petits artisans de la magie, réparant une porte, orientant une source d’eau pour quelques semaines ou créant de petites sources de chaleur. Leur quête prend très vite une tournure étrange, car ceux qu’ils rencontrent sur la route de la cité légendaire sont le plus souvent menaçants et le voyage même entre les cités voisines semble être particulièrement mal vu quand on n’est pas marchand de profession.


Un « buddy roman » de fantasy
L’Ensorceleur des choses menues est clairement un roman initiatique. Étonnamment, cela n’est pas forcément (ou en tout cas pas seulement) la jeune femme qui est là pour apprendre : Barnabéüs est le véritable héros de ce récit. Au fond, cet ensorceleur des choses menues n’est qu’un menuisier et il va accéder à des connaissances dont il n’a pas du tout idée au début de son voyage. Pour ne pas créer uniquement un long voyage fait de soubresauts pensés pour faire apprendre aux personnages un élément après l’autre, l’auteur opte pour un style assez descriptif, mais porté par un humour ténu et bienvenu, grâce à quelques situations avant tout cocasses. Ici un ensorceleur est forcé d’utiliser ses sorts de menuisier pour créer un radeau, là les deux personnages, dont l’âge les sépare largement, se font surprendre dans des positions incongrues. La dynamique des deux personnages principaux évolue beaucoup au cours du roman (attention aux soubresauts de l’intrigue qui met à mal leur dualité) et relève presque des dynamiques propres aux « buddy movies » : ces deux « potes » de circonstances, très différents l’un de l’autre, mais réunit dans des situations cocasses et dans un but commun. Et en l’occurrence, ce « duo de choc » vaut le détour ! Ils ont évidemment des débuts compliqués, mais ils finissent par s’entendre pour au moins faire un bout de chemin ensemble. […]

 

Un foisonnement thématique
Dès les premiers mots, Régis Goddyn place directement son récit dans une orientation très paternelle. Ces premiers mots sont particulièrement touchants et on peut tout à fait imaginer que cela renvoie à quelque chose de très personnel. Pour autant, on ne s’arrête pas à cela : les thématiques sont très variées, elles foisonnent vraiment mais elles fonctionnent par spirales (elles reviennent régulièrement, presque alternativement selon un ordre précis) : la trame principale est le combat à la fois conjoint et personnel des deux héros contre une autorité qui leur dicte une certaine conduite, mais c’est aussi l’occasion de parler sexisme, patriarcat, xénophobie, répartition des pouvoirs et surtout « transmission intergénérationnelle ». Cette variété va même jusqu’à mettre en scène un aspect inattendu : une certaine tension sexuelle entre ce grison qui n’a jamais digéré l’abandon de sa famille et de tous ses avantages et cette jeunette qui a déjà tout compris de ses atours ; même cet aspect revient régulièrement et finit par trouver sa propre conclusion. En tout cas, une fois compris l’enjeu principal et saisi l’intrigue véritable, l’intrigue centrale se joue sur la transmission du pouvoir à travers les âges : à quel prix peut-on conserver son pouvoir politique et économique au sein de sa dynastie ? […]

Publié le 28 juin 2019

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