Ce roman est en quelque sorte un ovni. Récit sans personnage principal, mélangeant certains codes de la fantasy dans un univers de science-fiction, l’auteur tisse sous nos yeux émerveillés une toile dont les fils viennent peu à peu constituer une tapisserie grandiose !

Des milliards de tapis de cheveux - Drums n Books
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Aujourd’hui je vous parle du premier roman d’Andreas Eschbach : Des milliards de tapis de cheveux qui a reçu le Grand prix de l’imaginaire en tant que meilleur roman étranger pour l’année 2001. Le roman est paru en allemand en 1995 et a été traduit pour les éditions L’Atalante en 1999 par Claire Duval.
Coup de cœur énorme pour ce récit !  Comment ai-je  pu passer autant d’années sans l’avoir lu, sans que quelqu’un m’en ai parlé ou ne me l’ai conseillé ! Depuis que je l’ai terminé je le conseille à tout va, et même mes proches qui ne sont pas des aficionados des genres de l’imaginaire ont adoré !

Ce roman est en quelque sorte un ovni. Récit sans personnage principal, mélangeant certains codes de la fantasy dans un univers de science-fiction, l’auteur tisse sous nos yeux émerveillés une toile dont les fils viennent peu à peu constituer une tapisserie grandiose !

C’est sur la planète G 101/2 que tout débute. On y découvre au long des premiers chapitres, une culture, une organisation sociale bien particulière à travers différentes perspectives. Et c’est ainsi que nous sommes introduits aux « Tisseurs » :

 Nœud après nœud, jour après jour, une vie durant, les mains de l’exécutant répétaient sans cesse les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, des cheveux si fins et si ténus que ses doigts finissaient immanquablement par trembler et ses yeux par faiblir de s’être si intensément concentrés – et pourtant, l’avancée de l’ouvrage était à peine perceptible ; une bonne journée de travail avait comme maigre fruit un nouveau fragment de tapis dont la taille approximative n’excédait pas celle d’un ongle.

Le but ultime de leur existence est donc de confectionner cet unique objet artisanal, le tapis de cheveux. Les tisseurs se tuent à la tâche au service de l’Empereur.  En découle pour eux un statut très important au sein de leur communauté et ils constituent une caste respectée.

Tisser, à partir des cheveux fins et soyeux de leurs femmes, filles et concubines, constitue donc une tradition millénaire, perpétuée de génération en génération, de père en fils. Ces hommes et ces femmes sont soumis au poids de cette tradition scellée par le cadre d’une société  religieuse inflexible. Et tout cela, dans l’unique but de décorer le palais de l’Empereur, c’est à dire un souverain réputé divin, qu’ils n’ont jamais vu…                   
Mais une rumeur court depuis une vingtaine d’années : l’empereur aurait abdiqué, renversé par une rébellion. Mais qui pour y croire ? C’est tout simplement impossible, l’empereur est immortel, c’est le créateur des étoiles ! Douter de son existence est une hérésie, et les prédicateurs veillent à ce que chacun reste sur le « droit chemin ».

L’écriture tendre et délicieuse, presque poétique, d’Andreas Eschbach, nous plonge dans une fable humaine qui questionne l’existence. Quel est le but de la vie? Questionnement au centre des réflexions de chacune des individualités avec lesquelles , chapitre par chapitre, nous nouons des liens, le temps en quelques pages de s’attacher à eux.

Le mystère plane sur tout le récit. Touche après touche tel une toile de Signac, les motifs prennent forme sous nos yeux, et la fresque humaine et sociale d’Andreas Eschbach se révèle et nous émeut.

Il est des livres qui nous touchent par leur singularité, ceux qu’on ne peut pas oublier, Des milliards de tapis de cheveux est de ces livres-là. Vingt-trois ans après sa sortie en français, le roman n’a pas pris une ride, et il ne fait aucun doute qu’il en sera de même dans vingt-trois ans.

Publié le 28 juin 2022