Tristam Flattery se remet doucement de ses émotions après son aventure survenue à la Cité Perdue. Il reste perturbé par sa prise forcée de regis lors du rituel qu'il a subi et le don se fait sentir en cherchant à émerger. Il découvre alors qu'il a acquis une sorte de clairvoyance qui se manifeste par des espèces de fulgurances. Il se trouve toujours à bord de L'Hirondelle en partance pour Océana afin de quérir la foliée royale indispensable à l'existence du roi en compagnie de la duchesse de MorLand, de son frère le vicomte Elsworth et du docteur Llewellyn. De l'autre côté des océans, en Farreterre, les luttes de pouvoir s'intensifient et chaque protagoniste se découvre progressivement. Les groupes se forment avec chacun des objectifs distincts et contradictoires. Une Mer sans Rivage est la seconde partie du diptyque débuté avec Un Monde sans Fin. On retrouve cette atmosphère " Siècle des Lumières ", avec pour toile de fond les conspirations politiques et la montée en puissance de l'empirisme, qui symbolise l'avènement de la raison en opposition avec les arts de la magie. Les intrigues et la trahison naissent sous le couvert de manières exquises et raffinées, et la plus gracieuse des beautés peut dissimuler un serpent, une âme pervertie aussi bien par l'avidité que par un sentiment exacerbé de nationalisme ou bien encore le refus de la mort. Au pays des ronds de jambe, la dissimulation et la manipulation sont monnaie courante. Les Farrois, qui se croient à la pointe de la civilisation vont pourtant tomber du haut de leur piédestal lors de leur rencontre avec les Varuans ; ils s'attendent à découvrir de " gentils " sauvages, alors qu'en réalité ils se trouvent face à une société hiérarchisée, avec ses propres codes et lois. Cela fait tomber quelques idées reçues et laisse l'homme face à lui-même et à ses interrogations. Tristam, jeune naturaliste peu au fait de ses us et coutumes apprend à nager avec les requins tout en essayant d'analyser ses propres désirs et métamorphoses. S'il a encore du mal à dénouer l'écheveau des souhaits de la duchesse, en revanche il ne se laisse plus si facilement séduire ni manipuler. L'autre personnage fort de ce roman est le peintre Averil Kent qui se retrouve, malgré lui, au centre de tous les complots. Chacun des différents groupes cherche à le rallier à sa cause en faisant appel à tous les ressorts possibles afin de le convaincre de prendre parti. Sollicité de toutes parts, ce dernier se voit plongé dans le doute et la perplexité, tiraillé entre ses convictions et les sentiments que suscitent en lui la très mystérieuse comtesse de Shilton. Ce livre se révèle très délicat ; le style et certaines expressions dont la tournure paraît désuète sont particulièrement agréables et délicieux à lire. Il se distingue des oeuvres que l'on côtoie habituellement dans l'univers de la fantasy car, en dehors d'une forme spécifique d'arts magiques et du thème de la quête, on a l'impression que l'auteur ne recourt pas aux procédés typiques de ce genre littéraire. Cela est sûrement du au contexte historique qui présente la particularité de paraître crédible et réel tout en ayant subi un traitement romanesque. Les noms changent mais l'aspect familier demeure, le lecteur ne se sent pas transporté dans l'inconnu, ni dans un pays ou un passé lointain. La trame générale du texte le rattache à la civilisation terrienne. Les personnages sont également remarquables et participent au plaisir de la lecture parce qu'ils sont tous complexes, profonds. Sean Russell les a ciselés et perfectionnés quel que soit leur niveau, empêchant ainsi l'histoire de basculer dans la facilité et la médiocrité. Sig, Chroniques de l'Imaginaire, 18 novembre 2008 

Russel - Une Mer sans Rivage - Chroniques de l'Imaginaire

Tristam Flattery se remet doucement de ses émotions après son aventure survenue à la Cité Perdue. Il reste perturbé par sa prise forcée de regis lors du rituel qu'il a subi et le don se fait sentir en cherchant à émerger. Il découvre alors qu'il a acquis une sorte de clairvoyance qui se manifeste par des espèces de fulgurances. Il se trouve toujours à bord de L'Hirondelle en partance pour Océana afin de quérir la foliée royale indispensable à l'existence du roi en compagnie de la duchesse de MorLand, de son frère le vicomte Elsworth et du docteur Llewellyn. De l'autre côté des océans, en Farreterre, les luttes de pouvoir s'intensifient et chaque protagoniste se découvre progressivement. Les groupes se forment avec chacun des objectifs distincts et contradictoires.

Une Mer sans Rivage est la seconde partie du diptyque débuté avec Un Monde sans Fin. On retrouve cette atmosphère " Siècle des Lumières ", avec pour toile de fond les conspirations politiques et la montée en puissance de l'empirisme, qui symbolise l'avènement de la raison en opposition avec les arts de la magie. Les intrigues et la trahison naissent sous le couvert de manières exquises et raffinées, et la plus gracieuse des beautés peut dissimuler un serpent, une âme pervertie aussi bien par l'avidité que par un sentiment exacerbé de nationalisme ou bien encore le refus de la mort. Au pays des ronds de jambe, la dissimulation et la manipulation sont monnaie courante. Les Farrois, qui se croient à la pointe de la civilisation vont pourtant tomber du haut de leur piédestal lors de leur rencontre avec les Varuans ; ils s'attendent à découvrir de " gentils " sauvages, alors qu'en réalité ils se trouvent face à une société hiérarchisée, avec ses propres codes et lois. Cela fait tomber quelques idées reçues et laisse l'homme face à lui-même et à ses interrogations.

Tristam, jeune naturaliste peu au fait de ses us et coutumes apprend à nager avec les requins tout en essayant d'analyser ses propres désirs et métamorphoses. S'il a encore du mal à dénouer l'écheveau des souhaits de la duchesse, en revanche il ne se laisse plus si facilement séduire ni manipuler. L'autre personnage fort de ce roman est le peintre Averil Kent qui se retrouve, malgré lui, au centre de tous les complots. Chacun des différents groupes cherche à le rallier à sa cause en faisant appel à tous les ressorts possibles afin de le convaincre de prendre parti. Sollicité de toutes parts, ce dernier se voit plongé dans le doute et la perplexité, tiraillé entre ses convictions et les sentiments que suscitent en lui la très mystérieuse comtesse de Shilton.

Ce livre se révèle très délicat ; le style et certaines expressions dont la tournure paraît désuète sont particulièrement agréables et délicieux à lire. Il se distingue des oeuvres que l'on côtoie habituellement dans l'univers de la fantasy car, en dehors d'une forme spécifique d'arts magiques et du thème de la quête, on a l'impression que l'auteur ne recourt pas aux procédés typiques de ce genre littéraire. Cela est sûrement du au contexte historique qui présente la particularité de paraître crédible et réel tout en ayant subi un traitement romanesque. Les noms changent mais l'aspect familier demeure, le lecteur ne se sent pas transporté dans l'inconnu, ni dans un pays ou un passé lointain. La trame générale du texte le rattache à la civilisation terrienne. Les personnages sont également remarquables et participent au plaisir de la lecture parce qu'ils sont tous complexes, profonds. Sean Russell les a ciselés et perfectionnés quel que soit leur niveau, empêchant ainsi l'histoire de basculer dans la facilité et la médiocrité.

Sig, Chroniques de l'Imaginaire, 18 novembre 2008 

Publié le 1 décembre 2008