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Suhner - Le Terminateur - A l'ombre des nénuphars
Posté le 30 novembre 2017

Lecteurs pressés, calmez vos ardeurs : ces textes ne se dévorent pas, mais se savourent. Pour chaque nouvelle, il est intéressant de réfléchir à sa structure, de prêter attention aux nombreux détails posant le décor et les personnages, de se laisser emporter aussi par ces descriptions et par ces personnages hauts en couleur. Certaines relèvent de la science-fiction, de l’exploration spatiale ; d’autres sont des textes qui jouent avec le fantastique, dans des ambiances rappelant Edgar Poe ou H.P. Lovecraft. Laurence Suhner excelle à jouer des contrastes, à décrire paysages et sensations, et à transcrire dans ses textes le mouvement et l’harmonie.


J’ai un faible pour les textes se déroulant sur Timkha et TRAPPIST-1, parce qu’ils associent méthode scientifique et poésie musicale et sensorielle ; et j’ai découvert avec plaisir les textes « fantastiques », au charme suranné. Les textes d’introduction ajoutés par Laurence Suhner permettent de comprendre les circonstances de l’écriture, et donnent des informations sur ses projets en cours, ce qui est également très intéressant. Un excellent recueil de nouvelles.

 

- A l'ombre des nénuphars



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Scalzi - Redshirts - Ombre Bones
Posté 17 juillet 2018 -
Redshirts nous raconte l’histoire d’Andrew Dahl et de son groupe d’amis, récemment affectés à bord de l’Intrépide, vaisseau amiral de l’Union Universelle. Rapidement, nos protagonistes se rendent compte que les sans grades, les redshirts (ceux qui portent un uniforme rouge donc) ont tendance à mourir en grand nombre et de manière pas toujours très cohérente. Ils vont donc enquêter, jusqu’à comprendre qu’une force supérieure influe sur leur destin. Une force appelée la Narration.
Je ne savais pas quoi penser de ce livre en lisant la 4e de couverture, si ce n’est que ça m’évoquait le lancement d’un épisode de Star Trek. Ou dans ce cas-ci, une parodie, soit un genre pour lequel je ne nourris que peu d’affection parce que je trouve souvent cela mal fait, mal géré. Dans ce roman, ce n’est pas du tout le cas ! John Scalzi use de l’humour avec habilité, sans jamais que ça ne soit trop lourd. Il maîtrise à fond son sujet et on sent de sa part énormément de bienveillance à l’égard des séries de science-fiction, dont il se moque pourtant dans Redshirts. Plus d’une fois, le lecteur avisé relèvera un clin d’œil à l’une ou l’autre de ses séries favorites là où le lecteur novice en la matière ne se retrouvera pas pour autant perdu. C’est l’avantage avec ce livre: il est destiné à tous, peu importe le degré de connaissance du genre, et dispose de plusieurs niveaux de lecture.
Outre le côté humoristique, ce livre offre aussi une réflexion très pertinente et intéressante sur le statut d’auteur et sur la mise en abyme de nos histoires. Ce n’est pas le premier dans l’histoire littéraire à le faire (les protagonistes du roman le disent eux-mêmes !) mais je trouve qu’il s’en sort vraiment bien dans le traitement de son sujet et dans les questions qu’il amène. Je ne vais pas trop spoiler mais quand on referme ce livre, on ne peut pas s’empêcher de se demander : et si ? Derrière le grotesque de la situation vécue par les protagonistes, John Scalzi traite de sujets un brin plus sérieux, un brin plus philosophiques, et il le fait bien, avec un cynisme et une intelligence redoutable.
J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce roman qui se lit très vite. Ses quelques trois cents pages passent sans qu’on en ait conscience, tant on les tourne avec avidité pour découvrir les prochaines (més)aventures de nos pseudo-héros. John Scalzi possède un style d’écriture qui va à l’essentiel et privilégie l’action ainsi que les dialogues, ce que j’apprécie.

Pour résumer, Redshirts est un livre à lire absolument pour tous les fans de science-fiction et de séries à la Star Trek, un must-read pour réfléchir ce genre d’une autre façon, avec une bonne dose de dérision et un équilibre subtil maîtrisé par un auteur confirmé. J’ai été ravie de me plonger dans cet univers, que je recommande très chaudement !
 
