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Werner - Infabula - Actu SF
Posté le 23 avril 2009
Infabula est le premier roman d’Emmanuel Werner. On connaît peu de chose sur ce jeune auteur de 31 ans qui a été bibliothécaire. Une chose est sûre : quel que soit son parcours, la lecture de ce roman nous indique qu’il possède une culture littéraire et artistique foisonnante.

Quête d’identité

Après la disparition de sa femme, un homme est en proie à l’éclatement : il se décide à partir pour les Etats-Unis afin d’enrailler le manque, de « composer avec son absence, trouver un sens aux signes laissés, inventer une histoire ». La fable s’annonce ainsi dès l’ouverture comme un substitut à la réalité qui se dérobe. C’est le début d’une quête de vérité et d’identité, qui prendra des formes inattendues.



Déroute fantastique

Ouvrir Infabula, c’est littéralement plonger dans une histoire déroutante, à la croisée des voix et des voies. Emmanuel Werner s’amuse à provoquer l’errance chez son lecteur, au fur et à mesure que celle de son héros s’installe. Son arme principale : la maîtrise de la narration, avec laquelle il joue avec habileté. En cela, Infabula est une œuvre héritière du Nouveau Roman et entre autres d’Alain Robbe-Grillet, notamment avec l’utilisation du procédé de la narration à la deuxième personne du singulier. Mais Emmanuel Werner refuse de s’enfermer dans un système : à chaque chapitre éclot un nouveau système narratif, une nouvelle voix. Alors : qui parle ? Pourquoi à ce moment là de l’intrigue ? Le roman pourrait alors ressembler à un pur exercice de style. Il n’en est rien, et le style d’Emmanuel Werner est à la hauteur du projet, souvent subtil et poétique, sans ostentation.

A cette errance de la parole s’ajoute l’éclatement de l’espace et du temps. On voyage beaucoup dans ce roman, de la place Daumesnil au cimetière des célébrités de Hollywood, en passant par New York, du présent vers le passé mais aussi dans des hors temps. Le basculement dans le fantastique se fait donc lentement, par petites touches, mais se fait bel et bien en profondeur. Seul bémol : à force de faire sauter les frontières et les codes de la narration, le récit s’essouffle un peu dans les derniers chapitres, et la finesse qui avait caractérisé la première partie du roman dans le dosage du fantastique s’en ressent.
 

A la croisée des arts

Le talent de cet auteur repose en grande partie sur son art de décloisonner les genres : Infabula est irradié de références cinématographiques. Si on est très proche dans les thématiques abordées et dans le traitement de la trajectoire du héros du cinéma de David Lynch, d’autres références parsèment l’œuvre, notamment le cinéma allemand. On ne peut que saluer l’excellente idée d’avoir ajouté au roman une page dédiée aux « inspirations » assumées, qui comptent divers écrits et DVD, permettant ainsi au lecteur d’aller les consulter de plus près. Emmanuel Werner sait susciter notre curiosité, titiller notre appétit de culture, et a l’humilité de rendre hommage à ses maîtres. C’est assez rare pour être souligné.

Notons aussi que cette démarche d’ouverture culturelle résonne avec son projet littéraire : en plaçant par exemple chacun de ses chapitres - ou plutôt livres, tel qu’il a choisi de les nommer - sous le patronage d’Apulée*, l’auteur ne fait pas que mettre en avant une filiation. Il actualise une parole antique, dynamitant toute frontière temporelle.

L’univers et l’écriture d’Emmanuel Werner sont à découvrir absolument.
   

Virginie Barsagol, Actu SF

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Bonne lecture ! J'ai beaucoup aimé, quant à moi, et j'attends la suite avec impatience.

Et j'ai enfin commencé La couronne des esclaves, YESSSSSSSSSS !