Vingt-cinquième ouvrage des annales du Disque-monde et cinquième livre du cycle du guet, le Cinquième éléphant nous plonge en Uberwald, terre dont Pratchett nous a offert un bref aperçu dans Carpe jugulum, longtemps dominée par les vampires et loups-garous où un équilibre précaire semble s'être instauré avec la montée en puissance des nains.
C'est justement à l'occasion du couronnement de leur nouveau Petit Roi qu'Havelock Veterini envoie comme ambassadeur d'Ankh-Morpok nul autre que le duc d'Ankh, Samuel Vimaire en personne. La trame principale du livre suit l'entrée en fonction de ce dernier en Uberwald, région chaotique par excellence, accompagné pour une fois de dame Sybil, laquelle gagne nettement en importance dans cet opus.
Vimaire, débarquant tel un chien dans un jeu de quilles, perturbant intrigues politiques et équilibres locaux, loin de ses repères, s'y trouve régulièrement en posture délicate, Pratchett offre alors au lecteur certaines des scènes d'actions les plus enlevées des annales. Celles-ci, passée une introduction un peu poussive, s'enchaînent avec une efficacité certaine, incitant à tourner les pages sans s'arrêter.
Si c'est aux vampires que s'intéressait Carpe jugulum, ce Cinquième éléphant fait la part belle aux nains, offrant pour la première fois au lecteur du Disque un aperçu de leur civilisation, permettant à l'auteur d'aborder une nouvelle fois des questions telles que la tradition et le changement. Ces questions sont certes soulignées par la présence dans la suite de Vimaire du sergent Détritus et surtout du caporal Petitcul mais elles sont plus largement au cœur de l'ouvrage. Car ce Cinquième éléphant narre les derniers instants d'une société féodale inquiétante, sur la défensive, bouleversée par l'influence économique et politique grandissante d'Ankh-Morpork, symbolisée par ses tours clic-clac plongeant le Disque dans une nouvelle ère. Cette influence n'est d'ailleurs pas sans se voir opposer une résistance certaine, avec un antagoniste parmi les plus dérangeants -et dérangés- des annales.
Outre les nains, Pratchett s'intéresse en effet ici également avec brio aux loups-garous, s'attardant par la même occasion sur le couple formé par Carotte Fondeurenferson et Angua et permettant d'en découvrir plus sur cette dernière. La façon dont l'auteur s'inspire de films et livres fantastiques - les Igors découverts dans Carpe jugulum sont nettement développés - permet au lecteur de plonger immédiatement dans l'ambiance de l'Uberwald et l'ensemble est ainsi une franche réussite, sans temps mort, avec des répliques faisant souvent mouche et offrant quelques éclats de rire.