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Scalzi - La controverse de Zara XXIII - espace d'un temps
Posté 13 juin 2018 -

Une réflexion sur l’Autre, drôle et efficace
La controverse de Zara XXIII est un livre de l’auteur américain John Scalzi. [...] Après la grande saga du Vieil homme et la guerre, place aujourd’hui au dernier ouvrage en date, en VF, de Mr Scalzi.
(À noter également qu’il s’agit d’une réécriture d’un livre de H. Beam Piper intitulé Les hommes de poche et publié pour la première fois en 1962.)

La controverse de Zara XXIII
constitue une approche inédite. Scalzi y dénonce sans équivoque les ravages de cet ultra-libéralisme qui mêle profits exorbitants de quelques uns gagnés sur la tonte à ras du peuple (et de l’environnement tant qu’à faire). Ok, rien d’original, même pour une œuvre de SF. C’est même un thème assez récurrent tant les GAFA et autres super-multi-ultra-transnationales semblent particulièrement inspirants pour certains auteurs du moment. À raison, de mon point de vue, on assiste à des dérives qui furent ou sont en passe de se réaliser et ça fait froid dans le dos. C’est d’ailleurs un des gros avantages à lire de la SF: l’anticipation. Mais je digresse, revenons à nos moutons.
Quoi qu’il en soit, rien de nouveau sous le soleil donc. Alors quelle originalité au cas présent ? Tout d’abord, Scalzi habille son propos d’un cadre dépaysant. Nous sommes sur la planète Zara XXIII. Pourquoi ce nom ? Car elle est la propriété de la compagnie minière Zarathoustra (un nom de circonstance bien trouvé d’ailleurs). Elle y exploite des gisements sous l’œil attentif de la branche Colonie des Nations unies (l’organe régulateur distant et qui ne semble pas avoir de pouvoir particulier sur la compagnie toute puissante). Tous les poncifs y passent : exploitants – exploités par la compagnie, arrangements avec les directives légales, dégradation de l’environnement, etc.
Nous suivons l’un d’entre eux, Jack Holloway, qui exploite quelques gisements perdus dans la jungle. Lui et son chien Carl vivotent ainsi en espérant tomber sur le filon qui les rendra riche (et encore plus la compagnie, vous m’avez compris :)) Et boom, cela se produit, Jack tombe sur un énorme gisement lui garantissant de pouvoir vivre jusqu’à la fin de ses jours sereinement. Entretemps, il a pu faire la connaissance d’une espèce endogène qu’il nomme affectueusement les Toudous. Les Toudous ressemblent à des chats, ils sont joueurs, espiègles, attentionnés. Après un rapide apprivoisement, ceux – ci vont et viennent à loisir dans la cabane du prospecteur. Une relation s’installe entre Jack, Carl et son chien. C’est peut – être la partie que j’ai le moins apprécié du roman…
En vue de la protection des espèces intelligentes du cosmos, les règles sont simples et contraignantes : chaque cas de suspicion d’intelligence découvert sur une planète quelconque doit faire l’objet d’une étude pendant laquelle toute exploitation doit être formellement suspendue. et s’il est convenu de l’intelligence intrinsèque d’une espèce, l’intervention humaine est stoppée nette et la planète reçoit un statut protecteur.


