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Chambers - Libration - Lalibrairiefantastique
Posté le 02 novembre 2017

J'ai découvert Becky Chambers avec L'espace d'un an, aussi paru aux éditions L'Atalante l'année dernière. J'avais refermé L'espace d'un an en me disant que ses personnages hauts en couleur, plein d'humanité et son univers riche et fascinant allaient terriblement me manquer.

Libration est le deuxième roman de l'univers de Becky Chambers. On y retrouve l'un des personnages secondaires intervenant dans le premier opus (Poivre), qui nous dévoile ses origines et son histoire.

L'univers de Becky Chambers, c'est une Union Galactique (l'U.G) composée de différentes races extraterrestres (les Intells) dont l'humain est l'un des derniers ressortissants - et l'un des moins évolués. Au fil des romans, on comprend que l'humanité à rendu la Terre inhabitable, n'a survécu que grâce à la colonisation et habite désormais sur Mars ainsi que sur d'autres planètes extraterrestres où les différentes races cohabitent en paix. Une paix issue de nombreuses guerres dévastatrices entre les Aandrisk, les Aeluons, les Grums ou encore les Harmagiens.

C'est certainement la découverte des moeurs et de l'histoire des différentes races intelligentes qui peuplent l'espace qui rend les oeuvres de Becky Chambers aussi fascinantes : lorsqu'elle nous parle des guerriers Aeluons, race humanoïde qui n'a pas de cordes vocales et qui communique à travers les différentes couleurs qui pigmentent leurs joues, ou bien des reptiles Aandrisk et de leur plumes chatoyantes qui ont une vision étonnante et complexe de la famille, desHarmagiens aux nombreuses tentacules qui trouvent les êtres humains particulièrement laids, ou encore du peuple Sianat dont certains vivent en symbiose avec des parasites leur permettant de devenir les meilleurs scientifiques et explorateurs de l'espace (et réduisant considérablement leur espérance de vie).

Si Libration est en lien direct avec L'espace d'un an, les deux peuvent tout de même se lire indépendamment - même si je conseille de commencer par le premier paru pour une meilleure compréhension de l'univers. 

Libration raconte l'amitié qui va lier Poivre, une jeune humaine mordue de tech au passé tourmenté et de Sidra, une intelligence artificielle qui se trouve transféré illégalement dans un corps biologique et qui lutte pour trouver sa place entre l'univers robotique et l'univers des Intells.

Becky Chambers aborde différents thèmes que l'on retrouve actuellement beaucoup dans la SF (et même dans l'actualité !) mais à sa sauce ; des intelligences artificielles qui luttent pour trouver une place dans un monde d'Intells où ils ne sont pas reconnus, le rapport au genre via le sexe des Aeluons, les rapports sociaux entre chaque espèce et les liens qui se tissent à travers la mixité des races et des classes sociales, le clonage et son éthique, l'eugénisme et ses dérives... etc. Elle explore le rapport des humains avec les modifications génétiques par le biais des origines de Poivre et de son compagnon Bleu : Poivre était utilisée pour des usines de triage de tech dès la naissance, et Bleu a été abandonné par sa famille à cause d'un handicap alors qu'il devait être parfait. 

Vraiment, l'auteur réussit encore avec son deuxième roman un tour de force. Ses livres ne sont jamais violents, ce ne sont pas des space-opéra qui décrivent de longues batailles spatiales, ni des enquêtes scientifiques jalonnées de meurtres et disparitions mystérieuses et de théories complexes, c'est plutôt la cohabitation dans l'univers d'espèces différentes et des liens qui se tissent entre eux. Tous les personnages de Becky Chambers sont réellement attachants et intéressants. Ce sont souvent des marginaux dans leur propre monde, soit parce qu'ils ont des façon de vivre considérée comme déviantes dans leur culture, ou des handicaps impardonnables par leur propre peuple, ou un passé empreint traumatisant qui les a poussé à s'éloigner de leur foyer d'origine. Ces blessures, ces différences, les rendent d'autant plus aimables, car ce sont des personnages qui possèdent en conséquence une grande ouverture d'esprit et une nature profondément généreuse.

