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Colin - Or Not To Be - Marcinkowski
Posté le 13 octobre 2017

Fort d'une dizaine d'ouvrages et de plusieurs prix (Ozone 1999, Bob Morane 2000, Grand prix de l'imaginaire 2000), Fabrice Colin est un pasionné de cette Albion des temps jadis et nombre de ses romans a pour décor la cité londonienne. Or not to be ne déroge pas et nous entraîne dans l'univers shakespearien.

La tragédie prend forme. Au lieu de déferler victorieuse et paroxystique, elle s'insinue progressivement, page après page, ligne après ligne. Tout débute avec ce jeune homme, Vitus Amleth de Saint-Ange, interné à Elisnear Manor, établissement pour malades mentaux fortunés, pour un cas d'obsession shakespearienne. Nous sommes au début du siècle et le grand docteur Freud fait des émules de part l'Europe. Vitus est soigné par Thomas Jenkins pour amnésie volontaire consécutive à un chox émotionnel. Mais le décès de sa mère Mary l'amène à quitter Elisnear. Pour Vitus l'agnostique, c'est l'occasion de rapiécer les lambeaux de vie épars, de comprendre sa névrose ou du moins de mieux la vivre. La plongée dans son enfance force l'oublieuse mémoire à faire à nouveau son travail. Il se souvient de la relation fusionnelle avec sa mère, de la rivalité avec les nombreux amants de Mary, de son oncle, de Samuel Bodoth et de la visite des Midlands où lui fut ouvert, par le biais de la rencontre avec l'excentrique et cultivé Henry Hudson, la forêt. Dès lors, qui de Vitus ou de William rencontre Pan, dieu d'une Arcadie mythique, non loin des vestiges d'un ancien temple roman par un après-midi pluvieux ? Théophanie salvatrice, elle procure à Vitus le moyen de s'immerger dans le rée et, tel le barde de Stratford, de composer une Tragédie fantôme, exutoire précieux d'une âme en quête d'absolu. Le temps du renouveau a peut-être sonné pour Vitus qui voue un amour platonique à Anna, rencontrée à la Grammar School de Stratford en 1915.

Dans une atmosphère de surnaturel et d'initiation rédemptrice s'entrecroisent les histoires de Vitus Amleth adulte, de Vitus enfant, de William Shakespeare. Livre au lyrisme appuyé, à l'écriture tempétueuse, on semble saisi par la mélancolie, cette maladie de l'âme qui transforme et noircit ce qu'elle atteint. Apparence seulement car fabrice Colin ne manque jamais une occasion de rappeler la fragilité de la vie, sa beauté aussi, dans une orchestration de deux forces pulsionnelles, Eros et Thanatos. En aède de la poésie pastorale, Colin célèbre le temps, les saisons, les senteurs, les bonheurs sylvestres d'autrefois et ses échos païens. Il aime les mots, s'enivre de leur sens et de leur portée, les anime dans une sarabande au son de la syrinx de Pan, les fait gambader sur les sentes de Fayrwood.

Il y a un aspect de Fabrice Colin qui transparaît : le souffle brûlant d'un poète vibrant des fibres de son talent. "Tu t'en es allé seulement pour revenir sous les applaudissements."

 

A. Marcinkowski 



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Suhner - Le Terminateur - A l'ombre des nénuphars
Posté 30 novembre 2017 -

Lecteurs pressés, calmez vos ardeurs : ces textes ne se dévorent pas, mais se savourent. Pour chaque nouvelle, il est intéressant de réfléchir à sa structure, de prêter attention aux nombreux détails posant le décor et les personnages, de se laisser emporter aussi par ces descriptions et par ces personnages hauts en couleur. Certaines relèvent de la science-fiction, de l’exploration spatiale ; d’autres sont des textes qui jouent avec le fantastique, dans des ambiances rappelant Edgar Poe ou H.P. Lovecraft. Laurence Suhner excelle à jouer des contrastes, à décrire paysages et sensations, et à transcrire dans ses textes le mouvement et l’harmonie.


J’ai un faible pour les textes se déroulant sur Timkha et TRAPPIST-1, parce qu’ils associent méthode scientifique et poésie musicale et sensorielle ; et j’ai découvert avec plaisir les textes « fantastiques », au charme suranné. Les textes d’introduction ajoutés par Laurence Suhner permettent de comprendre les circonstances de l’écriture, et donnent des informations sur ses projets en cours, ce qui est également très intéressant. Un excellent recueil de nouvelles.

 

- A l'ombre des nénuphars

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Paquet - Faux-semblance - Les lectures de Xapur
Posté 29 novembre 2017 -

Quatre textes très différents, donc, sont au sommaire de ce recueil.

Synesthésie raconte le contact entre deux individus, le gouverneur humain d’une petite planète et une émissaire alien, dans une ambiance tendue, sur fond de guerre galactique. La raison de leur rencontre ? Une Porte de voyage interstellaire que les humains utilisent et que les aliens convoitent. Mais cette Porte est pilotée par une IA qui fonctionne de façon très inhabituelle, sur les liens entre les passagers, leurs émotions et les images suscitées par les odeurs. Étrange et original. La nouvelle a été couronnée par le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002.

Rudyard Kipling 2210 transpose une partie de l’histoire du célèbre écrivain sur un champ de bataille du futur, où s’affrontent humains et aliens. Le héros, ancien général, recherche les corps des soldats tombés au combat pour les identifier et leur offrir une sépulture. L’arrivée d’une jeune femme qui cherche son mari va lui faire repenser à son passé, affronter ses propres douleurs et aller vers autre chose. Un texte intéressant même si les réactions de certains personnages, comme celles de la jeune femme, sont un peu étranges (trop théâtrales ou choquantes ?).

Cauchemar d’enfants : en prenant au pied de la lettre l’expression « les enfants font la loi », l’auteur imagine un monde où les gosses règnent, choyés par leurs parents obligés par le gouvernement de les couvrir de cadeaux et d’obéir à leurs quatre volontés. Dans ce contexte, un inspecteur de police adulte, dirigé par son capitaine de… 14 ans, enquête sur du marché noir, de la revente de jouets que certains « vieux » pratiquent pour se payer sorties et distractions autrement fort limitées. Un univers qui frôle l’absurde en renversant les rôles et en les poussant au paroxysme, dans un climat de délation, de paranoïa et d’immaturité qui est original et inquiétant.

Une fille aux pieds nus est la nouvelle inédite du recueil. Suite à un tsunami au Japon, la jeune Hikaru erre au milieu des décombres. Elle y croise des gens désespérés, hébétés, perdus, des scènes de chaos indescriptible. Avec un point commun, les disparus, les familles disjointes. Ce qui lui évoque ses souvenirs et ses sentiments envers son père qu’elle n’appréciait guère et qui finit par lui manquer. Un récit émouvant, bien ancré dans la culture japonaise que l’auteur affectionne et comprenant une belle touche de fantastique.

Quatre textes différents et autonomes, que j’ai trouvé réussis et émouvants, originaux et faisant réfléchir. Une belle découverte.

A noter une belle couverture signée Aurélien Police, une préface érudite de Xavier Mauméjean et enfin un texte de quatrième de couv’ de Jean-Claude Dunyach, le tout dans un bel objet livre avec couverture à rabats et papier de qualité, pas mal, non ?

- Xapur, le 29/11/17 

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