Avec Les Enfermés, John Scalzi offre un roman à la fois divertissant et intelligent, le tout porté par un style fluide et imagé.

Scalzi - Les enfermés - Au pays des caves trolls
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Une des grandes forces de ce roman est le monde qu’il nous présente, détaillé, riche et très bien construit. L’action se situe dans un futur proche, 25 ans après l’apparition d’un virus inconnu et très dangereux ressemblant au départ à la grippe. Ce virus se répand par l’air et est ainsi hautement contagieux. La pandémie a été terrible et le bilan de plus de quatre cents millions d’hommes et de femmes, avec des pays plus touchés que d’autres. Mais le virus a plusieurs phases et aucun remède n’a été trouvé. On a trouvé comment réduire son expansion mais il est toujours là, une sourde menace au dessus de nos têtes. Parmi les différentes phases du virus, il en existe une terrible qui a frappé un pour cent des victimes: le « syndrome d’Haden » (du nom d’une des premières victimes). Ce syndrome se manifeste par ce que l’on appelle un enfermement de la personne à l’intérieur d’elle-même: elle est consciente, pense normalement mais est incapable de bouger, de parler. Ces personnes sont appelés des enfermés car prisonnières de leur propre corps, ou encore des Hadens.

Le monde a du s’adapter à ces malades, trouver des solutions pour les aider, pour vivre au quotidien. L’évolution des technologies a permis la création d’androïdes qui peuvent être contrôlés à distance par les Hadens. Ceux-ci peuvent ainsi se déplacer, parler et interagir avec le monde extérieur. Les premiers androïdes ressemblant à un robot doré venant d’une lointaine galaxie ont été appelés des Cispés. Le nom est resté depuis. Tout ceci est expliquée dans Une Histoire orale du syndrome d’Haden en détail avec des interviews de personnes clés. On a ainsi des éclaircissements sur l’apparition du virus, les malades, les technologies mises en place, les mesures de santé. C’est très détaillé, intéressant à lire et apporte clairement beaucoup à la perception de l’univers. La construction de monde de John Scalzi pour ce roman est vraiment exceptionnelle.

Les Enfermés est un roman de science-fiction mais pas seulement. Son intrigue peut être rapprochés du policier. Son personnage principal est Chris Shane, agent du FBI tout récemment promu, Haden et enfant d’une des personnalités les plus riches et connues des États-Unis. Chris fait équipe avec Leslie Vann dans une enquête qui ne commence pas facilement, surtout qu’elle implique un intégrateur. Les intégrateurs sont des gens ayant été victimes du virus mais qui s’en sont remis et dont le cerveau a développé la capacité spéciale d’accueillir les Hadens dans leur corps. En gros, les Hadens peuvent se déplacer, ressentir, manger, parler par le biais de cette personne qui reste tout de même consciente pendant ce laps de temps. L’enquête n’est pas aisée car de nombreuses questions liées aux intégrateurs se posent. Elle s’avère passionnante à suivre.

Sous fond d’investigation, John Scalzi aborde de nombreuses problématiques liées à la maladie, au handicap, à comment les personnes différentes sont intégrées et perçues dans le monde. Les politiques d’aides et de soins ne sont pas les mêmes selon les pays, les personnes également. Il est ainsi aussi question d’éthique, de l’impact de l’argent sur la maladie et de nos sociétés modernes. Le roman est très rythmé, l’intrigue prenante, il pourrait presque se lire d’une traite une fois qu’on est pris dedans (la lecture première de Une Histoire orale du syndrome d’Haden aide d’ailleurs à s’immerger plus rapidement). Les personnages sont crédibles, humains et bien construits. On y croit sans soucis. En plus, John Scalzi introduit au travers d’un de ses personnages un jeu et une réflexion sur le genre masculin/féminin, pas forcément si anecdotique que cela.

Les Enfermés est donc un roman qui mélange habilement plusieurs genres: le policier, l’anticipation, la science-fiction avec une touche de cyberpunk. C’est surtout un roman brillamment construit et porté par une grande richesse thématique. Avec Les Enfermés, John Scalzi offre un roman à la fois divertissant et intelligent, le tout porté par un style fluide et imagé. En un mot, une réussite!

Publié le 19 septembre 2019

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