Les chroniques de l'imaginaire
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Jess Moulson est à la dérive, entre son addiction à l'héroïne et un compagnon toxique. Cela ne l'empêche pas toutefois d'être sensible à la solitude apparente du petit Alex Beech, dix ans, qui habite au-dessus avec ses parents, mais qui passe beaucoup de temps sur l'escalier entre les deux étages : elle lui porte à manger, et lui a donné ses coordonnées, en lui disant de venir la trouver en cas de problème.

Un jour, toutefois, elle se réveille à l'hôpital sans savoir comment elle est arrivée là, ni pourquoi, sans guère de souvenirs quels qu'ils soient, du reste. Elle est dévastée d'apprendre qu'elle est accusée de meurtre. L'appartement où elle vivait avec son compagnon a brûlé, et le petit Alex est mort, intoxiqué dans son lit par les fumées alors qu'il était seul chez lui. Son sentiment de culpabilité suite à cette mort dont tout le monde la dit responsable, ce qui est confirmé lors du procès, au grand dam de son avocat, la porte à entamer une grève de la faim.

Etant donné le battage médiatique qui a été fait autour d'elle, tous les occupants de la prison de Fellside, où elle doit être transférée pour le temps qui lui reste à vivre, ont une opinion à son sujet. A son arrivée, déjà bien affaiblie par la dénutrition, elle est placée à l'infirmerie. Elle y reçoit la visite de ce qu'elle perçoit comme un enfant, un petit fantôme, qu'elle suppose immédiatement être Alex. Elle l'accompagne dans une sorte d'univers parallèle, composé des pensées et des rêves des autres résidents de la prison, en est aidée, et s'engage à l'aider à son tour. En effet, le petit fantôme lui demande de l'aider à identifier deux femmes, l'une qui l'aimait et une autre qui lui a fait du mal ; elle lui promet également de ne pas le quitter. Non sans peine, et quoi qu'il lui en coûte, elle tiendra ses promesses.

Ce roman, qui démarre comme un roman policier, voit assez rapidement l'intervention du fantastique, avec les interrogations sur la nature du petit visiteur de Jess, et sur l'univers auquel tous deux ont accès. L'évolution des personnages est assez lente et graduelle pour être crédible, et que le lecteur ait le temps de s'y attacher, et leur variété est plaisante, au sens où ils sont assez nombreux pour être individualisés, mais pas trop pour noyer le lecteur. Par ailleurs, l'évocation des trafics qui se déroulent dans la prison m'a paru réaliste, ou pour le moins vraisemblable.

Surtout, j'ai trouvé très bien trouvée, et fascinante, la façon dont l'auteur utilise la théorie de Jung sur l'inconscient collectif. Il n'est certes pas le premier à le faire (le nom du regretté Roland C. Wagner vient immédiatement à l'esprit de tout lecteur français), mais cela n'enlève rien à cette réussite.

En somme, une très bonne surprise que ce roman atypique, qui plaira certainement au lecteur curieux en quête d'une histoire flirtant avec plusieurs genres.

Publié le 24 avril 2020