L'espace d'un an et Libration pourraient être ce qu'on appelle des Feel good books, on en sort la tête farcie de bons sentiments et, diantre !, ce que ça fait du bien ! Enfin un roman de science-fiction avec des extraterrestres travaillés et originaux (tant au niveau de leur histoire que de leur description physique, ça change des bébêtes à la Alien ou des petits bonshommes verts) et qui ne sont pas les méchants de l'histoire !

Enfin un univers où l'on sort de sa lecture avec des étoiles plein les yeux et l'envie de visiter toutes ces incroyables planètes - qu'elles soient arides, plongées dans la nuit, glaciales ou densément peuplées - et de découvrir l'histoires et la culture de tous ces différents peuples.

Libration, comme L'espace d'un an, bouscule et marque profondément. Becky Chambers sait parfaitement mener sa narration, elle arrive à alterner ses descriptions et découvertes de folklores et cultures avec des chapitres pleins de suspense. Elle sait faire monter la pression mais n'en fait jamais trop. Certains s'attendront peut-être d'ailleurs à plus d'action, mais les romans de Becky Chambers ne sont pas des des page-turner américains où les péripéties s'enchaînent à un rythme effréné, au contraire l'auteur n'hésite pas à nous plonger dans le quotidien de ses personnages, leurs petites joies et leurs routines apaisantes. Pour autant je ne me suis jamais ennuyée, car ces moments plus contemplatifs apportent toujours quelque chose.
Ce sont des romans qui utilisent parfaitement la science-fiction pour être les vecteurs de messages qui me semblent aujourd'hui essentiels.

Et que dire des dialogues de Becky Chambers ! Ses personnages ont certes une histoire passionnante, mais ce sont les dialogues très spontanés qui soutiennent aussi le roman. Ils représentent bien la liberté et la joie de vivre qui animent ses personnages.  L'écriture de Chambers n'est pas riche et soutenue, elle utilise un langage familier naturel, instinctif, qui nous rapproche encore plus des personnages. Elle m'a fait rire de nombreuses fois grâce à sa plume, qui passe aisément du mélodrame à l'humour. J'apprécie aussi beaucoup l'utilisation du "iel" pour le rapport au genre. Certaines des espèces décrites par l'auteur n'ont pas deux genres définis comme le nôtre, et sa façon de l'inscrire dans l'histoire semble parfaitement naturelle et tout à fait rafraichissante.

En bref, pour moi Libration et L'espace d'un an piochent habilement dans des références telles de Firefly (pour les dialogues et les personnalités) ou Farscape(pour la diversité des races extraterrestre et la richesse de leur background) avec leur propre touche d'originalité. Les amateurs de SF plus classique devrait tout à fait y trouver leur compte, et les non-lecteurs de SF devraient aussi se laisser charmer. Pour ce qui est des fans de romans bourrés d'action, c'est plutôt raté.

Je les conseille donc fortement (et j'ai conseillé L'espace d'un an à tour de bras depuis sa sortie en librairie !), je les relirai avec grand plaisir et espère vraiment que l'auteur continuera à explorer l'Union Galactique pour nous abreuver de romans de SF aussi bien ficelés et nous faire découvrir l'étendue de son imagination.

Guixxx, 19 oct. 2017. 



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Paquet - Faux-semblance - Chut... Maman lit !
Posté 19 février 2018 -

L'année dernière, j'ai eu l'occasion de découvrir Olivier Paquet au travers de son dernier roman Jardin d'hiver (avec une superbe couv' d'Aurélien Police) et j'ai bien aimé son univers post-apocalypse entre terrorisme écologique et fanatisme technologique. Du coup, quand j'ai vu le recueil de nouvelles Faux-semblance chez mon libraire, je me suis laissée tenter.

