"Boum". Bienvenue sur Zara XXIII.
Je vous présente Jack Holloway : un prospecteur-géomètre sous-traitant et ancien avocat radié du barreau qui découvre un filon capable de le rendre milliardaire. Problème : il découvre aussi les Toudous, petites créatures félines, bipèdes, malignes, adorables… et peut-être douées de raison.
Or, si ces vraies petites peluches sont reconnues comme un peuple intelligent, la compagnie minière Zarathoustra perd tous ses droits d’exploitation sur la planète.
Adieu donc les billions de crédits et les jolies solaires !
Tout au long de cette histoire, Scalzi prend un plaisir manifeste à nous submerger de la mignonnitude des Toudous pour mieux y opposer la brutalité froide du capitalisme extractiviste. Derrière les répliques savoureuses et les dialogues qui fusent, comme toujours avec cet auteur, le roman interroge notre manière de définir l’intelligence et le droit à l’existence.
Qui décide qu’une espèce mérite protection ? Selon quels critères ? Et surtout : à partir de quel moment l’avidité humaine cesse-t-elle de se déguiser en progrès ?
Maître de l’objection complètement hors de propos, Jack Holloway est, pour sa part, un excellent personnage scalzien : roublard, cynique, égocentrique, parfois franchement douteux. Pas un homme bon, donc, mais le bon homme pour ce combat précis.
Sous ses airs de divertissement léger, La controverse de Zara XXIII (intitulé en poche La planète des Toudous) parle de colonisation, d’écologie, de corruption, de droit, de morale et d’altérité. Le tout sans jamais perdre son rythme ni son humour.
Oui, il est vrai que les ficelles sont parfois visibles et que le tout s’emboîte avec une efficacité presque trop parfaite, mais quel plaisir de lecture (pour ne pas changer avec Scalzi)!
La plume sait raconter, faire sourire, indigner, attendrir, pour refermer ensuite son piège narratif dans un procès-spectacle immensément satisfaisant.
En somme, une fable de science-fiction aussi drôle qu’intelligente, quelque part entre le planet opera, le thriller juridique et le plaidoyer écologique.
Une planète littéraire peuplée de créatures beaucoup trop mignonnes pour être abandonnées aux mâchoires du profit.