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Dunyach - L'enfer du troll - eMaginarock
Posté le 13 octobre 2017

J’ai tout de suite été attirée par la couverture, mais c’est bien en parcourant le récit que je me suis aperçue de tout le génie de l’illustrateur qui a su insérer de multiples détails porteurs de sens une fois que vous aurez savouré cette histoire aussi déjantée que drôle.

Car, disons-le tout de suite, comme la quatrième de couverture le laissait présager, l’auteur nous livre ici un récit où le rire et l’humour sont omniprésents pour vous faire passer un moment de lecture aussi léger que plaisant. Nous rencontrons ainsi un troll et sa trollesse missionnés pour remplir une mission aussi importante que mystérieuse. Déprimé à la suite de la perte de son précédent travail, notre troll n’est pas très enthousiaste au départ, mais il finit par suivre sa dulcinée dans une aventure épique où se côtoieront des mages, un elfe mystérieux et peu avenant, des nécromants, des zombies ou encore des créatures aux dents longues tout aussi terrifiantes appelées consultants… et même un stagiaire, une denrée taillable et corvéable à merci toujours bien utile pour effectuer la basse besogne. Oui, monde fantasy ou non, un stagiaire reste un stagiaire !

Difficile de ne pas garder le sourire aux lèvres de la première à la dernière ligne même en y mettant de la plus mauvaise volonté, et a fortiori si vous avez déjà été confrontés au monde de l’entreprise, à ses dérives et à son plus grand fléau, les méthodes de management actuelles aussi imaginatives qu’absurdes que l’auteur tourne allègrement en dérision. En appliquant les codes de l’entreprise, poussés à leur paroxysme, à un monde imaginaire, l’auteur nous offre ainsi une critique mordante de l’univers du travail tout en créant un comique de situation tordant. Je pense d’ailleurs que c’est la première fois que je vois des choses ordinaires issues de notre réalité rendre l’extraordinaire et un monde imaginaire aussi terrifiant. C’est trollement bien trouvé !

Bienvenue donc dans une ère où les directives managériales sont devenues tellement absconses qu’elles en sont vidées de leur substance, où les beaux principes ne résistent pas à l’épreuve du terrain, où les chevaliers sont démotivés devant la perte de la sécurité de l’emploi et ont besoin de stages de motivation pour avoir une « approche plus client », où les « jeunes » désavouent le système de progression par ancienneté, où les salariés veulent, les impudents, croire en ce qu’ils font, où fuir signifie déléguer, et où manager équivaut à brasser du vent…

Heureusement que notre troll, qui officiellement seconde sa chère et tendre dans cette mission, vierge de toute doctrine managériale et à l’esprit pratico-pratique est là pour remettre de l’ordre ou plutôt du désordre dans ce beau bazar. Et ce n’est pas une mince affaire si l’on considère qu’il est aux prises avec une mission aux contours flous et opaques puisqu’émanant du management et qu’il doit en plus faire face à la disparition de l’ami d’un ami ou du moins, d’un humain qu’il apprécie, à la gestion d’un stagiaire plein d’une horreur appelée enthousiasme et qui en plus fricote avec un elfe fourbe et vicieux, à la gestion d’une épouse autoritaire qui aurait toute sa place à la tête d’une dictature stalinienne… Non, il n’y a pas à dire, c’est vraiment l’enfer d’être un troll !

Heureusement que l’enfer est pavé de bonnes intentions ou plutôt d’une trollesse qui n’a pas la pierre dans sa poche et qui seconde d’une main de maître son cher et tendre. A l’inverse de l’autre couple du roman qui ferait le bonheur de n’importe quel thérapeute, nos deux trolls sont complémentaires et tirent de leur relation, la force de mener à bien leur mission contre vents et marées voire contre tsunamis, les relations intimes entre nos deux protagonistes créant quelques remous… L’intervention de la trollesse est d’autant plus intéressante qu’elle permet de contrebalancer l’image désastreuse que renvoie l’autre protagoniste féminin fort du roman à mi-chemin entre la mégère et la féministe hystérique.

Enfin, je suis peu coutumière des récits de fantasy, encore moins humoristiques, mais j’ai été complètement conquise par le style de l’auteur et sa plume très visuelle qui vous plonge tout droit dans le feu de l’action. Assez court, le roman ne souffre ainsi d’aucun temps mort et vous plonge dans une aventure rythmée par l’humour. D’ailleurs, que dire de tous ces jeux de mots truculents qui ne sont pas sans faire penser à du Audiard et de ces détournements d’expressions qui vous feront avaler votre dentier si d’aventure vous en portiez un. Pour ma part, je sens que certaines répliques vont devenir cultes. L’auteur égratigne également au passage, bien que plus sommairement, certains des travers de notre société actuelle comme la course effrénée à la technologie ou encore le narcissisme galopant qu’elle entraîne (des amateurs de selfies dans la salle ?).

