Un sombre régal !

Nul ne reviendra pour nous - Les Blablas de Tachan
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Après avoir découvert ses romans, ses novellas, je découvre les nouvelles courtes de Premee Mohamed dans ce recueil aux allures de plus diverses allant de sa première nouvelle publiée à ses plus récentes, côtoyant aussi bien l’horreur, le gore, la SF que le fantastique. Un sombre régal !

Tout au long de ces 17 nouvelles, toujours traduites par l’excellente Marie Surgers, l’autrice développe l‘ambiance si singulière qui fera le succès, pour moi, de ses novellas et romans, à savoir un fantastique très gris, mélangeant gothique et gore, avec des références assumées à Lovecraft et à Grimm, dans une cosmologie où le réel glisse tellement facilement vers un fantastique lyrique. Évoquant tour à la tour, pèle mêle, la tristesse, le deuil, les violences de la guerre et des catastrophes, l’éthique et la morale des expérimentations scientifiques, l’enfance, la possession, les croyances et la divinité, les paysages ravagés, l’autrice aime bien y utilise un format "enquête", dans une ambiance très cinématographique où on se figure parfaitement ses ambiances tristement sombres et dérangeantes. 

Dans le détail : 

Sous l’église,  sous la colline : est une courte incursion dans ambiance sombre et tristesse de fantôme qui doit s’en aller dans un décor de phare des plus réussi.
 
Instructions : est une surprenante petite chose, des Instructions pour soldats anglais débarquant en France pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’autrice s’est pour cela inspirée de textes de conseils qu’elle a trouvés en bibliothèque. 
 
L’évaluateur : est du fantastique en mode enquêteur paranormal d’après guerre, avec une enfant possédée dont il veut récupérer la magie ? C’est poisseux, lourd, dans un paysage mystérieux et hostile. J’ai adoré.
 
De la main de toutes les bêtes : propose un retour au Moyen Âge avec un cathédrale qui a échappé à son créateur et s’auto-construit sans faire attention aux personnes sur son passage. Je l’ai trouvé sombre et vertigineuse. 
 
La femme de l’aventurier : C’est la première nouvelle publiée de l’autrice – Nous sommes au XIXe début XXe ici, avec un journaliste qui enquête sur la mort d’un célèbre aventurier auprès de sa femme dont il vient de découvrir l’existence, une africaine, qui parle des explorations là-bas de son défunt époux. Il y a un petit côté mystique que j’ai beaucoup aimé. 
 
Au tour du général : Des ruines, une guerre qui prend fin, une troupe sous le commandement d’un général, des engrenages dont on ne peut se défaire. Voici un texte que l’autrice a adoré mais que j’ai eu du mal à cerner.
 
Seize minutes : Petite chose rigolote, très courte, peut-être écrite en 16 min aussi xD L’autrice s’amuse avec les catastrophes nucléaires, évoquant abris, bombes et occupants… Malgré le contexte, cela m’a beaucoup amusée.
 
Fortunato : Rendre visite à une planète qu’on a colonisée mais où s’est produit un drame et en remonter le fil. En fan d’Alien et autre, j’ai adoré même si c’était classique ^^ ! 
 
Les abeilles : Prendre conscience des abeilles, leur attribuer une conscience de groupe à travers un épisode inquiétant de disparition d’enfant en forêt. Un texte stressant. 
 
4 heures d’une révolution : Qui dit révolution, dit clandestinité, envie de changement, danger et une taupe malheureusement – Classique mais efficace.
 
Pour chacune de ces misères : Enquête sur des disparitions en eaux troubles, voyage dans les profondeurs, arme secrète, nouvelle espèce, questionnement sur la divinité et notre rapport en la croyance d’un dieu parfois très différent des monothéisme actuel. Une belle hystérie sous-marine qui fut mon texte préféré ici. 
 
Tout vu comme les parties de son lieu infini : Un texte un peu perché où on suit un malade psy. Ça parle de recalcul de réalité comme d’une histoire, de vie qui n’a du sens qu’en fonction de ces calculs, de leurs variables, et de la réécriture du présent. Je m’y suis parfois perdue comme le héros et ses parents. 
 
Nul ne reviendra pour nous : La nouvelle éponyme du recueil – L’autrice joue sur la mode des films catastrophes mais dans un rythme plus tranquille qui lui est propre. Que faire ? On suit cela heure par heure façon journal au début avec un journaliste qui enquête sur ce qu’il se passe en Afrique avec l’épidémie qui a cours et l’hypothèse d’une dimension alternative coupable. Il y a un joli fantastique un peu gore à la fin qui m’a plu. 
 
Librement : Sacrifice – terre ravagée – consentement – légende urbaine 
 
Nous et les nôtres : Ici une ambiance à la Stephen King, Stranger Things et Lovecraft avec des créatures attaquant la ville à la suite d’un Ancien, alors que celle-ci est faible – On frissonne bien, c’est très efficace.
 
Les redoutables : Une enquête sur une équipe de scientifiques, des recherches secrètes, un secret à garder, l’élimination de ceux pouvant parler, un regard critique dessus – Percutant. 

Repos éternel : Échange entre scientifiques sur la création d’hommes soldats améliorés. Un joli questionnement éthique.

Merci à l’Atalante pour ce copieux travail et la publication de ce recueil permettant de découvrir les multiples facettes de l’autrice : militante écolo, anti-colonisatrice, passionnée de gore et de fantastique, qu’on retrouvera ensuite dans les romans et novellas qu’elle a publié depuis. C’est une belle introduction à son univers avec des textes étranges, inquiétants, efficaces où elle aime utiliser le trope de l’enquête pour nous prendre par la main, ce qui fonctionne très bien. Ses notes finales sont éclairantes pour la comprendre et voir d’où sont issues les nouvelles. Indispensables. Les fans de l’autrice seront ravis. 

Publié le 8 juillet 2026

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