Dans l’univers de Fionavar, la Terre n’est que l’un des mondes périphériques. Pour la représenter lors de la réception du roi Ailell, devant tous les grands du royaume du Brennin, l’une des contrées de Fionavar, le mage Loren Mantel, accompagné du nain Matt Soren, vient proposer à cinq étudiants de l’université de Toronto de les téléporter par magie en tant qu’invités du souverain.
Une fois le transfert effectué, ils ne sont plus que quatre, car l’un d’eux, Dave, a lâché la main de la ronde au dernier moment et a disparu. Les quatre restants, Kévin, Paul, Kim et Jennifer font connaissance avec Diarmuid, l’héritier du roi. Diarmuid leur offre de découvrir une région différente, un peu illégalement. Kévin et Paul acceptent, tandis que Jennifer est accueillie par un peuple d’elfes, et que Kim passe du temps avec une prophétesse qui semble vouloir l’initier à ses pratiques.
On suit alors plusieurs récits parallèles, grâce à de courts chapitres, impliquant chacun des protagonistes. Sans trop dévoiler le déroulement de l’histoire, assez foisonnante, on notera les puissances du mal à l’œuvre dans l’ouvrage, entre les dieux et déesses souvent en conflit et les multiples créatures sanguinaires, des svarts (sortes d’orques), des loups terrifiants et un démon enchaîné sous la montagne depuis des millénaires et qui doit y rester sous peine de répandre l’effroi, la souffrance et le chaos en Fionavar. On sent progressivement au cours du récit la menace se préciser. Avec des relents du Seigneur des Anneaux, assumés, je pense, par l’auteur, ce premier tome de La tapisserie de Fionavar présente une palette de personnages intéressants, entraînés dans des aventures qu’ils ne peuvent éviter.
Devant les dangers qui se profilent, nos protagonistes sont contraints de trouver au fond d’eux-mêmes des ressources qu’ils ignoraient, et les épreuves ne les laisseront pas intacts. Aucun héros de cet ouvrage n’est là par hasard, ils sont crédibles, le lecteur ou la lectrice peut s’identi-
fier à l’un ou à l’autre, car ils sont étonnamment présents, bien décrits physiquement et psychologiquement, et on suit très bien le cheminement de leurs pensées et leurs états d’âme. Guy Gavriel Kay a un style agréable, avec des dialogues qui rendent vivant le texte et un réel talent de conteur, ainsi qu’une empathie certaine pour ses personnages. Il faut ajouter que la collection poche des éditions l’Atalante bénéficie d’une couverture bleue métallique sous son illustration, qui produit un bel effet.
En résumé, un dépaysement complet et tant de choses à découvrir dans ce monde de Fionavar !
Jean-Pierre ‘931’ Binet