En conclusion, en appliquant les codes du travail à un univers de fantasy, l’auteur nous offre une satire savoureuse du monde professionnel voire de toute institution où un système hiérarchique entre en jeu. Si vous aimez les histoires loufoques et drôles, vous ne pourrez qu’adorer la manière dont il se plaît à jouer avec les mots et les principes régissant nos entreprises. Si on ajoute à cela sa faculté à vous plonger dans des situations tellement absurdes et idiotes qu’elles en deviendraient presque plausibles, on obtient un petit concentré d’humour et de bonne humeur. A lire et à offrir à son manager, enfin s’il a de l’humour, la maison déclinant toute responsabilité face à un petit différend hiérarchique.

Gri-gri lit, eMaginarock 



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Suhner - Le Terminateur - A l'ombre des nénuphars
Posté 30 novembre 2017 -

Lecteurs pressés, calmez vos ardeurs : ces textes ne se dévorent pas, mais se savourent. Pour chaque nouvelle, il est intéressant de réfléchir à sa structure, de prêter attention aux nombreux détails posant le décor et les personnages, de se laisser emporter aussi par ces descriptions et par ces personnages hauts en couleur. Certaines relèvent de la science-fiction, de l’exploration spatiale ; d’autres sont des textes qui jouent avec le fantastique, dans des ambiances rappelant Edgar Poe ou H.P. Lovecraft. Laurence Suhner excelle à jouer des contrastes, à décrire paysages et sensations, et à transcrire dans ses textes le mouvement et l’harmonie.


J’ai un faible pour les textes se déroulant sur Timkha et TRAPPIST-1, parce qu’ils associent méthode scientifique et poésie musicale et sensorielle ; et j’ai découvert avec plaisir les textes « fantastiques », au charme suranné. Les textes d’introduction ajoutés par Laurence Suhner permettent de comprendre les circonstances de l’écriture, et donnent des informations sur ses projets en cours, ce qui est également très intéressant. Un excellent recueil de nouvelles.

 

- A l'ombre des nénuphars

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Paquet - Faux-semblance - Les lectures de Xapur
Posté 29 novembre 2017 -

Quatre textes très différents, donc, sont au sommaire de ce recueil.

Synesthésie raconte le contact entre deux individus, le gouverneur humain d’une petite planète et une émissaire alien, dans une ambiance tendue, sur fond de guerre galactique. La raison de leur rencontre ? Une Porte de voyage interstellaire que les humains utilisent et que les aliens convoitent. Mais cette Porte est pilotée par une IA qui fonctionne de façon très inhabituelle, sur les liens entre les passagers, leurs émotions et les images suscitées par les odeurs. Étrange et original. La nouvelle a été couronnée par le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002.

Rudyard Kipling 2210 transpose une partie de l’histoire du célèbre écrivain sur un champ de bataille du futur, où s’affrontent humains et aliens. Le héros, ancien général, recherche les corps des soldats tombés au combat pour les identifier et leur offrir une sépulture. L’arrivée d’une jeune femme qui cherche son mari va lui faire repenser à son passé, affronter ses propres douleurs et aller vers autre chose. Un texte intéressant même si les réactions de certains personnages, comme celles de la jeune femme, sont un peu étranges (trop théâtrales ou choquantes ?).

Cauchemar d’enfants : en prenant au pied de la lettre l’expression « les enfants font la loi », l’auteur imagine un monde où les gosses règnent, choyés par leurs parents obligés par le gouvernement de les couvrir de cadeaux et d’obéir à leurs quatre volontés. Dans ce contexte, un inspecteur de police adulte, dirigé par son capitaine de… 14 ans, enquête sur du marché noir, de la revente de jouets que certains « vieux » pratiquent pour se payer sorties et distractions autrement fort limitées. Un univers qui frôle l’absurde en renversant les rôles et en les poussant au paroxysme, dans un climat de délation, de paranoïa et d’immaturité qui est original et inquiétant.

Une fille aux pieds nus est la nouvelle inédite du recueil. Suite à un tsunami au Japon, la jeune Hikaru erre au milieu des décombres. Elle y croise des gens désespérés, hébétés, perdus, des scènes de chaos indescriptible. Avec un point commun, les disparus, les familles disjointes. Ce qui lui évoque ses souvenirs et ses sentiments envers son père qu’elle n’appréciait guère et qui finit par lui manquer. Un récit émouvant, bien ancré dans la culture japonaise que l’auteur affectionne et comprenant une belle touche de fantastique.

Quatre textes différents et autonomes, que j’ai trouvé réussis et émouvants, originaux et faisant réfléchir. Une belle découverte.

A noter une belle couverture signée Aurélien Police, une préface érudite de Xavier Mauméjean et enfin un texte de quatrième de couv’ de Jean-Claude Dunyach, le tout dans un bel objet livre avec couverture à rabats et papier de qualité, pas mal, non ?

- Xapur, le 29/11/17 

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