Publié en 2001, Maleficium est un roman de Martine Desjardins qui vient d’être publié en poche dans la collection Neptune des éditions L’Atalante. Ayant adoré ma découverte de l’autrice avec Méduse, j’ai eu envie de me plonger dans cette lecture dont le résumé semblait avoir quelques échos avec le roman que j’avais lu d’elle. Et voici ce que j’en ai pensé…
Père, j’ai une confession à vous faire. J’ai lu la mise en garde qui accompagnait le Maleficium, j’ai vu son caractère hérétique et les dangers de sa lecture... et pourtant je m’y suis plongée. J’ai découvert les 8 confessions qu’il contient. Les récits des 7 premières revêtent toutes le même format, la même richesse des phrasés, la même intensité dramatique dans l’histoire. Ces hommes avaient déjà beaucoup pour être heureux mais cherchaient à exceller dans leurs domaines et partirent chercher la promesse d’un matériau rare et exotique dans les contrées orientales. Ils y découvrirent tous une femme, la même a priori, qui les dévoyât du droit chemin par la tentation qu’elle leur offrit. Du moins, c’est ce qu’ils disent. Laissez-moi douter, mon père, de ces points de vue qui ne sont aucunement preuve de vérité. Laissez-moi douter, mon père, de la bienveillance et de l’honnêteté de ces hommes qui cédèrent tous au péché, et principalement à l’envie. Laissez-moi douter car l’homme est par nature un fieffé menteur, un être souvent pétri de mauvaises intentions. Et notamment, lorsqu’il s’agit de respecter une femme.
Il y a dans leurs confessions, des faits étranges qu’on qualifierait probablement de body horror. Il y a une étrangeté derrière la tentation du corps féminin, un appel au vice ou un juste retour de bâton quand le péché est commis, c’est selon le regard qu’on y pose. J’ai lu aussi, entre leurs mots, la tendance à prendre ce qui ne leur appartient pas, leur regard condescendant sur l’autre, surtout l’étranger. J’ai vu, dans leurs non-dits, qu’il se tramait quelque chose de malsain, de profondément mauvais. Mais le mal n’est peut-être pas toujours là où il semble évident. [...] Ma curiosité était piquée et j’ai décidé d’y succomber. Et bien m’en a pris car la dernière donne à ce récit toute sa force. Et toute sa noirceur. Car voyez-vous, mon père, la félonie dépasse bien souvent nos attentes. La vengeance est à l’égale de la souffrance, la métamorphose parfois nécessaire pour lutter contre sa condition et le peu de respect qui est accordé à notre voix. Je conçois que cette lecture m’éloigne en effet du droit chemin religieux, qu’elle invite en effet à une émancipation que l’Église ne doit pas apprécier… mais je me sens non maudite mais plutôt bénie d’en tirer cet enseignement. Il m’aura fallu faire l’effort d’aller jusqu’au bout pour apprécier toute la qualité de ce Maleficium, pour en sortir grandie. Grand bien m’a pris de ne pas lâcher en route.
En bref, Maleficium est le compte-rendu de 8 confessions [...]. Ce n’est qu’au dernier récit que l’autrice nous dévoile toute la puissance de cette histoire, qu’elle pointe du doigt la félonie des hommes et rappelle qu’un point de vue ne fait pas acte de vérité… Surprenant par sa forme narrative, Maleficium est un récit résolument perturbant teinté de body horror et de féminisme, et il ne m’aura pas laissé indifférente.