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Heliot - Frankenstein 1918 - Daily Mars
Posté 27 septembre 2018 -

Deux cents ans après la publication du roman éponyme de Mary Wollstonecraft Shelley, Frankenstein fait à nouveau parler de lui. Avec, entre 1818 et notre triste époque, une Première Guerre mondiale qui occupe elle aussi une place centrale dans le roman de Johan Heliot.

Mal engagés dans la Grande Guerre, les Britanniques jouent le tout pour le tout en appliquant les préceptes de Victor Frankenstein. Objectif : créer une troupe de créatures (baptisées « non-nés » et surnommées « frankies », sur le modèle des « tommies ») surmusclées et entraînées à tuer, mais dépourvues de sens de la fatigue, de la douleur, et de sens moral. À la tête de l’opération Frankenstein : Winston Churchill, rien de moins. Il accepte de disparaître de l’Histoire officielle afin de changer la face du conflit mondial.

Churchill n’est évidemment pas le héros de la Seconde Guerre mondiale que nous connaissons, puisque celle-ci n’a pas eu lieu. Ses « mémoires secrets » de la Grande Guerre et de l’opération Frankenstein sont reproduits ici en partie, entremêlés du récit d’Edmond Laroche-Voisin, historien, et de celui de Victor, « descendant » (avec beaucoup de guillemets) tant du savant éponyme que de sa Créature (et rebaptisé ainsi par Churchill en hommage à son illustre « ancêtre »). Cet entrecroisement des fils narratifs fonctionne pleinement, puisqu’il nous permet à la fois d’avancer dans l’histoire et d’en appréhender les dimensions multiples.

Johan Heliot, s’il se fonde sur le roman classiquissime de Mary Wollstonecraft Shelley (même si, en définitive, on en connaît moins le contenu parce qu’on l’a effectivement lu que par le quasi-inconscient collectif associé à la Créature), s’en sert plutôt de tremplin pour plonger dans un bain culturel inédit.

Au cœur de son propos : la Première Guerre mondiale, sa violence, sa misère, mais aussi ses découvertes scientifiques. Marie Curie n’est jamais loin – elle apparaît même très précisément dans le récit, notamment par l’intermédiaire de sa fille Irène, personnage à part entière. La radiation non plus, inscrite comme outil de soin durant la guerre et comme outil de mort ensuite.

Image incarnée de ce conflit, Victor est un combattant surpuissant, créé à partir de plusieurs corps. Traité comme une bête née pour tuer, il doit, dans un premier temps, cacher que sa conscience est éveillée, que ses souvenirs refont surface et qu’il se trouve en capacité de réfléchir. Le matricule qu’il reçoit n’est pas sans évoquer les tatouages des camps de concentration. Ou quand les « gentils » adoptent des manières de « méchants » pour réorienter le cours d’un conflit…

Le chapitre central de ce roman, le plus réussi, s’attache à décrire l’éveil de Victor, de son propre point de vue. Le lecteur est invité à entrer dans sa tête, à écouter le récit de sa conscience. À qui appartient ce cerveau ?, s’interroge Victor. Car tout, en lui, lui semble d’abord étranger – et tout l’est effectivement. Puis sa mémoire lui revient mais il réalise qu’il n’est plus celui qu’il était avant de mourir. Impossible, pour lui, de revenir aux siens. Il a trop changé. Autre façon d’être une victime de la guerre.

Johan Heliot noue des liens très bien vus entre certains éléments connexes. Les gueules cassées mises en parallèle avec les « frankies ». Les enfants qui jouent à la guerre et, une fois « tués », se relèvent pour recommencer à jouer, à comparer aux Créatures qui toujours se relèvent pour combattre, car elles ne ressentent pas la douleur.

Le mutisme de la Créature de Mary Shelley devient ici un simple problème de communication, Victor étant anglophone et Irène Curie francophone. C’est grâce à la radiographie, et donc à Irène, que Victor retrouve pleinement la mémoire (et réalise au passage qu’il sait parler français). Celle qui, d’une certaine façon, vient de lui rendre la vie plus sûrement que toute l’électricité de Churchill, le recrée une seconde fois en lui imposant de ne plus tuer. Un comble, pour une telle machine à détruire sans état d’âme ! Créé, recréé, Victor ne cesse d’évoluer, jusqu’à se transformer en geôlier de Churchill dans les ruines d’une Londres irradiée, plongée dans une éternelle Ère hivernale.

Lorsqu’il rencontre Marie Curie, la mère d’Irène donc, celle-ci semble sonder son cœur aussi sûrement que les radiations pénètrent loin au centre des corps – à l’instar de rayons X naturels. Les Curie mère et fille dessinent une dimension féministe chère à Mary Shelley elle-même, par les questions que ces deux femmes d’exception posent dans un monde dominé par les hommes. Cet aspect clôt d’ailleurs le présent roman, en répondant à une question des plus cruciales : si un monde peuplé de « frankies » stériles est voué à l’extinction, que pourraient des « non-nés » de sexe féminin ? La « régénération », substantif désignant la résurrection d’une personne, leur ôte-t-elle à elles aussi la capacité de procréer ? La réponse est riche et passionnante.

- Vincent Degrez, le 9 septembre 2018. 

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Kay - Enfants de la terre et du ciel - Livrement
Posté 27 septembre 2018 -

Guy Gavriel Kay présente une fantasy sociale en plaçant l’être humain dans un monde instable. Nous découvrons avant tout des histoires personnelles ; de personnes impliquées dans des changements monumentaux. Le tout est non choisi : destins qui se dessinent, certains qui deviennent des héros anonymes, d’autres qui connaissent une fin de vie rapide. On pourrait les qualifier ainsi : des gens ordinaires aux desseins extraordinaires.

