Une œuvre de qualité qui s’écarte volontairement des sentiers battus de la fantasy et met en valeur l’imagination d’un auteur français prolifique.

A la lecture du Sang des sept rois Régis Goddyn nous entrainait durant sept tomes dans un récit épique de science fantasy à l’échelle d’un monde. Avec L’Ensorceleur des choses menues l’auteur nous livre une histoire originale à la fois plus intimiste, centrée sur les deux personnages principaux Barnabéüs et Prune, mais tout aussi sombre qui explore les coulisses d’un monde cynique et violent.
L’originalité tient tout d’abord au choix du héros. Partir sur les routes à l’aventure à travers les yeux d’un vieil ensorceleur bedonnant qui quitte sa ville natale pour la première fois offre un point de vue inédit et intéressant qu’exploite parfaitement Régis Goddyn. En reprenant sa vision du monde et ses réflexions sur la jeunesse, notamment sur la jeune femme qui l’accompagne, on se prend facilement d’empathie pour cet antihéros atypique. Leurs motivations deviennent rapidement cohérentes et permettent d’approfondir avec subtilité leur évolution et leur relation. 
Mais l’originalité du roman tient aussi à son monde complexe, dont les mécanismes et la richesse sont dévoilés avec méthode pour réserver son lot de surprise. Le récit se partage d’ailleurs en deux parties distinctes séparées par une césure surprenante à la moitié. Nous suivons ainsi la découverte progressive du monde dans le cadre de la quête de Barnabéüs et Prune, avant de plonger dans une lutte féroce dont la Mort occupe la place centrale. Le récit connaît de nombreux rebondissements en dépit d’un rythme volontairement lent et évolue au gré des transformations sociétales initiées par les découvertes de nos deux héros. Certains passages restent toutefois trop abrupts ou confus, avec des baisses de rythme ponctuelles. De même plusieurs mécanismes de ce monde complexe s’avèrent insuffisamment expliqués, laissant le lecteur plongé dans une certaine frustration.
Avec un ton sombre et cynique non dénué d’humour qui se retrouvait déjà dans Le Sang des sept rois la narration est aussi plus fluide et moins lourde que dans l’œuvre première de l‘auteur.  
L’Ensorceleur des choses menues fourmille de bonnes idées, bien que certaines semblent maladroitement exploitées. Le final surprenant, l’originalité de la narration et du monde des nécromants, des mages et des ensorceleurs, ainsi que la personnalité attachante des héros, forment une œuvre de qualité qui s’écarte volontairement des sentiers battus de la fantasy et met en valeur l’imagination d’un auteur français prolifique.

Publié le 19 septembre 2019

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