Galaxies

Suite directe de Vestiges et de L'Ouvreur des chemins, Origines change radicalement de décor en propulsant les principaux protagonistes sur le Grand Arc, le gigantesque artefact d'une civilisation disparue en orbite autour de Gemma, la planète gelée où s'est établie une colonie humaine. Ambre Pasquier, qui pensait trouver au cours de sa mission archéologique des indices sur les Bâtisseurs qui ont construit le Gand Arc, sait à présent qu'elle a libéré une entité, Ioun-ké-da, le Dévoreur de réalité capable d'altérer les constantes universelles, l'équivalent de Shiva, le destructeur de monde de la mythologie hindoue. Alors que la planète se désagrège sous l'effet d'une force qui transperce sa carapace de glace, les humains rescapés s'échappent à bord d'une navette en compagnie de l'extraterrestre qu'ils ont rencontré, Tokalinan, qui les conduit à l'intérieur de l'Arc, qui abrite un océan et une forêt primaire bien plus vastes que la taille de l'artefact. Tokalinan, qui parvient à communiquer avec ambre de façon toujours plus étroite, est un Timhkān, l'espèce qui a enfermé là le Dévoreur. Il a besoin d'elle pour enrayer cette menace qui concerne l'univers entier.

Le récit prend le ton plus aventureux d'une expédition parsemée de dangers au cours de laquelle les dernières interrogations se dissipent. Les rebondissements s'enchaînent à la suite des révélations du précédent volume, de façon parfois mécanique, de manière à dénouer les nombreux fils du récit et préparer un final d'une envergure cosmique, qui achève de faire le lien entre mécanique quantique et mystique hindoue. Celui-ci est ancien : il avait déjà interpellé un physicien comme Schrödinger ; la Génévoise Laurence Suhner ne peut ignorer la présence de la statue de la danse cosmique de Shiva devant un bâtiment du CERN, offerte par le gouvernement indien. Par ailleurs, elle a su parfaitement accorder l'ampleur du récit, servi par une solide documentation et un évidente passion pour la musique indienne, à la trajectoire de ses personnages, notamment celle d'Ambre à la recherche de ses origines : Shiva est aussi le dieu qui libère des souffrances.

Si l'ouvrage n'est pas exempt de défauts, on ne peut qu'être impressionné de la maîtrise avec laquelle Laurence Suhner, pour un premier roman, a réussi à bâtir un univers cohérent, comme l'explique Christopher Priest dans sa préface. Et saluer aussi son courage pour s'être lancée dans une entreprise d'une telle envergure.

Claude Ecken

Publié le 3 mars 2020