Quatre zones de conflit. Entre humains et extraterrestres ; entre mémoire et oubli ; entre adultes et enfants ; entre nature déchaînée et ce qu’il reste de la civilisation. Sous les cieux étrangers de galaxies lointaines, sur des champs de bataille envahis de cadavres, ou bien face à la vague qui a tout balayé, il faut imaginer de nouvelles façons d’aller plus loin. Même s’il faut achever de détruire pour renaître. Les personnages d’Olivier Paquet ne renoncent jamais. Ce sont avant tout des survivants, des héros abîmés qui tentent de redonner du sens à leur vie. Grâce à la catastrophe qui les a laissés nus, ils redécouvrent ce qu’ils sont. Et ils trouvent la force de tendre la main vers l’autre, l’étranger, pour ouvrir ensemble des portes.

Je lis peu de recueils de nouvelles et pourtant c'est un style de prose que j'apprécie beaucoup. Je trouve que cela permet de découvrir un auteur d'une autre manière et c'est parfois agréable de découvrir un univers sur seulement quelques pages. Avec Faux-semblance, Olivier Paquet nous propose 4 nouvelles dans un style SF ou Fantastique et je dois dire que le rendu est plus que convainquant.

La première nouvelle : Synesthésie est la nouvelle la plus longue. Dans un univers SF, qui arrive à se révéler dense en peu de pages, on part sur une planète lointaine assiégée par des extraterrestres plus qu'hostiles dans une ambiance de guerre galactique. Sur cette planète où des humains vivent en harmonie avec les autochtones, les vaisseaux arkosiens menaçants demandent l'ouverture de "la porte" au gouverneur humain. Cette "porte" piloté par une IA peu commune et qui permet aux humains et à ceux qui les accompagnent de voyager de planète en planète, va faire l'objet de négociation entre le représentant des Arkosiens et le gouverneur de la colonie. Sachant que le voyage à travers la porte est lié au sentiments, aux émotions qui rattachent l'humain et l'individu qui l'accompagne. Cette nouvelle se révèle pleine d'interrogations sur l'avenir de l'humanité et son rapport aux espèces radicalement différentes d'elle, mais aussi extrêmement sensible dans la description de la recherche de la connaissance de l'autre.

Le deuxième nouvelle : Rudyard Kipling 2210, une nouvelle de SF qui fait écho à l'histoire du poète - écrivain Rudyard Kipling qui perdit son fils à la guerre à l'age de 18 ans et qui devint alors commissaire aux sépultures de guerre. A l'époque de la nouvelle, l'humanité est en guerre avec les Rôdeurs mais les batailles spatiales sont rares et la plupart des zones de conflits se situent au sol où les soldats sont des fantassins. Dans cette guerre, Rudyard Kipling est commissaire aux sépultures de guerre, charge à lui de fournir des sépultures à ceux tombés au front. Olivier Paquet nous parle ici de la perte d'êtres chers et de la difficultés d'aller de l'avant après ces tragédies. C'est peut être la nouvelle qui m'a le moins convaincue, le thème sonne juste mais les personnages un peu moins.

L’odeur du champ de bataille est toujours la même : écœurante et triste. Le parfum de la chair brûlée et la fragrance de la mort sont persistants : ils perdureront, même lorsque les stigmates des combats se seront effacés. Je devrais m’y habituer, mais jusqu'à ces dernières années, je n’avais jamais eu l’occasion de venir après la victoire. Désormais, c’est mon métier. 

La troisième nouvelle : Cauchemar d'enfants nous présente une société (futuriste ?) où les enfants ont littéralement pris le pouvoir. Dans cette société, les adultes ont pour obligation de pourvoir à tous les "besoins" de leurs enfants : nombre de jouets offerts par mois, temps passé devant la télé ou l'ordinateur, nourriture, vêtements tout doit être fait pour la satisfaction des enfants. Dans cette nouvelle, nous suivons un policier adulte et son supérieur un adolescent de 14 ans appartenant à la police parentale. Ils enquêtent sur les délits liés aux droits des enfants : revente de jouets au marché noir, détournement d'allocation donnée par le conseil des enfants... Certains adultes les pratiquent pour pouvoir se payer quelques distractions pour "vieux". J'ai trouvé cette nouvelle presque terrifiante par les décisions immatures prises par les enfants et le climat de peur et de résignation ressenti par les adultes. Un univers poussé à l'extrême qui se montre dérangeant surtout avec sa petite note de vérité sous-jacente.

