Glukhovsky - Metro 2034 - Les Chroniques de l'Imaginaire
Article Original
Une bonne part de l'électricité du métro est produite par la Sevastopolskaya, mais celle-ci est en guerre permanente contre les mutants qui l'assaillent tant du nord que du sud, et elle ne peut donc survivre sans les munitions que lui vend la Hanse en échange du courant. C'est pourquoi le retard inexplicable de la caravane de munitions conduit les responsables de la station à envoyer en reconnaissance le brigadier, dont ils connaissent la véritable identité et la capacité de survie, accompagné de deux hommes, dont Homère.
Ce dernier, un vieil homme dont le surnom vient de son amour des histoires, se demande pourquoi ce combattant hors-pair a souhaité l'emmener. Quoi qu'il en soit, arrivés à la frontière de la Toulskaya, première station habitée au nord, et à partir de laquelle tout transit du nord au sud semble bloqué, ils sont contraints de faire demi-tour, pour essayer de contourner l'obstacle en passant par une autre ligne, terriblement irradiée.
 
On retrouve dans ce roman l'ambiance sombre et claustrophobique du précédent, ainsi que quelques-uns des personnages, mais il est toutefois extrêmement différent. En effet, le narrateur est cette fois un vieillard, qui se souvient de sa vie d'avant, de la ville et du métro d'avant, qui a fait oeuvre d'historien autant qu'il a pu depuis la catastrophe, et qui a une idée de ce qui s'est passé. Par ailleurs, les personnages, ici, se rappellent qu'il existe un monde en-dehors de Moscou et de son métro, et spéculent sur la survie d'autres groupes humains. Cela donne à l'histoire une ampleur spatio-temporelle, et une crédibilité, plus grandes, en sus de l'ancrer véritablement dans la grande tradition post-apocalyptique de la science-fiction, en l'éloignant de l'aspect " jeu de rôle " du précédent opus. D'autre part, il y a relativement peu de chemin parcouru, physiquement, dans le métro, comparativement au parcours d'Artyom dans Metro 2033, mais les errances psychiques des personnages, notamment celles de Hunter, prennent une place prépondérante. Enfin, la place importante accordée à Sacha apporte une touche de lumière et d'innocence dans cet environnement désespéré, et par contraste en accentue la noirceur.
Par ailleurs, l'auteur arrive très bien, dans ce roman, à nous rappeler combien notre civilisation est dépendante de l'énergie et de la communication. Privés de cela, les humains survivent, certes, mais la civilisation... Quant à l'interrogation de ce que l'on peut, ou doit, faire " pour le bien de l'humanité ", elle est de tous les temps, bien sûr, mais la rappeler en la mettant en scène ne peut jamais nuire. Plus lyrique, plus introspectif, plus littéraire en un mot, sans pour autant sacrifier l'intrigue, ce roman m'a touchée davantage que le précédent, et a fini de me convaincre du réel talent de son auteur, par les personnages bien sûr (Leonid, avec tous ses revirements et son ambiguïté, est une merveille, par exemple), mais aussi la façon dont Glukhovsky tient ensemble les différents lieux de déroulement de l'action, dans une construction très maîtrisée.
 
Pour moi, clairement, c'est là un incontournable. Enfin, on y retrouve avec plaisir les cartes du métro dans la couverture, bien utiles pour qui cherche à visualiser les pérégrinations des personnages.
 
Mureliane
Publié le 26 septembre 2011

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