Évocation de la controverse de Valladolid

La principale réflexion du livre s’axe sur cette question : les Toudous sont – ils une espèce intelligente (selon des critères anthropocentriques) ? Si oui, à quel degré ? La réponse vaut littéralement des milliards car on comprend très vite que pour la compagnie il est hors de question que la réponse soit affirmative. Cette question centrale fait directement écho à la controverse historique de Valladolid. Elle naquit au XVI e siècle en Espagne sous l’impulsion de Charles Quint et opposa des théologiens. Ils s’affrontèrent sur le traitement juridique à accorder aux amérindiens en pleine colonisation des Amériques (entendez pillage généralisé^^). Certains estimaient les autochtones comme des barbares sanguinaires et illettrés qu’il fallait mettre au pas et éduquer façon “indécrottable pêcheur”. D’autres estimaient au contraire les Amérindiens comme une civilisation à part entière avec ses us et coutumes, quand bien même celles – ci heurtaient la sensibilité des plus jésuites d’entre eux. Le débat ne fut jamais vraiment tranché et quand on connaît le sort qui fut réservé aux autochtones on aurait plutôt tendance à croire que les intérêts économiques des couronnes européennes furent déterminants.
Le parallèle avec la controverse de Zara XXIII est net, au-delà même du titre : la compagnie Zarathoustra a tout intérêt à prouver la non intelligence des Toudous afin de s’enrichir encore un peu plus en pillant la planète qui les abritent.


Le débat juridique

Toute la première partie du livre concerne la découverte des Toudous, fortuite et sans incidence au départ, tandis que la deuxième partie va voir les conséquences de la découverte du filon de Jack sur ces Toudous. Un tribunal est institué afin de déterminer l’intelligence ou non des Toudous. Vont s’opposer Jack, qui prend un relief très intéressant loin de l’archétype du prospecteur avide de richesse et les représentants de la compagnie. Juste avant et pendant une partie du jugement on est témoin des tractations en coulisse où on s’aperçoit que la compagnie ne recule devant rien. C’est la partie du récit que j’ai trouvé particulièrement drôle, Scalzi use avec intelligence d’un humour qu’on lui reconnaît volontiers et le résultat est vraiment bon. Je le disais, les motivations de jack semblent évidentes au premier abord puis beaucoup plus floues à mesure que le récit avance, au grand dam de la compagnie d’ailleurs. Sa personnalité est intéressante, on est loin d’un être manichéen, il a des mauvais côtés, comme tout le monde. Et c’est un des aspects fondamental du livre : la notion de bien ou de mal n’est pas nécessairement portée par des gens unirelief; parfois, de mauvaises personnes prennent de meilleures décisions que les plus vertueux, en principe.

Les débats juridiques sont intenses et des rebondissements se pointent à bon escient. On se plaît à lire les argumentaires des uns et des autres et on s’imagine lever la main intérieurement et crier “objection !” Jack et ses aidants (son ex petite amie notamment, la biologiste de la compagnie) vont s’employer à démontrer l’intelligence des Toudous. j’ai omis un point central : Jack est un ancien avocat de profession, il connaît particulièrement bien le droit et des parallèles avec son passé sont régulièrement évoqués… Ensuite, un élément crucial qui caractérise généralement une espèce intelligente viendra à point nommé, même s’il est vrai qu’on peut le deviner avant ça. Je ne vous dis rien du final mais c’est vraiment excellent.


Style, forme, narration

L’écriture de J. Scalzi est, là aussi, terriblement efficace. Il va droit au but, on ne passe pas de circonvolutions en métaphores abstraites. C’est sans doute le traitement humoristique qui veut ça. Les personnages sont attachants (même les Toudous) alors même que certains passages m’ont un peu ennuyés (la relation des Toudous avec Jack et son chien au début du livre). Jack et ceux qui l’accompagnent prennent également conscience des enjeux quand on s’attaque à un mastodonte financier (qui gère de fait toute la planète). L’auteur mêle adroitement les relations qu’ils entretiennent avec l’intrigue principale (puisque, par exemple, Isabel, son ex petite amie est la biologiste de la compagnie). Sa profession et sa relation avec Jack la met dans une situation compliquée… Les dialogues à couteaux tirés entre Jack et son n+1 sont aussi très drôles et non dénués d’intérêt pour le dénouement final.


En conclusion

On reste sur du classique pour John Scalzi: le traitement d’une thématique complexe à la croisée de l’histoire et du droit, de la morale et de l’éthique avec un style humoristique excellent. Si quelques longueurs sont à déplorer, il n’en demeure pas moins que La controverse de Zara XXIII est un excellent bouquin que je vous recommande chaudement. Tout cela m’a clairement donné envie de lire le livre de H. Beam Piper qui a inspiré Scalzi, Les hommes de poche

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