La quatrième nouvelle : Une fille aux pieds nus nous parle avec beaucoup de sensibilité et de douceur d'une ville ravagée par un tsunami, de ce qui se passe une fois que la vague est repartie. Nous suivons une jeune fille qui après la dévastation, déambule dans les décombres. Elle croise d'autres rescapés à la recherche de proches pour finalement errer jusqu'au plus proche poste de secours. Un récit court et poignant sur ses familles que la catastrophe a séparé, sur cette injustice qui frappe sans prévenir. Un récit finalement très actuel et émouvant où Olivier Paquet sait donner un ton très juste à son récit.

La ville entière avait disparu dans un amas de débris, avalée par la mer, et digérée, recrachée au même endroit. Il n'avait fallu que vingt minutes pour raser les maisons, détruire les batiments centenaires, dans un fracas de briques et de bois. Vingt minutes de chaos au son des sirènes et des hauts-parleurs égrainant des conseils de sécurité. L'eau noire et dense, s'était infiltrées dans les rues, pourchassant les mini-vans qui tentaient de la fuir. [...] La cité s'était brisée dans un tonnerre de craquements, dépecée par une lame à l'acier sombre et aux reflets d'écume.

Au final, un très bon recueil. J'ai beaucoup apprécié de découvrir la plume d'Olivier Paquet dans le style de la nouvelle qui lui va très bien. Les quatre nouvelles de ce recueil sont chacune une interrogation sur l'humanité et ses capacités à s'adapter et à comprendre l'autre. Avec un ton souvent très juste, Olivier Paquet nous offre des récits SF / Fantastique d'une belle sensibilité que l'on a plaisir à lire. 

- Chut maman lit, le 19/01/18. 

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Eschbach - L'or du diable - Babelio
Posté 19 février 2018 -
Diantre ! (équivalent de "diable !") :)
Un grand merci aux Editions l'Atalante de m'avoir fait découvrir Andreas Eschbach, auteur majeur de la science fiction allemande contemporaine, et je comprends pourquoi après lecture de cette petite pépite.
L'Or du Diable est un voyage alchimique mystérieux. Avec un nombre d'ingrédients impressionnant qui forment un tout cohérent dont je me suis proprement délecté.
Un plongeon dans des contes Moyenâgeux retraçant l'histoire de cet Or maudit, transmuté grâce une pierre mystérieuse, qui sème grandeur et décadence partout où elle est utilisée. 
Grâce à des intrigues et une trame narrative prenant place dans notre monde contemporain, rondement bien menées, vous ne vous ennuierez pas un seul instant .
Grâce aussi à des réflexions philosophiques brillantes et des connaissances ésotériques troublantes, qu'elles soient vraies ou non importe peu, tant j'ai été entraîné et propulsé dans cet univers mêlant contes historiques, buts véritables de l'alchimie, physique contemporaine, soif de pouvoir et d'immortalité. Tout cela avec une maîtrise et une intelligence d'écriture rarement lues. 
 
"La cellule n'a pas bougé de place et sans doute la clé se trouve-t-elle toujours dans la serrure. Si on ne la voit plus, c'est que Mendegger a réussi à la transférer sur un autre plan d'existence. A l'aide de la pierre bien entendu.[...] Nous n'avons généralement conscience que d'un seul plan d'existence, celui où nous séjournons nous-mêmes. le monde ordinaire pourrait-on dire. Mais il en existe un nombre infini au même endroit, dans le même temps, seulement séparés les uns des autres par leur niveau d'énergie".
 
Brillant.
Un Must-Read. Un Must-Have. Conviendra tout aussi bien aux lecteurs de Fantastique, qu'aux lecteurs de Thriller/Polar historique.
 
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