Les chroniques de l'imaginaire
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A Reykjavik, Tikaani est l'apprenti de Vinda, le fou du ciel qui a réussi à remettre en état un avion solaire, dans lequel il prévoit de partir en exploration afin de déterminer si d'autres survivants sont installés à proximité, notamment au Groenland. La compagne de Tikaani, Solveig, s'occupe de la communication avec les fourmites, descendantes des premières d'entre elles créées deux siècles plus tôt.

Pendant ce temps, des barbares cannibales se désignant sous le nom de Guerriers au bord du Temps ayant dévasté le village où elle vivait, et où elle était guérisseuse, Ophélie s'est installée dans une jungle. Elle y a construit une petite maison de bois, et vit en collaboration avec la nature, notamment sous l'espèce d'une femelle anaconda, Sissi, d'une mygale et, plus tard, de corneilles.

Un jour, toutefois, arrive dans sa solitude un homme aux yeux curieusement bridés, Natsumé, à la recherche de ce qui semble être un temple confié à ses compatriotes pendant les Âges Sombres, et la ville voisine, où vivraient encore des membres de sa famille. Curieuse, Ophélie part avec lui, mais décide finalement de ne pas s'installer dans cette ville, surtout après avoir découvert que le "temple" en question n'est autre qu'une centrale nucléaire en sommeil.

Jean-Marc Ligny continue son exploration d'un futur planétaire possible, après les ravages climatiques majeurs évoqués dans Exodes et l'évocation dans Semences de liens ténus entre insectes bio-ingéniérés et certains humains. On retrouve ici certains des personnages de ce dernier roman, même s'il n'est pas nécessaire de l'avoir lu pour apprécier ce dernier opus.

Il met en scène ici différentes façons de réagir au climat modifié, au déclin de l'humanité et à l'épuisement des ressources, renvoyant dos à dos la barbarie de ceux qui prétendent aider "Mère Nature" à se débarrasser des derniers humains, et la folie technophilique des nouveaux tyrans au petit pied qui estiment pouvoir ressusciter une civilisation irrémédiablement disparue. La solution médiane représentée par ces humains capables d'une écoute attentive, et d'une communication incertaine, avec différentes sortes d'animaux, constitue le sujet du roman.

L'équilibre est plutôt bien maintenu entre l'aspect purement littéraire et l'argumentation en faveur de rapports différents entre l'humanité et le reste de la vie sur Terre, même s'il y a certaines facilités scénaristiques. En revanche, j'ai trouvé tout à fait vraisemblables et bienvenues les difficultés de communication, et les erreurs d'interprétation, entre humaine et fourmites, qui permettent d'éviter l'écueil de l'idéalisme ou de l'anthropocentrisme. C'est bien écrit, le rythme est vif, et ce roman aux allures de conte philosophique peut aussi se lire comme un bon divertissement.

Publié le 24 avril 2020