Après quatre novellas remarquées, La Migration annuelle des nuages, Ce qui se dit par la montagne, Comme l'exigeait la forêt et Et que désirez-vous ce soir (critiques dans nos numéros 118 à l2l), L'Atalante creuse le sillon Premee Mohamed en nous proposant son premier recueil de nouvelles: Nul ne reviendra pour nous. Si on découvre évidemment l'univers de l'autrice (indo-caribéenne, née en 1981, scientifique) avec les nouvelles de ce recueil, on la découvre elle, de façon plus intime, dans les notes qui suivent lesdites nouvelles, où elle cite Alien, sa « série de films préférés », H. P Lovecraft, Stephen King, Clive Barker, la trilogie de « Gormenghast », etc. Avec ces nouvelles qui envoient du bois, rendent souvent hommage à l'infréquentable Lovecraft (oui, il y a des Shoggoths et des tentacules), attirent les lecteurs dans un filet de références connues, Premee Mohamed s'impose comme une autrice résolument à part dans le paysage SF/fantasy actuel, loin des cosy-niaiseries à la mode, de préférence avec jaspage.
Sa fascination pour les petits dieux et les grands dieux de l'environnement la rapproche étonnamment d'Hayao Miyazaki, d'une certaine culture japonaise, des kamis. À côté, elle joue en terrain connu, avec les zombies, la figure de la gardienne du phare, les space marines (si si), les monstres des abysses, l'enfance face au surnaturel, etc. On pense souvent à Caitlin R. Kiernan, mais en moins cryptique (quoique...) moins gothique, plus pop. Évidemment le recueil (qui contient la toute première nouvelle professionnelle de l'autrice) est inégal, il ne pouvait en être autrement, mais dans sa façon de circonvenir une œuvre à venir, il joue un peu le même rôle que Danse macabre dans le corpus de Stephen King. L'autrice apprend, tâtonne, essaye, trébuche (parfois), mais, toujours sincère dans sa démarche, elle délivre quelque chose d'extrêmement fort. L'ensemble se révèle plaisant et très attachant.
Thomas Day