Il est bien possible que la seule lecture de la quatrième de couverture ait conduit un certain nombre de lecteurs à se détourner de cette Dernière tentation de Judas. C’est un roman provocateur, sans l’ombre d’un doute. Mais ce n’est pas gratuit pour autant, loin de là.
Imaginez Notre-Dame transformée en boîte de nuit queer, avec des néons roses et des tonnes de paillettes, et probablement un donjon SM installé dans un coin à l’intention des amateurs, vous aurez une idée du (sacré) pas de côté que fait ce texte par rapport à la Bible. Vous m’accorderez que c’est autrement plus festif qu’une messe en latin… Et oui, c’est aussi plutôt outrancier : il faut accepter l’excessif pour avoir une chance d’apprécier ce roman.
En l’occurrence, Philippe Battaglia n’y va pas de main morte. Si le démarrage est plutôt tranquille, les choses s’emballent sévèrement sitôt que l’affaire est lancée pour de bon. On pensera volontiers à un mélange de film d’action et de série B complètement assumée, avec un soupçon de romance. Fallait oser. C’est parfois gore, parfois trash – et paradoxalement très sage dès lors qu’il est question d’amour, un choix que je ne peux que saluer. Il est aussi évident que l’auteur n’a pas juste brodé autour d’un résumé expéditif des récits bibliques. Il connaît son sujet, et il en pointe les aspects les moins reluisants. Nul doute qu’il a élaboré son histoire à partir de longues recherches.
Le texte, les personnages, tout passe allègrement à la moulinette punk de Philippe Battaglia. Il rappelle au passage que ceux qui se revendiquent les plus fervents ont très souvent un comportement peu raccord avec les préceptes fondateurs. Et que si les riches et les puissants s’offrent le luxe de la charité, les pauvres, eux, s’entraident – une nuance loin d’être anodine.
Bref, Philippe Battaglia n’a pas englouti autant de temps dans la rédaction de ce roman pour le seul plaisir de la provoc. Ce qu’il propose, c’est un remix moderne et mordant d’une histoire si ancienne qu’elle méritait bien ce coup de plumeau pour le moins énergique.
On pourrait dire que la Dernière tentation, c’est un cantique en version techno, chanté par une diva trans : ça peut paraître surprenant de premier abord, mais ça fonctionne très bien. À vous de voir si vous êtes prêt pour ça.