Par ce roman polyphonique, nous rencontrons des marchands, dirigeants, commandants, conseillers, fermiers, brigands, capitaines maritimes, espion, archère, prêtresses. Les personnages féminins se révèlent réussis : les femmes sont fortes et puissantes. L’ensemble des personnages est non factice. Ils tentent de survivre en négociant sur les terrains politiques et sociaux.

Les personnages sont élégamment articulés, l’auteur y prend soin. Il est aussi un maître d’angles de vue : certains passages sont vus parfois par plusieurs personnages et relatés en tant que tels. Si ces multiples perspectives peuvent paraitre comme un peu ennuyantes, il faut laisser se dessiner ces destinées interconnectées pour mieux appréhender la dimension qu’elles offrent. Le tout enrichit non seulement l’intrigue générale mais en nourrit des secondaires.

Les enfants de la Terre et du Ciel se déroule vingt-cinq années après l’histoire de La mosaïque de Sarance. Les clins d’œil envers ce récit et celui des Lions d'Al Rassan toutefois discrets ; il n’est pas nécessaire d’avoir lu ces romans pour comprendre celui-ci tant les connexions sont subtiles. Ce territoire est tombé et est devenu Asharias. Les conflits politiques s’étendent entre Senjan et Séresse et plusieurs peuples s’affrontent alors : Asharites (musulmans), Jaddites (chrétiens) et Kindaths (juifs).

L’aspect historique de cette histoire prend naissance dans la situation géopolitique des Balkans au XVe siècle après la chute de Constantinople ; c’est dans ce cadre méditerranéen que se campe le récit. Guy Gavriel Kay s’approprie une époque et inclut une pointe de fantastique comme souvent.

Je me suis peu attachée aux personnages : mon empathie pour eux a moins vibré car j’ai semblé – en tant que lectrice – manquer de temps avec chacun d’entre eux. Les multiples points de vue narratifs m’ont donné une impression discontinue, avec une intrigue plus morcelée. Il faut dire que ce roman souffre de la comparaison avec l’excellent  que j’ai dévoré en mars dernier. Comparé à l’ensemble de la bibliographie de l’auteur, ce roman n’est pas mon préféré. Je reste objective : l’histoire se révèle remarquable en tant que telle.

Guy Gavriel Kay prouve encore une fois ses talents de conteur, en proposant une belle prose mais aussi des moments doux amers. Il tisse d’anciennes histoires où se mêlent l’aventure, les amours, le danger et les guerres. C’est une réflexion tantôt profonde tantôt ironique qui nous amène sur les thématiques de l’héroïsme et de l’honneur, du chagrin et de l’amour.

L’intrigue, ponctuée de beaux instants, démarre lentement pour devenir poignante. Un cinquième du contenu est consacré à la présentation des personnages. L’ensemble se trouve être non étouffant et se lit rapidement. Quelques actions me sont apparues un peu étrangères à l’ensemble, conséquence d’une approche inhabituelle – et forte intéressante – de la part de l’auteur.

L’univers est luxuriant de détails, offre une profondeur que l’on sait nourrie par des recherches poussées et soignées. Les situations de réflexion demeurent le point central du récit et donnent un caractère réel à ces personnages.

 


- Acr0, le 20 septembre 2018. 

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30 ebooks à 4,99e
Posté 10 octobre 2018 -
30 ans de romans, ça se fête !


Du 8 au 21 octobre, (re)découvrez L'Atalante en trente romans emblématiques à 4,99 € en numérique.

Sur Kobo, Feedbooks, 7switch, Emaginaire et partout ailleurs !30ans_complet_1m2.jpg

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Texto, le nouveau roman de Dmitry Glukhovsky
Posté 24 septembre 2018 -


 

À paraître en janvier 2019.

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Frankenstein, toujours !
Posté 08 août 2018 -
Frankenstein : cinq mots pour décrypter la créature de Mary Shelley article de Lloyd Chery dans Le Point POP :
 
« Frankenstein, c'est presque de la hard-science avant l'heure », analyse l'auteur Johan Heliot. « On pourrait dire que ce livre est le père de la science-fiction moderne. Le roman s'interroge sur la nature de la vie et de l'homme, qui sont des questions encore très présentes dans ce genre. » Le spécialiste français des uchronies historiques publie, le 20 septembre prochain, Frankenstein 1918 aux éditions de l'Atalante. Cet excellent récit imagine les recherches de Frankenstein utilisées pour créer des super-soldats dans les tranchées allemandes. Reprenant le même procédé épistolaire de Shelley sous forme de mémoires et rapport de guerre, Heliot met en scène un Winston Churchill traquant, dans une Europe post-apocalyptique, un de ses monstres qui s'est échappé. Originale et efficace, cette uchronie rappelle que l'ouvrage de Shelley inclut plusieurs genres.
 
en librairie le 20 septembre 2018 !
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L'Or du diable, sélectionné pour le prix Utopiales 2018
Posté 26 juillet 2018 -

L'Or du diable d'Andreas Eschbach est sélectionné pour le Prix Utopiales 2018 !

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Manuscrits
Posté 01 février 2018 -

La session de janvier de réception des manuscrits est close. Avec 885 titres reçus, nous avons du pain sur la planche ! C’est pourquoi, si vous souhaitez nous envoyer votre texte, nous vous prions d’attendre que nous ouvrions une nouvelle session – nous l’espérons courant 2018. Cela dépendra du temps que nous prendront le grand nombre de textes reçus. Suivez-nous sur les réseaux sociaux au fil des mois pour plus d’informations.

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Posté 21 janvier 2013 -

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