La construction de cette novella propose des chapitres éclatés, dans le désordre (voyage dans le temps oblige) en explorant les modifications faites au passé. John Crowley pose ici une question fondamentale : la fin légitime (la paix) justifie-t-elle les moyens (l’altération de l’histoire, le meurtre...). Il ne donne pas vraiment de réponse, à chacun de décider. Le bât blesse un peu tandis qu’il ne remet absolument pas en cause (ni ne s’interroge/nous interroge sur) les réelles intentions de l’Empire britannique ni le colonialisme qui lui permet de tenir.
Ceci posé – et ce n’est évidemment pas le cœur du récit de Crowley – la construction est brillante, la narration complexe, et l’auteur prend véritablement au sérieux les « règles » du voyage dans le temps, avec ses paradoxes. Il en joue en virtuose, avec une écriture soignée et précise, d’une grande richesse.
La novella est une belle introduction à l’œuvre de John Crowley – dont on conseillera sans aucune hésitation le magnifique Kra.
Sylvie Gagnère