Quoi de mieux pour commencer l’année 2026 qu’une chronique en avant-première sur une fantasy absolument fabuleuse, prévue pour février ? Je remercie du fond du cœur mon cher libraire de la Librairie L'Atalante pour ce merveilleux cadeau en avant-première, j’ai été très touchée. Vraiment, vous n’imaginez pas à quel point ce livre rassemble tout ce que j’aime en littérature de l’imaginaire ! Souhaitons donc la bienvenue au roman Les sœurs démentes d'Esi, écrit par l’autrice indienne Tashan Mehta et traduit par Mathilde Montier aux éditions L'Atalante !
Dans cette fantasy onirique aux airs de "space opera maritime", l’histoire se déroule dans une temporalité extrêmement lointaine... L’ère de la logique a fait son temps, et c’est désormais avec un regard magique et en termes de merveilleux que nous appréhendons le cosmos, que nous en perçons les mystères et que nous y voyageons. L’Espace est une mer noire aux 1000 secrets et légendes, profonde, agitée de chants et de vagues cosmiques, sur laquelle naviguent des marins d’île en île – de planètes en planètes.
Dans ce cosmos nage une gigantesque et mystérieuse baleine-univers : la Baleine de Babel. Un monde dans le monde vibrant de son propre chant cosmique et habité par deux sœurs ; deux gardiennes ayant pour nom Laleh et Myung. Gardant les «chambres-mondes» au sein de la baleine, les deux sœurs vivent dans l’abondance, la nature et l’innocence, vouant amour et dévotion à « La grande Wisa ». Mais qui est La grande Wisa, cette déesse qui les aurait créées et qu’elles n’ont pourtant jamais vue ? Myung se questionne sur ses origines… Pour le meilleur et pour le pire, elle quitte sa sœur et part explorer la mer noire en quête de réponses, loin de la Baleine…
Ses voyages et ses recherches la conduiront sur une île aussi mythique que mystérieuse, au soleil peint et douée d’une volonté propre, réputée comme étant soumise à la « folie »… Une île gardée et habitée, où lui sera transmise une histoire qui changera sa vie à jamais.
Ce roman orphique et cathartique émeut le cœur, le panse et l'apaise.
Brillant par sa poésie, ses images fortes et sa grande symbolique, il questionne le sentiment de différence et interroge la relation que nous avons au monde, non seulement en tant qu'être humain, mais aussi en tant qu'artiste, créateur ou créatrice.
Le besoin viscéral de créer, de transformer le monde, de découvrir, d'oser et d'explorer...
Comme la nécessité de partir par-delà l'horizon pour mieux s'accomplir soi-même et parachever son œuvre, quitte à s'éloigner de ceux qu'on aime.
Voilà autant de thèmes à même de toucher le cœur de chacun•e.
Mais s'il nous parle de puissance, d'imagination, d'audace, de création et de nécessité, ce récit foisonnant nous parle aussi de démence.
Car partout où l'art croît, dérange, ranime des fantômes, transforme un peu trop le monde et fait s'étioler le temps, il semble que la "folie" guette et n'est jamais bien loin...
Mais de quelle "folie" parle-t-on ici ? Il faudra plonger dans les abysses et nébuleuses de ce roman pour le savoir.
Les sœurs démentes d'Esi est une œuvre-monde fantasy et onirique à la grande portée spirituelle, sonnant comme un mythe fondateur et universel.
Les chapitres annexes qui ponctuent l'ensemble du récit, à l'allure tantôt mythologique, tantôt académique, participent à la richesse et à la cohérence de l'histoire, donnant du relief à cet univers poétique, original et merveilleusement immersif.
À l'image de ses alchimistes, Tashan Mehta a créé un monde. Un monde tissé d'amour, de chant, de vagues cosmiques, d'îles, de mémoire et de folie.
Un monde abondant à la nature foisonnante et aux potentialités infinies, où le lien qui unit deux sœurs transcende le temps, au-delà de toute frontière, de tout espace et de toute réalité.
Que dire... Un big bang s’est opéré en moi à la lecture de ce livre. J’ai désormais une baleine gigantesque qui me nage dans le cœur.
Une révélation !