L'atalante éditions
Accueil | Espace pro
Retour sur le site grand public
  • REVUE DE PRESSE

Suhner - Le Terminateur - A l'ombre des nénuphars
Posté le 30 novembre 2017

Lecteurs pressés, calmez vos ardeurs : ces textes ne se dévorent pas, mais se savourent. Pour chaque nouvelle, il est intéressant de réfléchir à sa structure, de prêter attention aux nombreux détails posant le décor et les personnages, de se laisser emporter aussi par ces descriptions et par ces personnages hauts en couleur. Certaines relèvent de la science-fiction, de l’exploration spatiale ; d’autres sont des textes qui jouent avec le fantastique, dans des ambiances rappelant Edgar Poe ou H.P. Lovecraft. Laurence Suhner excelle à jouer des contrastes, à décrire paysages et sensations, et à transcrire dans ses textes le mouvement et l’harmonie.


J’ai un faible pour les textes se déroulant sur Timkha et TRAPPIST-1, parce qu’ils associent méthode scientifique et poésie musicale et sensorielle ; et j’ai découvert avec plaisir les textes « fantastiques », au charme suranné. Les textes d’introduction ajoutés par Laurence Suhner permettent de comprendre les circonstances de l’écriture, et donnent des informations sur ses projets en cours, ce qui est également très intéressant. Un excellent recueil de nouvelles.

 

- A l'ombre des nénuphars



  • Newsletter
        Inscription newsletter
  • Revue de presse
+
Heliot - Frankenstein - Livresque78
Posté 15 octobre 2018 -

La guerre 14-18 racontée et fantasmée par Johan Heliot est surprenante. L’auteur mêle faits réels et imagination débordante, tout en faisant un bel hommage à l’auteure de Frankenstein, Mary Shelley.

Sous forme de journaux intimes, de récits recueillis par Edmond Laroche-Voisin, un professeur des facultés de Paris et Berlin, nous est racontée l’histoire de Wiston Churchill pendant cette guerre si meurtrière. Ce dernier décida de s’inspirer des travaux du professeur Frankenstein, afin de créer une armée de « morts-vivants » pouvant épargner la vie des soldats Britannique en combattant sur le front à leur place.

Un récit passionnant dont la partie, pour moi, la plus addictive et troublante est bien entendu, la narration des événements faite par Victor, ce jeune homme né une seconde fois dans le laboratoire de Wiston Churchill. Victor est différent et nous le suivons ici dans son combat pour les siens  » les non nés », comme il les appelle. Derrière toute cette histoire, une réflexion, sur la condition de l’homme, son engagement envers les siens.

Un savant mélange de fiction, d’histoire, de politique. Un livre qui se lit comme un journal intime, comme un secret, une découverte, où se mêle personnages histoires et personnages de fiction.

-  Livresque78, le 05 octobre 2018.


+
Leboulanger - Malboire - Les lectures de Sophie
Posté 12 octobre 2018 -

Ce roman est à la fois très malaisant et plein d’espoir… Mais surtout, ce livre est plein de poésie. Camille Leboulanger a une plume rare et belle. Les phrases sont ciselées, chaque mot trouve sa place et son sens de manière évidente.

J’avais découvert ce jeune auteur dans un style différent avec Bertram le Balladin il y a quelques mois. Son thème alors était l’absence de papier et donc d’écriture, compensée par la musique. Ici aussi, l’écriture est très peu présente. L’urgence de la survie a éloigné le besoin d’apprendre à lire et écrire. Traité de manière tout à fait différente, le pouvoir des mots reste central dans ce livre.

Au début de l’histoire, Zizare, qui ne porte pas encore de nom, erre dans la Malboire. C’est quand il est sorti de la boue par Arsen qu’il commence à apprendre les mots, et à les poser sur ce qu’il vit et ce qu’il a vécu. Au départ, son vocabulaire tourne autour de la Malboire et de l’eau, élément vital s’il en est, mais qui a disparu de la surface de la planète au profit de cette boue toxique nommée Malboire. A force de vouloir toujours plus de tout, l’Homme a par le biais des pesticides réussit a tuer l’eau potable. Il ne reste que la pluie. C’est du moins ce que croient les survivants. Sauf un, Arsen, qui est persuadé qu’il reste de l’eau sous la Malboire. Certitude qu’il a transmise à Zizare. Ensemble, ils vont forer la terre, sans jamais perdre espoir, et pendant ce temps, Arsen va transmettre a Zizare ce qu’il sait du Vieux Temps, et surtout lui apprendre les mots. C’est ce qui lui permet de nous transmettre cette histoire.

Plus il avance dans son récit, plus son vocabulaire s’étoffe. Chaque nouvelle découverte dans son road-trip amène la découverte ou la création de nouveaux mots. Un certain nombre de néologismes font d’ailleurs leur apparition dans le récit, car Zizare se trouve face à des éléments et des concepts qui lui sont inconnus. Et pour comprendre et assimiler ces nouveautés, il lui faut les nommer.

Cette histoire qui se situe dans un futur terriblement plausible pour notre planète. Le manque d’eau potable sera un enjeu crucial des décennies à venir. Camille Leboulanger nous livre ici une version cruelle de ce futur, où les grands groupes chimiques ont gagné et on tué la terre et l’eau. C’est une version de notre futur tellement plausible qu’elle en est effrayante. Comme le dit l’éditeur, ce roman se lit au futur antérieur. On a à fois l’impression que ces événements sont loin de nous, mais qu’ils ont en même temps un côté inéluctable.

L’auteur nous livre ici un cri d’alarme, mais surtout une fable écologique pleine de poésie et d’espoir, malgré les erreurs humaines. Une quête de l’eau, de la vie, du renouveau, au travers des mots. Le langage et la compréhension du monde qui nous entoure sera notre salut. Tant que nous ne comprendrons pas, ou n’admettrons pas l’urgence de la situation, nous risquerons de nous trouver un jour, nous ou nos descendants, confrontés à la Malboire.

Ce roman a été un coup de cœur pour plusieurs raisons, la première étant l’incroyable plume de Camille Leboulanger, et son amour des mots qui transpire de son texte. La deuxième est que ce texte nous donne une possibilité de plus d’ouvrir les yeux, et d’éviter, peut-être, s’il n’est pas trop tard, la catastrophe écologique qui nous fonce dessus.

Ce livre a été publié dans la collection La dentelle du Cygne, et c’est vraiment de la dentelle. Camille Leboulanger est un auteur à suivre. A même pas trente ans, c’est son troisième roman publié, sans compter quelques nouvelles dans des anthologies, et j’ai bien l’intention de découvrir son premier texte, que je n’ai pas encore lu, et qui semble lui traiter de l’absence de nuit, paru aussi chez L’Atalante.

- Sophie, le 04 octobre 2018. 

revue